Sénégal: Pr Seydi Moussa, service des maladies infectieuses de l'hopital Fann - «La transmission communautaire est une bombe»

interview

« La transmission communautaire est une bombe et peut nous mener vers n'importe quelle situation » : c'est la révélation du Pr Moussa Seydi, chef du Service des maladies infectieuses de l'hôpital Fann. Dans cet entretien, le médecin qui est en première ligne dans la lutte contre le nouveau coronavirus au Sénégal revient par ailleurs sur le traitement par l'hydroxychloroquine. Non sans prier les Sénégalais à ne pas recourir à l'automédication en se ruant vers cette molécule qui n'est pas préventive.

Ne faut-il pas aller plus loin et s'engager vers le confinement ?

C'est ça la bonne méthode scientifique ! C'est ça qu'il faut faire. Mais comme vous le savez, il faut tenir compte d'autres aléas. Le Président suit les recommandations qu'on lui donne, et à l'heure actuelle, il n'y a pas eu une recommandation unanime demandant un confinement total. Tenant compte de notre mode de vie, les gens vivent au jour le jour, la plupart sont dans un état assez précaire et en cas de confinement total, ce serait difficile. C'est presque certain qu'on ira tôt ou tard vers un confinement total.

-Quel regard portez-vous sur la transmission communautaire au Sénégal ?

Cette transmission communautaire est une bombe. Cette transmission communautaire peut nous mener vers n'importe quelle situation. On peut se lever un beau jour et voir le nombre de cas être multiplié par 10, 15, 100. Nous avons déjà eu un patient qui a contaminé à lui seul 25 autres personnes. Donc, la transmission communautaire, c'est extrêmement inquiétant pour le Sénégal.

Avez-vous les moyens d'éradiquer ce virus ?

Par rapport au nombre de cas, nous avons parfaitement les moyens. Je l'ai toujours dit depuis le début, mais si le nombre de cas explose, on n'aura plus les moyens, on ne pourra pas faire face. Et c'est difficile de dire à partir de quel nombre de cas on serait en difficulté de s'en sortir, puisque chaque fois on s'adapte, mais il ne faudrait pas s'attendre à des milliers de cas, sinon on se retrouverait dans les difficultés énormes. Donc, la prévention doit être le combat qu'il faut mener en priorité. Pourquoi avez-vous essayé l'hydroxychloroquine sur vos patients ? J'ai essayé l'hydroxychloroquine pour plusieurs raisons. D'abord, parce qu'il y a les résultats préliminaires du Pr Didier Raoult sur un petit nombre de patients et également parce que nous sommes en situation d'urgence sanitaire mondiale. En plus de ces raisons, nous avons besoin de traiter les patients et les guérir plus vite afin de prendre en charge d'autres patients. Le rapport bénéfice-risque était en faveur du bénéfice, raison pour laquelle nous avons commencé à traiter nos patients avec l'hydroxychloroquine en ayant la précaution de demander leur consentement au préalable.

Est-ce que vous n'avez pas l'impression d'aller contre l'Oms ?

Je ne me positionne pas à aller ou contre l'avis d'un autre. Non, je prends mes responsabilités en tant que médecin. Je suis responsable de la prise en charge des malades au niveau national et je suis chercheur en même temps. Donc, je prends toutes mes responsabilités en fonction de la manière dont je vois les choses. Ceci dit, ce médicament est à déconseiller en automédication. Ce serait très dangereux de le faire en automédication et en prévention, il n'est pas prouvé que la chloroquine soit efficace contre le nouveau coronavirus.

Des résultats encourageants, concrètement qu'est-ce que cela veut dire ?

Lorsque nous avons démarré le traitement au niveau de nos patients, nous avons constaté que la charge virale a baissé beaucoup plus rapidement. C'est un traitement que nous donnons aux malades après consentement. Plus tard, nous allons faire un traitement dans le cadre d'un projet scientifique, en respectant toutes les normes scientifiques avec l'Institut Pasteur de Dakar. Ce que nous faisons.

Quelle est la différence entre la chloroquine et l'hydroxychloroquine ?

L'origine est là même mais il s'agit de deux molécules légèrement différentes. L'hydroxychloroquine est moins tolérée et peut-être qu'on a besoin de doses moins fortes. Actuellement, elle est scientifique, mais ce n'est pas de la recherche. Si on avait une étude validée à 100%, on aurait pu prescrire le traitement dans le sens de guérir les malades.

Est-ce que vous êtes en train de dire aux Sénégalais de ne pas se ruer sur la chloroquine ?

Je ne dirai pas seulement, ne vous ruez pas sur l'hydroxychloroquine mais c'est dangereux pour eux, parce que la prescription devrait être médicale. La population ne maîtrise pas les contre-indications. Pra exemple, l'hydroxychloroquine ne doit pas être administrée chez un enfant de moins de 6 ans, chez une femme enceinte, une femme qui allaite, dans le cas de certaines pathologies oculaires ou cardiaques.

Sur combien de patients avez-vous essayé l'hydroxychloroquine ?

Nous l'avons utilisé sur une cinquantaine de patients. Et il y a une personne qui est déjà guérie, mais d'ici une semaine, on verra le nombre de patients qui vont sortir d'hospitalisation. Nous nous basons sur les résultats de l'institut pasteur qui nous montre une baisse de la charge virale.

Plus de: Sud Quotidien

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