Afrique: Décès Pape Diouf - Le tacle mortel du dossard 19

Notre Pape est mort, a titré le journal l'Equipe, Droit au Paradis renchérit RMC Sport. La presse sénégalaise n'a pas été en reste : «Le virus nous prend Mababa» barrait à sa une Le Soleil, et Le Quotidien de Dakar, lançait, «Pape perd son dernier match». C'est une véritable compétition de titres qui a accueilli la mort de Pape Diouf, fauché par la mort à 68 ans. C'est la première victime sur le sol sénégalais du Covid-19. Il avait en effet été testé positif et en détresse respiratoire à l'hôpital de Fann à Dakar et un avion médicalisé devrait l'évacuer ce mardi fatidique sur la France. Il n'en a pas eu le temps, comme si c'était écrit que sa dernière demeure devrait être le Sénégal.

Fin de partie pour un grand spécialiste du ballon rond né à Abéché au Tchad d'un père marin, responsable du garage gouvernemental à Fort-Lamy, Pape Diouf avait débarqué à Marseille à 18 ans avec pour injonction paternelle de devenir militaire. Mais le garçon a préféré suivre sa propre trajectoire. Il devient postier alors qu'il poursuivait ses études de Sciences Po. Il les abandonne par la suite et devient pigiste au journal La Marseillaise, avant d'y être embauché à temps plein. Avec Xavier Couture, ils vont lancer leur propre canard, Le Sport. Mais le journal fait long feu et le quotidien dépose le bilan.

Pape Diouf va par la suite s'investir comme agent de joueurs. Il sera l'un des premiers Noirs à exercer ce métier. Dans son portefeuille, il y a eu Antoine Bell, Didier Drogba, Basile Boly, Oman Biyik, Habib Bèye. Mais ce n'est pas seulement une relation d'affaires qui les liait. Il y avait beaucoup d'estime entre lui et la plupart de ses joueurs et Bèye le prenait comme son père. Dans le monde des agents de joueurs où nagent des requins impitoyables, il s'est taillé une réputation de vertueux.

Celui qui avait la passion du foot chevillé au corps, est entré dans l'histoire en devenant le premier Noir à être président d'un club de football en France, en l'occurrence, Marseille en 2005 sous l'influence de l'actionnaire majoritaire, Robert Louis-Dreyfus. Sous sa présidence, l'OM s'est régulièrement qualifié en Ligue des Champions et a joué deux finales de la coupe de France.

Au regard de son parcours exceptionnel à bien des égards, c'était un ambassadeur du Sénégal et même de l'Afrique qui a quitté le stade définitivement, quelques jours seulement après la chute d'un autre baobab du continent, le saxophoniste camerounais, Manu Dibango. D'ailleurs une photo circule sur les réseaux sociaux montrant les deux hommes cheminant ensemble comme si leurs destins avaient été liés.

C'est sûr, Pape va manquer à sa famille biologique, mais aussi à la grande famille du sport roi dont il était l'un des vénérables seigneurs. Les journalistes sportifs burkinabè se rappellent son passage à Ouagadougou dans le cadre d'une soirée de remise du trophée de l'Etalon d'or, organisée par Iddy de Barso. En un mot comme en mille, c'est une énorme perte pour le monde du foot. Et ses analyses vont sans aucun doute manquer aux téléspectateurs de Canal+ qui lui vouaient une vision pointue du ballon rond. Dommage qu'il n'ait pas pu se relever de ce cruel tacle du dossard 19, pardon, du COVID-19.

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