Maroc: Les violences conjugales pendant le confinement, un drame dans le drame

Une femme avec sa petite fille au Wisdom Center à Juba, au Soudan du Sud, après avoir été battue par son mari.

MRA et ses collaborateurs ont mis en place des centres d'écoute (joignable de 10h à 16h et du lundi au vendredi), une orientation juridique et un soutien psychologique

Ressources d'urgence pour les femmes victimes de violences sur : https://mrawomen.ma/language/fr/coronavirus-ressources-pour-les-femmes-victimes-de-violences/

Le confinement s'avère être une arme à double tranchant. Si d'un côté il permet d'enrayer la propagation du coronavirus, de l'autre, il provoque, aux quatre coins de la planète, une augmentation des cas de violences conjugales. Incontestablement, être enfermé avec son agresseur est un facteur de risque. C'est la raison pour laquelle, l'organisation internationale Mobilising for Rights Associates (MRA) a mis en ligne des ressources d'urgence pour les femmes victimes de violences sur : https://mrawomen.ma/language/fr/coronavirus-ressources-pour-les-femmes-victimes-de-violences/

« Dans l'état d'urgence sanitaire actuelle et les limitations de déplacements, les associations marocaines relèvent le défi pour continuer à accompagner les femmes victimes de violences, malgré les circonstances difficiles », nous explique MRA par email, basée à Rabat et dont la mission est de contribuer aux changements dans quatre domaines : juridique, structurel, culturel et relationnel, afin de promouvoir les droits humains des femmes.

En effet, jamais une adresse Internet n'a autant ressemblé à une bouée de sauvetage. Initiée en collaboration avec plusieurs associations marocaines qui luttent contre ce fléau, dont l'Association féminine El Khir et l'Association Al Amal, ce dispositif tend la main aux femmes qui subissent des violences conjugales sans aucune échappatoire possible, pendant cette période tragique où le Covid-19 ne cesse de faucher des vies. MRA et ses collaborateurs ont mis en place des centres d'écoute (joignable de 10h à 16h et du lundi au vendredi), une orientation juridique et un soutien psychologique. Au vu des récentes tragédies qui ont fait l'actualité, ce dispositif vient à point nommé.

«Venez, je l'ai tuée». Ce sont les paroles adressées à la police par Antonio De Pace juste avant de tenter de se suicider en se coupant les veines. C'était il y a quelques jours, en Sicile. Cet étudiant en médecine aurait étouffé sa compagne à l'issue d'une violente dispute. La victime s'appelle Lorena Quaranta, 27 ans, originaire de Favara (près d'Agrigente). Elle aussi était étudiante en médecine à l'Université de Messine. Université dont le recteur Salvatore Cuzzocrea n'a aucun doute sur le fait que cette tragédie est liée à la « situation de crise que nous vivons en ce moment. Les experts avaient mis en garde contre le risque que la cohabitation forcée n'accentue les conflits familiaux ».

Il semble évident que les alertes des experts sont restées lettre morte. Maintenant, ce nouveau féminicide inquiète l'Italie et le monde entier quant à la recrudescence de ces drames dans le drame. En France où ces violences auraient augmenté de 32 %, l'Etat a mis en place un dispositif qui permet aux victimes de demander de l'aide en allant à la pharmacie. La violence conjugale au Maroc risque malheureusement, elle aussi, de suivre le rythme et une tendance haussière, alors que les chiffres de l'année précédente étaient déjà très inquiétants.

Selon le Haut-commissariat au plan, « en 2019, avec un taux de prévalence de 46% dans l'espace conjugal (5,3 millions de femmes), les femmes, âgées de 15 à 74 ans, victimes de violence perpétrée par un mari ou un ex-mari, un fiancé ou un partenaire intime, sont principalement des femmes mariées avec une prévalence de 52%, des jeunes femmes de 15 à 24 ans (59%), des femmes ayant un niveau d'enseignement moyen (54%) et des femmes en situation de chômage (56%) ».

Bref, pour faire simple, un peu plus d'une femme sur deux a été violentée par son mari au Maroc. Une triste réalité dont MRA et les associations tentent d'éviter la flambée alors qu'elle dépasse d'ores et déjà la tendance mondiale pré-confinement, puisque l'ONU femme, qui définit ce type de violence comme tout comportement d'un conjoint ou ex-conjoint, d'un époux ou ex-époux, propre à causer des préjudices physiques, sexuels ou psychologiques, précise qu'on est face à l'une des formes de violence les plus couramment subies par les femmes dans le monde. Et si par le passé une femme sur trois dans le monde a été victime de violence physique ou sexuelle, à présent avec le confinement, ces chiffres ont grimpé. Ainsi donc, une prise de conscience, nationale et mondiale, est impérative, au risque de voir d'autres vies aux futurs radieux s'arrêter de manière aussi cruelle qu'insupportables comme celle de Lorena Quaranta.

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