Congo-Kinshasa: Trop de donneurs de leçons !

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A Kinshasa, les donneurs de leçons pullulent. Chaque jour qui passe, on les entend crier fort. Et même très fort. Leur bavardage n'a qu'un seul but : contester toute action initiée par les gouvernants et donner l'impression que sans le  recours à leur intelligence, rien ne concret ne peut être réalisé dans le pays. Ils ont de l'expérience affirment-ils tandis que ceux qui gèrent la République sont des néophytes.

Et pourtant, nombre de ceux qui font ce bruit infernal ont assumé des charges d'Etat. Les uns comme membres de l'Exécutif, d'autres comme parlementaires, et d'autres encore comme mandataires publics. Chacun d'eux a un bilan et le moins qu'on puisse dire est qu'il n'est pas du tout reluisant. Comment en douter quand on voit l'état dans lequel se trouvent nos hôpitaux aujourd'hui exposés à la risée générale ? En tout cas, personne n'aimerait être à la place du ministre de la Santé Publique, Dr Eteni, obligé de louvoyer devant les caméras pour ne pas avouer le désert qu'il aligne devant les malades. Kinshasa compte juste cinquante respirateurs et on a vu combien le ministre a peiné pour sortir ce chiffre ridicule devant les chevaliers de la plume. Si ce matériel indispensable pour combattre la pandémie de coronavirus est rare dans la capitale, que dire des hôpitaux des provinces ? Quelles peuvent être les chances de survie pour un malade de l'arrière-pays ?

Poser ces questions c'est s'engager sur la route du désespoir. Mais c'est aussi faire un constat qui permet d'enclencher le processus du réveil. Car ce pays ne mérite pas d'être là où il est.

A l'orée du soixantième anniversaire de notre indépendance, nous avons le devoir de nous regarder dans le miroir et d'examiner attentivement l'image qu'il nous renvoie. Pourquoi est-il tant porteur de laideur ? La réponse est bien simple. C'est parce que nous avons par le passé manqué de saisir la chance qui nous était offerte de construire un Etat moderne au cœur du continent. Le Gendarme du capitalisme que nous étions avait préféré gaspiller ses ressources dans la délinquance, achetant des châteaux en Europe, payant la complicité des dirigeants occidentaux à prix d'or et finançant les infrastructures de plusieurs pays du continent alors même qu'on ne construisait pas notre propre territoire. Revers de la médaille : tous ces pays ont refusé de se souvenir de ces bienfaits lors de l'hallali de 1997 !

Ce système de prédation s'est poursuivi sous le régime néo-afdélien. De sorte que le Congo est aujourd'hui à rebâtir. Sur tous les plans. C'est ce que nous rappelle aujourd'hui la crise liée à la pandémie de coronavirus. Notre pays est à la recherche des voies de communication pour aller récupérer les produits alimentaires qui pourrissent dans l'arrière-pays et venir inonder des centres urbains menacés par la disette. Il est à la recherche des moyens de communication pour assurer le déplacement des équipes de riposte. Il est à la recherche des hôpitaux dignes pour traiter des malades dont le nombre ne cesse d'augmenter. Bref, nous faisons face a une situation de dénuement qui nous pousse à nous interroger sur ce que nos dirigeants ont mené comme actions pendant une soixantaine d'années.

C'est au moment où ce constat, très triste, est fait, que de nombreux anciens dirigeants se rappellent à notre souvenir. L'un d'entre eux, ancien Premier Ministre, n'a pas eu peur de faire rire les vaches en déclarant l'autre jour que la solution à la crise sanitaire qui secoue le pays passe par l'organisation d'une réunion devant regrouper la coalition au pouvoir et quelques leaders de l'ex-coalition Lamuka. Bon Dieu ! Suffit-il donc que quelques individus s'asseyent autour d'une table pour que les routes qui font défaut sortent de terre ? Suffit-il que ces messieurs se parlent pour que les hôpitaux qui nous manquent garnissent subitement les chefs-lieux de nos territoires ! A force de secouer la lampe d'Aladin et de reciter le rituel « Sésame, ouvre-toi », les politiciens congolais ont perdu le sens des réalités. Ils croient que toute occasion, même mortifère, est bonne à saisir pour se visibiliser et donner l'impression d'exister. Ce faisant, ils nous ramènent à l'époque de la Table Ronde à l'issue de laquelle Bolikango, la main dans la poche, pouvait nous faire croire que c'est là que se trouvait notre indépendance.

Non. Il est temps que chacun fasse son examen de conscience. Il est temps que ceux qui ont dirigé ce pays mettent leurs genoux à terre et demandent pardon au peuple dont ils ont trahi les espérances. Il est temps que leurs politiques d'enfumage disparaissent à jamais pour faire place à des stratégies de reconquête de la modernité à laquelle aspire tout notre peuple.

Faites-vous oublier messieurs et laissez à d'autres le temps d'engager le pays sur la voie de la renaissance.

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