Sénégal: Imam Makhtar kanté sur le rituel mortuaire pour musulman décédé de covid-19 - «La survie de l'humanité vaut plus que le rituel mortuaire»

Alors que le coronavirus continue de faire des ravages partout dans le monde, sans distinction de race ou de religion, le monde musulman, notamment au Sénégal, s'interroge davantage sur la prise en charge des cas de décès conformément aux rituels mortuaires, le corps étant hautement contagieux. Que prévoit l'Islam dans ce genre de situation ? Éléments de réponses avec imam Makhtar Kanté de la grande mosquée de Point-E.

«Le rituel conventionnel prescrit par l'Islam est établi comme tel : quand un musulman décède, l'on pratique d'abord le lavage, on lui fait la prière mortuaire et puis on l'amène au cimetière pour l'ensevelir. Voilà les trois étapes de la façon de s'occuper d'un mort dans les enseignements de l'Islam. Effectivement, d'habitude, quand on procède aux lavages, on touche directement au corps du mort et ensuite on l'enveloppe du linceul, on le met dans un brancard et, après la prière mortuaire, on l'amène aux cimetières. Mais, tout ça c'est quand il n'y a pas de contraintes. Maintenant quand il y'a un danger, il faut en tenir compte et voir comment se protéger de ce danger-là. L'Islam nous demande de faire confiance aux médecins, aux gens qui ont des connaissances en la matière, de revoir tout le rituel et omettre, si nécessaire, tout ce qui peut nous nuire.

Il y a deux principes dans le droit islamiques : d'une part ce qu'on appelle le «fiq'» («jurisprudence» islamique, ndlr) qui enseigne que les nécessités autorisent ce qui est interdit en principe. Par exemple, quand vous avez trop faim et vous risquez de mourir, on vous autorise à manger de la viande d'un animal mort, alors qu'en principe ce n'est pas autorisé ; donc l'Islam tient compte toujours des contraintes. Donc, effectivement là, il y a risque de mort et de maladie parce que le Covid-19 est potentiellement mortel. L'autre principe est que la vie des vivants prime sur le rituel mortuaire. Quelqu'un qui est mort, il est déjà mort ; donc s'occuper de son corps ne vaut pas de mettre en péril la vie des gens qui sont vivants. Ça, c'est même une question aussi de bon sens. Et le rituel peut être suspendu parce qu'il ne peut être plus fort que la vie humaine.

Comment Faire?

Maintenant, comment faire ? Il faut s'adresser aux médecins : s'ils recommandent de le mettre directement dans un cercueil bien fermé et que seul le personnel médical est habilité à le faire, il ne faut pas que les parents s'en approchent. Ce n'est pas la peine aussi de procéder aux lavages parce qu'il y a un justificatif légal qui est le danger de maladie. Et si les médecins disent aussi que c'est dangereux, même devant le cercueil, de faire la prière mortuaire, il est aussi permis de s'en passer. Même avec un mort naturel, maintenant, c'est compliqué parce qu'avec la distance sociale, il faut un petit nombre de personnes et faire la prière rapidement.

Possibilité d'incinération du corps?

Même si c'est l'incinération, le bon musulman aura la paix de l'âme parce que ce sont ces œuvres qui comptent. Et, dans tous les cas, que le feu le fasse ou les vers de terre, le corps organique retourne a l'état minéral ; donc ça ne doit pas poser un problème parce que, même un mort en pleine mer, on l'immerge dans la mer. Au Sénégal, du temps de la peste, si un malade en mourrait, on le brulait comme ça avec la case. Il faut tout faire avec le respect parce que l'intégrité corporelle du mort est un enseignement religieux. Il faut le faire avec un total respect et avec les moyens du bord. Quand ce qui doit être fait n'est pas fait à cause d"une contrainte, on lui écrit la même récompense, comme s'ils l'avaient fait.»

Plus de: Sud Quotidien

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