Sénégal: Mamadou Bocar Sy - «Nous sommes outillés pour aider à passer ce mauvais cap»

2 Avril 2020

À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Cette assertion revient, comme un leitmotiv, dans le propos du président de l'Association professionnelle des banques et établissements financiers du Sénégal (Apbefs). Dans cet entretien, Mamadou Bocar Sy se félicite des mesures prises par la Banque centrale (injection massive de liquidités, baisse de son taux directeur... ), pour atténuer l'impact du coronavirus sur le système bancaire. Il assure que les banques vont répercuter toute baisse au client final.

Tout d'abord, pourriez-vous nous faire l'économie des mesures arrêtées par les banques avec la Bceao pour atténuer concrètement l'impact du coronavirus sur l'économie ?

Avant de répondre à votre première question, permettez-moi d'adresser, en mon nom et à celui de l'ensemble des directeurs généraux des banques et établissements financiers du Sénégal, un message de solidarité agissante au peuple sénégalais et au monde entier face à la douloureuse épreuve de la pandémie de coronavirus. J'encourage la clientèle à adopter pleinement les mesures d'hygiène recommandées par les autorités et par les établissements de crédit lorsqu'ils se rendent exceptionnellement à nos guichets. Ceci étant dit, en réponse à votre question et comme le dit l'adage, à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles.

Incontestablement, les acteurs économiques, notamment les entreprises formelles comme informelles, les particuliers, particulièrement les salariés, sont exposés aux effets néfastes de la pandémie de coronavirus. Les banques et les établissements financiers ressentent déjà ses effets à travers la cadence bouleversée des opérations sur les comptes bancaires des entreprises de secteurs comme l'hôtellerie, la restauration, le transport aérien et routier, les agences de voyages, etc.

Face à cette situation, le système bancaire est interpelé pour apporter son soutien à travers l'octroi de crédits au besoin, le rééchelonnement de créances, surtout par des reports d'échéances qui freinent, par ailleurs, les rentrées de trésorerie. En somme, toute action qui nécessite de disposer de ressources suffisantes. D'où une première série de mesures prises par le gouverneur de la Bceao à travers huit décisions majeures sur lesquelles une large communication a été faite. Les effets devant être ressentis progressivement, il s'agit, en l'occurrence et en résumé, d'approvisionner les banques en billets en quantité suffisante permettant ainsi d'alimenter nos caisses et les Gab, d'augmenter le volume de ressources mises à la disposition des banques, d'élargir un peu plus les mécanismes nous permettant d'accéder au refinancement par la Bceao y compris à travers son Dispositif de soutien au financement des Pme/Pmi, la révision de la tarification sur les opérations effectuées par recours aux moyens de paiement digitaux pour limiter les déplacements et les contacts directs, de réaménager, au besoin, le calendrier d'émission de titres publics.

En plus d'une injection massive de liquidités, la Bceao a annoncé la baisse de son taux directeur à 2,50 %. Comment appréciez-vous ces mesures ? Cette dernière mesure vient d'être mise en œuvre, car le 30 mars 2020, la Bceao a lancé un avis d'appel d'offres d'injection de liquidités au taux fixe de 2,5 %. Les caractéristiques de cette opération, notamment en matière de taux d'intérêts et de masse injectée, entrent dans le cadre de la mise en œuvre des décisions prises par le gouverneur de la Bceao. Bien entendu, le système bancaire s'en félicite parce que les entreprises ont déjà commencé à exprimer des besoins nés de difficultés induites par les effets de la pandémie. Les décisions de la Bceao entrent justement dans le cadre de l'appui aux acteurs qui subissent les effets de la crise. Nous verrons l'impact à partir de demain et la profession est convaincue que les autorités de la Bceao feront plus si necessaire, car à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles, comme je le disais tantôt.

Les banques vont-elles répercuter cette baisse du taux d'intérêt auprès de la clientèle ?

L'objectif visé est d'abord d'irriguer l'économie en ressources permettant de faire face aux besoins nés de la situation de crise que nous vivons. Au-delà, il y a effectivement, du côté de la clientèle, un souci de coûts et du côté des banques, une préoccupation d'équilibre. Je ne doute pas qu'un juste milieu sera trouvé en prenant en compte, d'une part, l'effort de réduction du taux Bceao ramené à 2,5 % pour la circonstance et, d'autre part, le contexte de crise. Les établissements de crédit ne manqueront pas de prendre en compte ces éléments dans le cadre de la détermination des taux d'intérêts au cas par cas, au-delà de l'appréciation du risque qui, entre autres éléments, entre en ligne de compte de la détermination du taux. Je tiens cependant à préciser que toutes les ressources des banques ne proviennent pas que du refinancement par la Bceao. Mais, soyez assurés que les banques vont répercuter toute baisse au client final, toute chose égale par ailleurs. J'en profite d'ailleurs pour rappeler que les taux moyens appliqués sur la place de Dakar sont les plus bas de notre zone. C'est pour dire que nous sommes en avance dans l'amélioration des conditions d'accès des populations aux services bancaires.

Ces décisions suffisent-elles à votre avis ou bien faut-il aussi un allègement du dispositif prudentiel pour les banques ?

Comme indiqué plus haut, à une situation exceptionnelle, il faut des mesures exceptionnelles. Tant que nous sommes dans un cadre normal, les règles s'appliquent dans toute leur rigueur. Mais, au regard de la période de crise que le monde entier traverse, il sera nécessaire de trouver les voies et moyens d'adapter le dispositif dans lequel nous évoluons pour faciliter l'accompagnement des agents économiques en difficulté. Ceci, au moins, à titre exceptionnel sur une période à circonscre. Sans cet assomplissement, il nous sera difficile de suivre tous en même temps. Les banques seront amenées de bonne foi, face à des cas particuliers, à monter des dossiers qui directement ou indirectement pourraient ne pas être en totale conformité avec les règles prudentielles. Néanmoins, nous ne doutons pas que la Bceao acceptera volontiers d'assouplir le dispositif ou à traiter au cas par cas les situations individuelles.

Certains secteurs les plus affectés par la pandémie réclament un report d'échéance pour le remboursement des prêts contractés auprès des banques. Ces dernières sont-elles prêtes à répondre favorablement à cette demande ?

Les cas soumis seront traités avec la plus grande attention. Et il y'en a déjà. Chaque établissement de crédit connait sa clientèle. Il est donc en mesure d'apprécier et de faire la part des choses sur les cas soumis et d'identifier ceux inhérents à la situation créée par la pandémie et de les adresser comme tels. Je précise que rien n'empêche de traiter également les cas et besoins non directement liés à la crise, même si une priorité sera accordée aux premiers cités. Notre métier est d'accompagner les clients qui partent parfois de rien. Nous sommes donc outillés pour aider à passer un mauvais cap, même si ce cap est inédit. Faisons confiance à nos autorités et au génie sénégalais présent chez nos clients et nos commerciaux !

Plus de: Le Soleil

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