Burkina Faso: Cité universitaire de Kossodo

Des étudiants en colère après une altercation avec des forces de l'ordre

Dans la nuit du 31 mars au 1 avril 2020, en plein couvre-feu, un affrontement entre FDS et les étudiants de la cité universitaire de kossodo aurait éclaté. Cet affrontement, selon les informations recueillies sur place, serait survenu « suite à la bastonnade d'un groupe d'étudiants, reprochés de n'avoir pas respecté le couvre-feu instauré par les autorités ».

Depuis le 21 mars 2020, il a été instauré un couvre-feu sur l'ensemble du territoire national, afin d'éviter la propagation du Covid-19. Les forces de l'ordre, notamment la gendarmerie sont ceux-là qui ont été déléguées par les autorités pour le respect de ladite mesure sur l'ensemble du territoire. Cependant, force est de constater que dans l'exercice du respect de ladite mesure, certaines populations sont la cible de bastonnades et d'autres sévisses corporelles. En témoigne certaines vidéos de bastonnades qui circulent sur la toile. Dans la nuit du 31 mars au 1 avril, ce sont les étudiants de la cité de kossodo, de la ville de Ouagadougou qui ont eu droit à leur ration de bastonnade.

La version des étudiants de la cité

Les étudiants de la cité universitaire de kossodo ont passé une nuit blanche ce 31 mars 2020. C'est du moins le constat qu'il nous a été donné de faire ce 1 avril 2020 sur les lieux du drame. Ce sont des étudiants assez remontés que notre équipe a rencontrés ce 1 avril 2020. Ils en veulent aux FDS qui leurs ont fait passer « une sale soirée ». Les accusations : « violation de domicile, coup et blessures sur leurs personnes ». Selon les explications du délégué général des étudiants, Abdoulaye Diao, tout a commencé aux environs de 23h, quand deux gendarmes sont rentrés dans l'enceinte de l'université, faisant surement leur patrouille. « Et ils ont croisé notre personnel de la sécurité, composé d'étudiants que nous avons mis en place pour éviter que des étrangers n'entrent au sein de l'université, comme l'a décidé la direction.

Ces derniers étaient assis à côté d'un des bâtiments de la cité », a-t-il dit. A en croire le délégué, quand ces agents sont arrivés, le personnel de sécurité a expliqué qu'il avait été délégué pour assurer la sécurité au sein de l'université. Le délégué a également spécifié que le personnel de la sécurité n'était pas hors de la cité universitaire. « Ils étaient trois au niveau de la sécurité. On leurs a demandé de se coucher, et il y a un qui a refusé de se coucher, en disant qu'il n'a pas violé la mesure parce qu'il était dans la cité, donc dans la cour de la cité. Et il y a un autre étudiant qui voulait fuir et un agent qui l'a intercepté. Celui qui expliquait les choses, a été passé à tabac sans raison », a-t-il fait savoir. Toujours selon les explications du délégué des étudiants, celui qui se faisait bastonner a alerté les autres étudiants qui sont sortis en masse. « Se sentant menacés, les agents ont fui sur leur moto et ils sont revenus plus tard avec du renfort.

Dans le même temps, les étudiants sont également sortis en masse pour les empêcher d'accéder au sein de la cité. Et il a fallu l'intervention du directeur régional pour calmer les esprits », a-t-il indiqué, avant de poursuivre en ces termes : « Pendant qu'on écoutait ce dernier, d'autres agents sont revenus en renfort pour venir encercler la cité. Quand les étudiants ont vu cela, ça encore attisé la tension et les étudiants ont commencé à se déverser sur les forces de l'ordre. Eux aussi ont commencé à tirer des balles et du gaz lacrymogène. Ils ont même attrapé des filles qu'ils ont chicotés ». D'après notre interlocuteur, les agents ont cassé les lave-mains qui avait été mis à l'entrée de la cité pour permettre aux visiteurs de laver les mains. Très remonté, Edouard Sawadogo, étudiant qui faisait parti du personnel de sécurité va à la suite du délégué général déclarer : « Hier nous n'avons rien compris. Pendant qu'on était assis tranquillement au corridor, des gendarmes sont venus et ont commencé à nous bastonner. Les autorités ont bien dit que chacun reste dans sa cour, bien vraie que la cité n'est pas clôturée mais c'est bien notre cour. Nous estimons que tout cela n'est pas normal, qu'ils arrêtent », a-t-il renchéri.

Le message des étudiants concernant le drame

« Nous interpellons nos autorités, parce que nous ne pouvons pas être en cité avec toutes ces difficultés que nous vivons, et que des gens viennent encore casser nos seaux et venir demander aux étudiants de venir se coucher pour qu'on les chicote parce qu'il y a couvre-feu. D'ailleurs ce sont les étudiants qui deviennent des gendarmes. Nous les encourageons, mais nous ne cautionnons pas qu'ils viennent nous chicoter. Nous appelons à ce que ce genre de chose ne puissent plus se reproduire, parce que ça crée la haine entre les étudiants et la gendarmerie », s'est indigné le délégué général des étudiants. Selon Hamidou Tiemtoré, étudiant à l'université Ouaga 1, résident à la cité universitaire de Kossodo, de façon générale il est difficile pour les étudiants dans les cités de respecter normalement les consignes de sécurité.

« En cité universitaire, c'est difficile de respecter les mesures puisque souvent nous sommes plus de 4 étudiants dans les chambres. Souvent il y a des étudiants qui n'ont pas la chance d'avoir un logement, et comme à l'université c'est la solidarité, dans les chambres souvent on se retrouvent à huit personnes, ce qui fait qu'on ne peut pas respecter les 1 mètre », a-t-il fait savoir. Également, a-t-il poursuivi concernant le communiqué pour le confinement des étudiants dans les cités, il est très difficile de le respecter car, « plusieurs personnes n'ont pas de la famille ici et donc ont du mal à assurer leurs dépenses quotidiennes. Même pour les tickets du RU il est impérativement nécessaire que l'on se déplace. La mesure du CENOU est une bonne mesure mais il faut des également prévoir des mesures d'accompagnement, parce que ce n'est pas facile ».

La version de la gendarmerie

Joint au téléphone dans la matinée du 1 avril, la gendarmerie donne une tout autre version des faits. D'abord elle nie avoir porté main à un seul étudiant. Ensuite, elle a déclaré qu'aucune balle n'a été tirée lors de cette intervention. Enfin, la gendarmerie a déclaré que certains des agents ont été blessés par des lances de pierres des étudiants.

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