Sénégal: Lutte contre le nouveau coronavirus - Les couturiers propagent les «cache-nez»

Le nouveau coronavirus n'épargne aucun secteur d'activités et a fini par doper la créativité chez les artisans en quête de suivi de leurs activités. Ainsi, profitant du refrain de pénurie des masques chanté par toutes les pharmacies, les couturiers n'ont ménagé aucun effort pour mettre à la disposition des populations des masques fabriqués à base de tissus simples. Tout en se remplissant les poches. Reportage sur des boucliers anti Covid-19, plus ou moins validés par des pharmaciens.

Nez et bouche couverts par un cache-nez made in Sénégal, Fatou Guèye, se réjouit enfin d'avoir de quoi se protéger contre la propagation du nouveau coronavirus. Le cauchemar de se retrouver dans les quatre murs de l'hôpital de Fann, précisément le Service des maladies infectieuses et tropicales, hantait la jeune fille Pikinoise qui est contraint de se déplacer pour livrer et vendre des produits. « J'ai parcouru toutes les pharmacies de mon quartier en vain, je n'ai pas trouvé de masque. Heureusement que mon tailleur a eu l'ingéniosité de m'en fabriquer un afin que je puisse me protéger contre le coronavirus », a soutenu Fatou Gueye.

Et de poursuivre : « c'est une réponse adéquate par rapport à cette situation de pénurie de masques et j'implore l'État d'aider les couturiers dans cette initiative ». Comme Fatou, la vendeuse du petit déjeuner non loin du collège Hyacinthe Thiandoum, Mariama Sow, soutient que la fabrication des masques par les couturiers relève du génie sénégalais. « C'est super ! Non seulement, c'est moins cher mais il y en a pour tout le monde. Plus besoin de faire le tour de Dakar à la recherche d'un masque qui coûtait plus que le dîner de tous mes enfants».

Certes, si la riposte des couturiers semble en adéquation avec la demande de la population, ces derniers ont agi aussi pour des motifs de rentabilité économique, vu l'interdiction des rassemblements occasionnant la chute des commandes de couture et un couvre-feu qui prive les salons de couture de leur clientèle. « Oui ! Je fabrique des masques de bonne qualité à 500 de nos francs. Je passe ma journée à écouter la radio qui me gonfle de mauvaises nouvelles au sujet du coronavirus. Il n'y a plus de clients et même mes apprentis couturiers ont trouvé mille excuses pour ne plus venir m'assister dans cette désolation », a tristement renseigné Samba Diedhiou. Et de poursuivre : « le propriétaire du magasin que j'ai transformé en atelier exige le paiement de son loyer, le cinq du mois. D'ailleurs, il préfère élever des poussins dans son magasin que de ne pas être payé à cause du nouveau coronavirus ».

Catherine Mané, manager d'un salon de couture, ordonne à son tailleur de produire en grande quantité les masques, tout en proposant des styles, des designs innovants et esthétiques. Sur les réseaux sociaux, la jeune entrepreneuse a mis le focus sur la publicité de ses masques et a fait l'annonce d'une promotion sur le prix de vente. « J'en fabrique toutes sortes de modèles, de textures. C'est une contribution pour la riposte contre Covid-19, vu la pénurie des masques dans les pharmacies », a clamé la patronne d'un salon de coiffure.

Utile mais Dangereux, SI...

Pour le Dr Mboup, de la pharmacie Cap Vert juste à côté de la célèbre pharmacie Guigon, ces masques peuvent effectivement permettre de lutter contre la propagation de ce nouveau virus mais le tout dépendra de l'utilisation. « On ne peut le démentir, il y a une pénurie des masques. Cette alternative des couturiers, manifestement par la création des masques, est une réponse de protection qu'on ne peut rejeter systématiquement », atteste le Dr Mboup. Et de poursuivre : « ces masques peuvent empêcher une personne de contracter le virus, si le mode d'usage est bien respecté. Il faut non seulement tremper ses masques après une utilisation de quelques heures dans une solution alcoolisée, antiseptique, afin de neutraliser les bactéries et virus. Sans quoi, on s'expose à une plus forte échelle à contracter des maladies contagieuses comme le nouveau coronavirus. Le tout ne suffit pas d'avoir un masque, mais de veiller à désinfecter ce masque quotidiennement».

En somme, si la dangerosité de ces masques semble être occultée de prime abord, une mauvaise utilisation peut être un vecteur de propagation du nouveau coronavirus. Il faudra nécessairement laver quotidiennement ces masques made in Sénégal avec des solutions antiseptiques. À défaut de ces règles d'hygiène, porter un masque pendant plusieurs jours sans le laver est un suicide, une exposition à la maladie à Covid 19.

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