Algérie: Mines antipersonnel-frontière Est - Séquelles physiques et psychologiques omniprésentes 58 ans après l'indépendance

Souk Ahras — Les tristes souvenirs des séquelles physiques et psychologiques laissées par les mines semées par l'occupant français le long des lignes électrifiées Challe et Morice continuent toujours de tourmenter les habitants de la wilaya frontalière de Souk Ahras, 58 ans après l'indépendance.

Bergers, agriculteurs, chasseurs et enfants de campagne des communes de Khedhara, Ouled Moumène, Sidi Fredj, Ain Zana, Ouled Driss, Ouilène, Merahna et Taoura n'arrivent pas à oublier l'horreur des explosions des mines sournoises semées sur leur terre par l'armée française durant la révolution libératrice.

Aujourd'hui, Amar évoque encore avec peine les moments épouvantables de cette explosion survenue en 1960, alors qu'il avait 9 ans et jouait innocemment avec deux autres enfants qui eux avaient perdu la vie dans la déflagration de la mine.

Evacué vers l'hôpital, les médecins traitèrent ses blessures mais décidèrent qu'il fallait lui amputer une jambe, souligne Amar qui affirme être resté invalide depuis et bénéficie actuellement d'une allocation mensuelle de 18.000 DA.

"Depuis l'explosion, j'ai perdu le goût à la vie", se confie ce désormais septuagénaire qui invite les jeunes à tirer des leçons des souffrances de leurs aînés.

Amar Gouasmia n'est pas la seule victime des mines anti-personnel françaises. Malek Bouzerafa également de Khedhara a payé un prix encore plus cher.

A 13 ans, une explosion l'amputa de ses deux jambes. Depuis, la vie a cessé d'être rose, affirme Malek qui raconte qu'alors qu'il faisait paître son troupeau, ses pieds se posèrent fatalement sur un objet dur qui explosa immédiatement lui donnant l'impression, confie-t-il, que son frêle corps s'était disloqué en mille morceaux.

De son côté, Moussa Rouabhia, membre de la ligue algérienne de défense des droits de l'homme à Souk Ahras, considère que les mines antipersonnel représentent "l'autre visage macabre de la France coloniale" qui a semé la mort partout dans le pays.

Rouabhia qui a mis l'accent sur l'effort méritoire du ministère de la Défense Nationale et de l'Armée nationale populaire ayant permis d'éliminer près de 80 % de ces mines a estimé nécessaire pour les instances concernées "d'offrir une meilleure prise en charge des victimes de ces mines et concevoir un texte de loi en leur faveur".

Selon ce même enseignant d'histoire contemporaine à l'université Mohamed Cherif Messaâdia, des études nouvelles indiquent que l'armée française avait semé en Algérie durant la guerre de libération nationale, 11 millions mines dans des champs de 45 mètres de large de part et d'autre des lignes électrifiées à 5.000 volts Challe et Morice dans une tentative de fermeture des frontières pour empêcher l'acheminement des armes et munitions aux moudjahidine dans les maquis.

Plus de: Algerie Presse Service

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.