Congo-Kinshasa: Report du confinement dans la capitale - Les dessous des cartes !

Après avoir tenu plusieurs réunions avec les membres du conseil de sécurité de la ville et différents services, liées à la propagation du coronavirus dans la ville de Kinshasa, épicentre de la pandémie en République Démocratique du Congo, le Gouverneur Gentiny Ngobila Mbaka avait signé un communiqué, le jeudi 27 mars 2020, annonçant un confinement à Kinshasa, par intermittence, pendant 3 semaines, en vue de briser la chaine de contamination. Contrairement à ce qui se raconte dans certaines officines politiques, ce n'était pas une option unilatérale. Sur le fond, la décision était salutaire face à la progression à grande échelle de ce virus mortel qui secoue toute la planète Terre.

Mais contre toute attente, à la veille de l'entrée en vigueur de la mesure, c'est-à-dire, dans la soirée du vendredi 28 mars 2020, elle a été reportée sine die. Au lieu de chercher à comprendre les raisons profondes de ce revirement et de se mettre à diaboliser un homme mu par le souci de lutter efficacement contre le COVID-19, certains politiciens se sont découverts des vertus de donneurs de leçons, à travers les médias et les réseaux sociaux.

La ville de Kinshasa étant le siège des institutions, y compris la Présidence de la République, des organismes internationaux et des missions diplomatiques, le gouverneur de la ville pouvait-il prendre le risque de décider de confiner la capitale sans l'aval de ses supérieurs hiérarchiques ? La question reste posée.

Qu'on l'aime ou ne l'aime, on doit admettre que les trois semaines de confinement avec intermittence visaient non pas à envoyer les Kinoises et Kinois à la mort mais plutôt à rompre la chaine de contamination du coronavirus, qui tend à s'allonger de manière inquiétante, avec mort d'homme. Selon des informations en notre possession livrées par des épidémiologistes, sous le sceau de l'anonymat, si la gestion de la pandémie est faite sur base des humeurs, il y a lieu de craindre que d'ici le mois d'avril, la RDC n'aligne plus de 60.000 cas non identifiés par l'Institut National de Recherche Biomédical (INRB), au regard de nos moyens limités. Par conséquent, bien que reporté, le confinement est incontournable. Ce qu'il faut faire, c'est de réfléchir aux mesures d'accompagnement qui puissent rendre l'amère pilule supportable, pour l'intérêt de la communauté.

Sur le volet économique, une baisse drastique des ressources est constatée car les opérateurs économiques locaux et les investisseurs considèrent la RDC comme une « zone rouge ». On rappelle que la Banque Centrale du Congo n'a que trois semaines de réserves de change pour pouvoir couvrir l'ensemble des importations du pays. Qu'adviendra-t-il si la surveillance épidémiologique du coronavirus ne se faisait pas selon les standards internationaux ?

A ce jour, la RDC connait une inflation de 0,609% au niveau national et 0,637% à Kinshasa, selon les statistiques de la dernière semaine du mois de mars. En cumul, l'inflation a atteint 1,655% au niveau national et 1,632% à Kinshasa. L'inflation annualisée se situe à 6,785% au niveau national et 6,689% à Kinshasa. En glissement annuel, elle a atteint 5,285% au niveau national et 4,660% à Kinshasa. À la fin du mois de mars 2020, l'inflation mensuelle était de 0,884% au niveau national et 0,838% Kinshasa.

Le samedi 28 mars 2020, Kinshasa ressemblait quasiment à une « ville morte », preuve que la population kinoise était préparée, en dépit de ses moyens modeste, au confinement, même si une opinion ne refuse de l'admettre.

Vilipendé aujourd'hui, Gentiny Ngobila Mbaka pourrait, avec le recul du temps, bénéficier d'une reconnaissance à posteriori d'avoir été animé de la noble intention de préserver les Kinoises et Kinois de l'hécatombe humaine que faisait peser sur eux le coronavirus.

A en croire certaines indiscrétions, certains services « sensibles » auraient exigé au numéro 1 de la ville de Kinshasa, la somme de 2.400.000.000 (deux milliards quatre cents millions) Francs congolais, comme soubassement financier pour assurer la mise en œuvre du confinement. Il semble que l'administration urbaine devait prendre en charge l'achat d'équipements de protection de la police et des services de sécurité ainsi que la motivation de leurs cadres et agents. Il va de soi qu'au regard la précarité de sa trésorerie, l'Hôtel de ville de Kinshasa ne pouvait pas supporter pareille facture. D'où le report du confinement, justifié « politiquement » par la flambée des prix des denrées de première nécessité.

Il y a lieu de rappeler que le nouveau locataire de l'Hôtel de ville de Kinshasa avait hérité d'une situation financière chaotique, avec des contrats flous signés par ses prédécesseurs. Selon un rapport présenté lors d'une plénière de l'Assemblée provinciale de Kinshasa par la Commission Economie financière, son prédécesseur avait déjà perçu des taxes de 2018 jusqu'à 2021, auprès de certaines entreprises brassicoles et minoteries de la place. Il y a aussi les arriérés de salaires des membres de l'exécutif provincial et du personnel politique d'appoint.

Des sources concordantes rapportent qu'à un moment donné des préparatifs de la riposte contre le coronavirus, le gouvernement central aurait préféré ignoré le patron de la ville, prétextant que le gouvernement provincial devait agir en tant qu'exécutant futur. C'est donc sur le tard que la ville a été récupérée dans les commissions du Secrétariat technique de la lutte contre la pandémie du coronavirus.

Réactions

Après le report du confinement, l'Archevêque métropolitain de Kinshasa, le Cardinal Fridolin Ambongo et le Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies, Gutteres ont réagi par voie des ondes, en déplorant les tâtonnements des autorités congolaises face au coronavirus.

Pour le cardinal, l'on ne doit pas jouer avec la vie du peuple congolais face à ce COVID-19. A son avis, seul le confinement intégral serait indiqué pour stopper l'expansion de cette pandémie, en insistant sur des mesures d'urgence humanitaire d'accompagnement.

Quant au SG de l'ONU, il a déclaré : « En Afrique, les gens vont mourir par millions. Surtout dans un pays comme la République Démocratique du Congo, nous devons craindre le pire ».

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