Afrique: Les conséquences du coronavirus en Afrique - Quelles mesures les dirigeants peuvent-ils prendre ?

communiqué de presse

Le nouveau coronavirus COVID-19 ayant atteint le continent africain, les pays se préparent à endiguer la propagation du virus, ainsi que de préparer leurs systèmes de santé fragiles à y faire face. Les images provenant de Chine et d'Europe sont préoccupantes.

Outre les défis sanitaires engendrés par le COVID-19, les répercussions sur l'économie en Afrique se font déjà ressentir. Avec la fermeture d'industries en Asie, en Amérique et en Europe, la demande de matières premières et de marchandises diminue, entravant également l'accès de l'Afrique aux composants industriels et aux produits manufacturés (y compris les équipements médicaux).

Les premières démarches réalisées en Afrique se sont concentrées sur le ralentissement de la contagion, grâce à des mesures comme la fermeture des frontières. Ces actions interviennent alors que le continent prend des mesures audacieuses pour accroître l'intégration économique, et que le tout premier secrétaire général de l'Accord de libre-échange continental africain a prêté serment. Le coronavirus pourrait représenter une menace pour ce projet continental, mais les dirigeants pourraient également y voir une opportunité de renforcer la collaboration. Si les dirigeants accélèrent certaines politiques, cela pourrait également représenter une opportunité. Des avantages pourraient être rapidement obtenus grâce à la consolidation des initiatives d'intégration régionale déjà mises en œuvre.

La fermeture des frontières, par exemple, peut être observée sous un autre angle. Lorsque les dirigeants des pays voisins ferment leurs frontières ensemble, comme l'ont fait le Portugal et l'Espagne, c'est un symbole de partenariat dans la lutte contre la pandémie. La réduction des flux de personnes, tout en maintenant les frontières ouvertes aux marchandises, témoigne d'une reconnaissance de l'importance des activités économiques et commerciales pour permettre à la population de poursuivre leur vie quotidienne. En Afrique, cette collaboration sera cruciale, notamment pour les seize pays enclavés du continent.

La crise peut également permettre aux dirigeants africains d'avoir un regard neuf sur les chaînes de valeur régionales. Des chaînes d'approvisionnement régionales solides caractérisent l'Amérique du Nord, l'Asie et l'Europe. En Afrique, cependant, l'intégration dans les marchés internationaux implique surtout l'intégration dans des chaînes de valeur mondiales et non régionales, l'Afrique fournissant les matières premières qui seront transformées ailleurs dans le monde.

Il existe des possibilités de créer des chaînes de valeur régionales, notamment pour la fabrication de véhicules motorisés ou pour les activités aérospatiales en Afrique du Nord. Cependant, concevoir des stratégies régionales peut signifier devoir s'accorder sur l'endroit ou tel élément de la chaîe de valeur sera produit, et peut impliquer devoir faire des compromis difficiles.

Mais la situation exceptionnelle de la pandémie pourrait constituer un terrain fertile pour la collaboration régionale des décideurs politiques dans les domaines des produits pharmaceutiques, des désinfectants, des équipements de test de diagnostic ou des vêtements de protection. De telles décisions devront être prises et mises en œuvre très rapidement.

Les dirigeants africains peuvent également agir à l'unisson dans la lutte contre les conséquences économiques de la pandémie. Personne ne peut prédire dans quelle mesure la pandémie affectera le PIB mondial, mais l'impact sera important. Les pertes estimées en termes de croissance du PIB mondial, mais aussi pour l'Afrique en tant que région, oscillent actuellement entre 1,5 et 2 points de pourcentage. Il est fort probable que ces chiffres soient revus à la hausse.

L'industrie du voyage a été la première à être touchée. Les compagnies aériennes du monde entier sont en difficulté, et le tourisme a été durement affecté. Les pays africains ne seront pas épargnés, comme la Tunisie, l'Égypte et le Kenya, où le tourisme représente respectivement environ 14 %, 11 % et 10 % du PIB. Pour les compagnies aériennes régionales déjà en difficultés, cela pourrait être dramatique.

Les arrêts de production en Chine et en Europe, notamment dans les sous-secteurs de l'habillement, des machines et des chaussures, auront des répercussions importantes sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, et des conséquences pour l'Afrique. Certains secteurs traditionnels en Afrique, comme l'industrie des fleurs coupées, pourraient également être touchés.

Dans les pays qui imposent le confinement, une grande partie du secteur des services risque de subir des conséquences désastreuses. Les secteurs de l'hôtellerie, des sports et des loisirs, ainsi qu'une grande partie de la vente au détail, sont parmi les premiers à souffrir du confinement partiel ou total.

La chute drastique des prix du pétrole, initialement déclenchée par des événements autre que la pandémie de coronavirus, subit désormais les conséquences qui en résultent, à savoir une chute de la demande. Ce qui devrait davantage aggraver les chocs économiques. Les exportateurs de pétrole comme le Nigeria verront leurs revenus diminuer.

Face à cette perspective, les décideurs politiques africains peuvent se demander combien de temps les entreprises de leur pays pourront subsister en l'absence de revenus, ou bien avec des revenus considérablement réduits, et quelle serait l'ampleur des pertes d'emplois. Pour de nombreuses micro, petites et moyennes entreprises (MPME) qui disposent de moins d'actifs pour surmonter la tempête, la durée de leur survie ne peut être compté qu'en semaines. C'est pourquoi les petites entreprises, plus que les grandes, auront tendance à faire faillite ou à ne plus être performantes.

Étant donné que les MPME emploient environ 70 % de la main-d'œuvre dans la plupart des pays, la réduction des effectifs ne fera qu'aggraver le ralentissement économique provoqué par la pandémie.

Sachant que les petites entreprises représentent un risque pouvant contribuer à l'aggravation de la récession économique, les gouvernements du monde entier se sont efforcés de réduire les contraintes opérationnelles qui pèsent sur elles. Ils ont introduit des politiques destinées à aider les MPME à faire face aux risques financiers à court terme et aux implications commerciales à long terme. L'objectif étant de réduire les licenciements, prévenir les faillites, encourager les investissements et aider les économies à se remettre sur pied le plus rapidement possible. Ces mesures incluent des financements à des conditions préférentielles, des réductions d'impôts et des subventions, des soutiens à l'emploi, une assistance technique et des mesures indirectes.

Les prêts à faible taux d'intérêt et autres financements préférentiels visant à atténuer les problèmes de liquidités à court terme, ont été parmi les mesures politiques les plus populaires annoncées à ce jour. Mais l'expérience du choc pétrolier des années 1970 montre que ces mesures peuvent avoir un impact limité face aux chocs de l'offre et aux faibles taux d'intérêt. À contrario, la manière la plus efficace d'éviter les faillites peut être la mise en place de mesures visant à réduire les coûts pour les MPME, telles que des allégements fiscaux. Les investissements dans le commerce numérique et les mécanismes de facilitation des investissements doivent également se poursuivre. Les pays qui appliquent de telles politiques de facilitation seront les premiers à en récolter les bénéficies dans la période d'après-crise.

Toutes ces mesures nécessitent un financement. Les pays qui disposent d'une marge de manœuvre budgétaire auront plus de facilité à les mettre en place. Malheureusement, le niveau de la dette mondiale a continué d'augmenter après la crise financière survenue il y a plus de dix ans. Bien que la majeure partie de la dette mondiale soit détenue par les pays industrialisés, son augmentation a été plus importante dans les pays en développement au cours de la dernière décennie. Une action concertée entre les dirigeants peut donc être nécessaire afin de soutenir les petites et moyennes entreprises, et ainsi éviter qu'elles aient un impact négatif sur les marchés financiers.

L'histoire prouve que les collaborations transfrontalières surviennent souvent pendant ou après des crises majeures. La Première Guerre mondiale a entraîné la création du Bureau international du travail ; les Nations unies ont été créées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La construction de l'Union européenne a également été une réaction à cette conflagration.

L'Union africaine a déjà affirmé que l'Afrique sera plus forte si les pays étaient davantage unifiés grâce à la naissance de la Zone continentale africaine de libre-échange. Un engagement aussi fort en faveur d'une action commune de la part des dirigeants du continent serait sans aucun doute également bénéfique pour la lutte contre la pandémie de coronavirus et de ses conséquences économiques pour l'Afrique.

Ces mesures devraient inclure un engagement renouvelé en faveur des objectifs de développement durable et du multilatéralisme, ainsi qu'une aide à ceux qui seront les plus durement touchés par le ralentissement économique : les petites entreprises, les femmes, les jeunes et les communautés vulnérables. Le Centre du commerce international (CCI), dont le mandat est de renforcer la compétitivité des petites entreprises dans les pays en développement, en mettant l'accent sur les entreprises détenues par des femmes et sur les personnes qui se trouvent au pied de la pyramide économique, est prêt à soutenir ces efforts.

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