Afrique: D'après la majorité des Africains, leurs gouvernements échouent dans l'alimentation en eau et l'assainissement

communiqué de presse

Accra, Ghana — Plus de la moitié des Africains affirment que leurs gouvernements échouent en ce qui concerne l'une de leurs plus grandes priorités, à savoir la fourniture de l'eau potable et des services d'assainissement, selon une nouvelle analyse d'Afrobarometer.

La moitié des personnes interrogées dans le cadre de l'enquête déclarent n'avoir pas eu assez d'eau pour leur usage domestique au cours de l'année précédente - une préoccupation particulière au regard de l'importance que revêt le respect d'une bonne hygiène dans la prévention de la propagation du coronavirus et d'autres maladies contagieuses.

Ces résultats issus d'enquêtes nationales réalisées dans 34 pays africains, et publiés en prélude à la Journée Mondiale de l'Eau (22 mars), montrent que peu de progrès ont été accomplis ces dernières années dans la réalisation de l'Objectif de Développement Durable (ODD) No. 6 des Nations Unies, « Garantir l'accès de tous à des services d'alimentation en eau et d'assainissement gérés de façon durable ».

Même si les expériences varient considérablement d'un pays à l'autre, en moyenne plus de la moitié des Africains doivent sortir de leur concession pour avoir accès à l'eau, et un quart d'entre eux seulement ont accès à des infrastructures d'assainissement. Les habitants des zones rurales continuent par ailleurs de subir des désavantages majeurs en matière d'accès à l'eau et à l'assainissement.

Un Africain sur cinq qui ont essayé de bénéficier de services d'eau, d'assainissement, ou d'électricité auprès du gouvernement au cours de l'année précédente rapportent avoir dû verser des pots-de-vin. Dans 20 pays sur 34, la majorité des répondants affirment que leur gouvernement affiche une piètre performance en ce qui concerne la fourniture de services d'eau et d'assainissement.

Résultats clés

- En moyenne, dans 34 pays africains, la moitié (49%) des citoyens n'ont pas eu suffisamment d'eau potable pour leur usage domestique au cours de l'année précédant l'enquête, dont 38% qui ont connu cette forme de pauvreté vécue « quelques fois », « plusieurs fois », ou « toujours ». Les pénuries répétées d'eau potable (au moins « quelques fois ») ont légèrement baissé entre les enquêtes de 2011/2013 (39%) et 2014/2015 (35%), mais ont encore augmenté en 2016/2018, faisant oublier les acquis antérieurs.

- Plus de trois quarts des Gabonais (77%) et des Guinéens (76%) ont connu une pénurie d'eau potable, comparativement à moins d'un répondant sur quatre à Maurice (11%), au Ghana (22%), et au Maroc (23%).

- La situation s'est considérablement aggravée au cours des six dernières années dans 12 des 31 pays enquêtés tout au long de cette période, les déclins les plus importants ayant été enregistrés au Nigéria, en Tanzanie, et au Burkina Faso, où la proportion des citoyens qui n'ont « jamais » manqué d'eau potable a chuté respectivement de 17, 12, et 10 points de pourcentage. Des progrès ont été observés dans huit pays, menés par la Guinée (+17 points), la Tunisie (12 points), et le Malawi (11 points).

- Si les cibles de l'ODD6 appellent à assurer un « accès universel et équitable à l'eau potable et à un coût abordable » d'ici 2030, seule une petite majorité (54%) des Africains vivent dans des zones desservies par un système d'eau courante. Cette proportion varie de 8% seulement des Libériens à plus de neuf sur 10 Tunisiens (91%), Santoméens (91%), et Mauriciens (100%).

- Un quart (26%) seulement des Africains vivent dans des zones dotées de systèmes d'égouts, ce qui représente un énorme défi à relever pour atteindre la cible de l'ODD6 d'assurer « l'accès de tous, dans des conditions équitables, à des services d'assainissement et d'hygiène adéquats et mettre fin à la défécation en plein air ». Le Libéria (5%) se retrouve au bas de l'échelle, avec la Tanzanie (6%), la Gambie (7%), et le Malawi (8%), tandis que seuls la Tunisie (75%) et le Maroc (69%) peuvent se vanter de mettre un système d'égouts à la disposition de plus des deux tiers de leur population.

- Les résidents ruraux et les citoyens pauvres sont bien moins susceptibles de bénéficier d'infrastructures d'eau et d'assainissement que leurs compatriotes citadins et les personnes plus aisées.

- En moyenne, dans 34 pays, ni les infrastructures d'eau ni les infrastructures d'assainissement ne semblent être accessibles à une plus grande proportion de la population que lors des enquêtes 2011/2013 d'Afrobarometer.

- Plus de la moitié (52%) des Africains sont obligés de sortir de leur concession pour aller chercher de l'eau potable. Il en est ainsi pour plus de huit citoyens sur 10 en Ouganda (87%), au Niger (84%), au Malawi (82%), et en Tanzanie (81%). Seulement 31% des résidents ruraux et 28% des citoyens en situation de pauvreté vécue élevée disposent d'une source d'eau à l'intérieur de leur maison ou de leur concession.

- Près de trois quarts (72%) des répondants affirment disposer de toilettes ou de latrines à l'intérieur de leurs maisons ou de leurs concessions, alors que 22% doivent aller à l'extérieur de la concession et 7% déclarent ne pas avoir accès à des toilettes ou des latrines.

- Une majorité de la population ne disposent pas de toilettes ou de latrines dans leur maison ou leur concession dans sept pays: Ghana (58%), Niger (57%), Ouganda (56%), Bénin (56%), Malawi (55%), Libéria (55%), et Namibie (54%).

- Plus d'un citoyen sur cinq déclarent ne pas avoir accès du tout à des toilettes ou des latrines dans cinq pays: Bénin (26%), Niger (26%), Burkina Faso (23%), Namibie (21%), et São Tomé et Príncipe (21%).

- Bien que la moyenne continentale ne se soit pas améliorée depuis les enquêtes de 2011/2013, cinq pays ont enregistré des hausses significatives de la proportion des citoyens qui disposent de toilettes/latrines dans leur maison ou concession (Niger, Burkina Faso, Nigéria, eSwatini, et Ghana).

- Près de deux tiers (63%) des répondants qui ont essayé de bénéficier de services d'eau, d'assainissement, ou d'électricité auprès du gouvernement au cours de l'année précédant l'enquête ont estimé qu'il était « difficile » ou « très difficile » d'obtenir les services dont ils avaient besoin. Les proportions se plaignant de difficultés varient de quatre sur 10 en Tanzanie et à Maurice (40% chacun) à plus de trois quarts à Madagascar (79%) et au Gabon (78%). A travers 33 pays enquêtés en 2014/2015 et 2016/2018, la proportion des répondants qui estiment qu'il était facile d'obtenir ces services est passée de 44% à 36%.

- En moyenne, un répondant sur cinq (20%) qui ont essayé de bénéficier des services publics au cours de l'année précédente déclarent avoir dû verser des pots-de-vin ou faire une faveur pour obtenir les services nécessaires. Presque la moitié (48%) des Libériens affirment avoir dû verser des pots-de-vin, suivis de 39% des Camerounais, contre moins d'un répondant sur 20 à Maurice (3%) et au Botswana (4%).

- En moyenne, à travers 34 pays, l'eau/l'assainissement vient en 3ème position des problèmes nationaux les plus importants auxquels les Africains souhaiteraient voir leurs gouvernements s'attaquer, après le chômage et la santé et en égalité avec les infrastructures/transports/routes. Six Guinéens sur 10 (60%) incluent l'eau/l'assainissement parmi leurs trois problèmes les plus importants, suivis de 47% des Tanzaniens et 44% des Burkinabé. La Guinée, la Tanzanie, le Kenya, et la Côte d'Ivoire sont les pays où la proportion des répondants considérant l'eau/l'assainissement comme une urgence nationale a le plus augmenté.

- Lorsque l'on rapproche les « problèmes les plus importants » des citoyens des Objectifs de Développement Durable, l'ODD6 (« eau potable et assainissement ») est l'objectif le plus prioritaire en Guinée, le deuxième objectif le plus prioritaire en Tanzanie et au Bénin, et le troisième le plus prioritaire dans huit autres pays. L'eau/l'assainissement est d'une priorité particulièrement grande dans les pays pauvres.

- Les résidents ruraux, les citoyens peu instruits, et les répondants pauvres sont nettement plus susceptibles de prioriser l'eau et l'assainissement que leurs concitoyens citadins, plus instruits, et plus aisés.

- Compte tenu de ces nombreuses préoccupations, il n'est pas surprenant qu'une majorité (54%) des Africains déclarent que leur gouvernement assure « assez mal » ou « très mal » la fourniture des services d'eau et d'assainissement, même si cela représente une amélioration modeste par rapport à 2011/2013 (de 56% à 53% dans les 31 pays enquêtés au cours des trois derniers rounds). Les Gabonais (84%) et les Guinéens (82%) sont les plus critiques. Seuls neuf pays, eSwatini (65%) et le Botswana (63%) en tête du peloton, approuvent majoritairement les performances gouvernementales en matière d'eau et d'assainissement.

- Les plus fortes progressions de l'évaluation citoyenne des performances gouvernementales en matière d'eau et d'assainissement ont été observées au Libéria, au Lesotho, à eSwatini, au Sénégal, en Tunisie, et en Tanzanie, tandis que les baisses les plus fortes enregistrées l'ont été au Malawi, en Guinée, en Afrique du Sud, au Soudan, et en Sierra Leone.

- Le retard des résidents ruraux en ce qui concerne les services d'eau et d'assainissement s'étend à tous les aspects relatifs à l'accès et à l'approvisionnement, à l'exception de la probabilité de devoir verser des pots-de-vin.

Afrobarometer

Afrobarometer est un réseau panafricain et non-partisan de recherche par sondage qui produit des données fiables sur les expériences et appréciations des Africains relatives à la démocratie, à la gouvernance, et à la qualité de vie. Après six rounds d'enquêtes étendus à 38 pays entre 1999 et 2015, les enquêtes au titre du Round 7 ont couvert 45.823 entretiens réalisés dans 34 pays entre septembre 2016 et septembre 2018.

Afrobarometer réalise des entretiens face-à-face dans la langue du répondant avec des échantillons représentatifs à l'échelle nationale qui produisent des résultats nationaux avec des marges d'erreur de +/-2 à +/-3 points de pourcentage à un niveau de confiance de 95%.

Les lecteurs intéressés peuvent suivre les publications, y compris la séries Pan-Africa Profiles d'analyses transnationales, à #VoicesAfrica et www.afrobarometer.org.

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