Congo-Kinshasa: Covid-19 - Un Collectif des médecins congolais dénonce l'inaction du Gouvernement dans la prise en charge des malades

A travers une lettre adressée aux autorités congolaises, dont une copie nous est parvenue, un collectif des médecins œuvrant dans le secteur public, en République démocratique du Congo (RDC), dénonce « l'inaction » du gouvernement congolais dans la prise en charge des malades de Coronavirus. Ils proposent ainsi que la gestion du Covid-19 soit assurée notamment, par une équipe conjointe constituée de médecins spécialistes en infectiologie, virologie, anesthésie-réanimation,...

« Nous sommes révoltés de voir nos compatriotes mourir dans des conditions aussi inhumaines. Nous avons la volonté de leur venir en aide, mais l'Etat congolais ne nous en donne pas les moyens ! », ont déploré ces médecins, dans une lettre signée le 29 mars 2020 où ils ont préféré garder l'anonymat.

Ils pointent du doigt accusateur le ministre de la Santé publique, Eteni Longondo qui, selon eux, « ne maîtrise pas la teneur du don de matériel médical du gouvernement chinois, ni le nombre d'appareils d'assistance respiratoire dans la seule ville de Kinshasa ». Et de noter que, la réanimation des formes sévères de Covid-19 nécessite encore plus de matériels au-delà des seuls respirateurs artificiels.

Il sied de rappeler que le ministre de la Santé publique, Eteni Longondo avait désigné certains hôpitaux qui devraient recevoir les patients atteints de Covid-19 pour leur prise en charge. Il était question que le gouvernement équipe lesdits hôpitaux en matériel de protection et de soins des malades. Cependant dans les faits, « il n'en est rien », affirme la lettre ces médecins dans leur lettre ouverte.

« Qu'il s'agisse des formes bénigne, modérée ou sévère, les malades sont abandonnés à leur triste sort. Le personnel médical ne s'occupe pas d'eux, non par manque de conscience, mais parce qu'il manque de matériels de protection adéquat et des soins. Dans un système de santé où les mutuelles sont rarissimes et où le patient doit prendre tout à sa charge, les hôpitaux sont totalement démunis pour faire face à une maladie aussi contagieuse qu'est le Covid-19 », ont-ils témoigné.

Entre ignorance et méfiance

En ce qui concerne les patients qui développent, dans l'évolution de leur maladie des signes de défaillance vitale, ces médecins affirment que les structures sélectionnées (Clinique Ngaliema, Clinique Kinoise, Hôpital de la Rive, Hôpital de Kinkole ainsi que l'Hôpital de l'amitié Sino-congolaise) ne disposent pas de matériels, notamment de respirateurs artificiels pour assurer une prise en charge précoce des patients. Dans la foulée, ils soulignent que de ces cinq formations hospitalières, il n'y a que l'HASC qui dispose de deux respirateurs.

D'après leur constat, des malades se retrouvent dans des structures hospitalières non désignées par le ministre de tutelle. « L'ignorance créant la méfiance,relativisent-ils, le personnel soignant de ces formations médicales qui craint pour leur santé, refuse d'assurer les soins des patients présentant une symptomatologie évocatrice du Covid-19 ».

« Et même quelques fois, quand des médecins et infirmiers émus de compassion désirent porter secours aux malades, on leur dit qu'il existe une équipe dite de riposte qui est seule habilitée à les prendre en charge. Malheureusement, ceux qui la composent n'ont aucune notion des gestes d'urgence face à un malade en détresse vitale. C'est ainsi que dans la majorité des cas, ces malades meurent en suffoquant, parce que soit il manque des médecins capables d'assurer une réanimation, soit parce qu'il n'y a aucun matériel, ni drogues de réanimation soit encore à cause de ces deux situations », témoigne-t-on.

Mea-culpa

Les auteurs de la lettre se disent « révoltés » de voir les compatriotes mourir dans des conditions aussi inhumaines. Ainsi, se sentent-ils « dégoûtés de nous faire appeler médecins, alors que nous sommes totalement démunis devant ce mal qui se répand de plus en plus rapidement dans notre pays ». Ils ont dit leur mea-culpa: « nous ne sommes pas responsables de la mort de nos compatriotes. Nous avons la volonté de leur venir en aide, mais l'Etat congolais ne nous en donne pas les moyens ! »

La RDC enregistre à ce jour un taux de mortalité de 10 %, ce qui est pratiquement le triple de la moyenne mondiale. Le collectif des médecins du secteur public qui dénonce l'inaction du gouvernement face à cette maladie, décrie également le silence coupable de leur corporation médicale et de leurs syndicats qui, malgré l'actuelle crise, continuent de revendiquer la majoration des salaires et primes en lieu et place d'exiger du gouvernement plus de moyens.

Après avoir dressé ce tableau sombre de la situation réelle sur terrain de l'épidémie du Covid-19, ces médecins proposent entre autres, la gestion de la crise par une équipe conjointe constituée de médecins spécialistes en infectiologie, virologie, anesthésie-réanimation, épidémiologie, pneumologie, radiologie, biologie médicale, néphrologie ... mais également des experts du domaine non médical.

A les en croire, cette équipe servira d'intermédiaire entre d'une part, les médecins cliniciens ainsi que les paramédicaux impliqués dans la prise en charge des malades et d'autre part, avec les autorités politico-administratives. Elle fera des propositions et suggestions aux autorités en fonction des difficultés rencontrées sur terrain.

Ils recommandent également la mise en place, dans chaque formation de santé, d'une équipe restreinte formée dite « spéciale Covid-19 », prête à référer les éventuels cas suspects qui y seront consultés. Mais aussi, la réglementation de la vente des masques chirurgicaux et FFP2, ainsi que de certains médicaments (notamment la chloroquine et l'hydroxychloroquine) sur toute l'étendue du territoire national afin d'éviter la spéculation des prix.

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