Sénégal: Pape Diouf - « La vie m'a assez donné. Je sais qu'à un moment il faut dire Dieu merci «

3 Avril 2020
interview

Dans ce contexte marqué par la disparition de Pape Diouf, la rédaction web du soleil une interview faite avec lui en Mars 2013 juste après la sortie de son livre « C'est bien plus qu'un jeu ».

Pape Diouf, qu'est-ce qui a motivé l'écriture de ce livre intitulé « C'est bien plus qu'un jeu » ?

Rien de très spécial. La maison d'édition Grasset, l'une des plus prestigieuse en France avait souhaité que je puisse raconter mon parcours de l'enfance jusqu'à nos jours. Je n'y voyais pas un intérêt particulier mais devant leur insistance, j'ai fini par adhérer à l'idée et donc à écrire ce qu'on peut considérer comme une autobiographie. J'y évoque les différents métiers que j'ai exercés journaliste, agent de joueurs et président de l'Olympique de Marseille. Je n'ai pas omis de parler de l'Afrique et de politique. C'est un livre qui parle de beaucoup de choses même si certains s'ingénient à retenir que les quelques pages consacrées à l'OM.

Vous venez de le dire, c'est un livre qui évoque plusieurs sujets. Est-ce qu'il y a une hiérarchie dans les sujets abordés ?

Je parlerais de chronologie plutôt que de hiérarchie. Maintenant s'il y a une hiérarchie des informations que je livre ou des rappels que je formule, la partie consacrée à ma mère m'apparaît comme essentiel. Rien ne vaut, à mes yeux, ces pages là. Aucun n'autre personnage du livre n'arrive, dans mon esprit, à la cheville de ma maman aujourd'hui disparue. Oui il y a une hiérarchie plaçant ma mère au dessus de tout, ensuite il faut simplement retenir la chronologie.

Pourquoi faire de votre mère la figure emblématique de votre autobiographie ?

C'est simplement qu'il m'a fallu parler ici ou là des personnages que j'ai rencontrés ou fréquentés. Quand un enfant ouvre les yeux, il voit généralement d'abord sa mère. Donc forcément c'est naturel et classique. Il ne devrait pas y avoir de sujet d'étonnement. Il se trouve aussi que cette mère n'était pas une femme ordinaire. Mais je laisse surtout le soin aux personnes qui ont connu ou qui ont rencontré ma mère de décrire avec justesse cette bonne femme. Je crois n'avoir pas forcé les termes en parlant d'elle. Je crois n'avoir dit que ce qu'elle incarnait à vrai dire à savoir la piété, la rectitude, la foi, l'esprit de générosité. Aujourd'hui ce sont des valeurs qui font défaut, elles permettent de qualifier de bien une personne.

Qu'est-ce que vous a légué votre mère ?

C'est d'abord le sens de la responsabilité. Je dirais aussi savoir faire les choses en tenant compte de la dimension morale de ce qu'on fait. Je crois que la première chose qu'elle m'ait léguée est de toujours dire les choses telles qu'elles étaient sans se soucier si elles faisaient plaisir ou pas, toujours dans la mesure qui convenait. Elle m'a appris à ne pas utiliser de grossièreté, jamais d'excès de langage, mais seulement la ferme volonté de dire les choses comme elles étaient. C'est quelque chose que j'ai hérité d'elle au delà d'une générosité à nulle autre pareille. Générosité dont je me suis aperçu plus véridiquement au moment de ses obsèques quand j'ai vu toutes ces familles accourir et pleurer sa mort car elle s'en occupait en silence sans le crier aux toits.

Y a t-il des souvenirs de votre mère qui vous reviennent constamment ?

Tout me renvoie à elle. Ma mère était une globalité. Il n y a pas de points sur lesquels je reste plus attachés que d'autres. Je sais qu'elle était pieuse comme on ne peut pas l'être. Je l'ai vu sur son lit d'hôpital, à peine opérée des yeux, tenter de faire sa prière alors que le médecin avait été clair : il ne fallait absolument pas faire de mouvement qui pouvait être dangereux pour sa santé. Elle a fait fi de cela. C'est peut être cette image que je revois. Elle faisait une allégeance complète à son créateur. A côté il y a d'autres actes de piété qui font que je considérais cette bonne femme comme une sainte.

Et l'image du père dans tout cela ?

Le père était quelqu'un de très rigoureux dans les principes. C'est lui qui nous a appris à nous suffire de ce qu'on avait. C'est lui qui nous appris à ne jamais nourrir le sentiment de jalousie qui était la pire des choses mais il ne nous interdisait pas un autre sentiment, qui n'a rien à voir : l'envie. La jalousie est un sentiment négatif alors qu'envier quelqu'un c'est presque admirer ce qu'une personne est ou a et souhaiter la même chose pour soi même. C'est très différent.

Quels sont les souvenirs de Pape Diouf jeune dans les rues de Dakar ?

Ils sont, sans doute, semblables à ceux de nombreux sénégalais. J'habitais à Sicap Fann, quartier non pas populaire mais assez cosmopolite car on y retrouvait des Sénégalais bon teint comme on dit mais également des Cap verdiens, des blancs et d'autres origines. Jeune, mon horizon était sur les terrains libres du quartier, on jouait au football. C'était aussi traverser la Corniche qui séparait notre quartier de la plage pour aller jouer là bas ou aller à la mer. On n'avait également la possibilité d'aller à l'Université de Dakar pour jouer au basket ou au handball.

Quand l'heure du départ en France a sonné, qu'est-ce qui l'a motivant ???? ?

Il arrive à un moment que les choses se décident au niveau familial. Mon père avait souhaité que je fasse l'école militaire en France. Il avait tout fait pour que ce soit ainsi. Ainsi avec lui j'étais parti à Ouakam où se trouvait la base militaire française. Et là j'avais fourni tous les documents pour venir en France. Seul hic là où on me parlait à Dakar d'école française, je me suis aperçu en France que c'était un engagement dans l'armée. Ce qui était très différent et je n'ai pas accepté de m'engager parce que qui dit engagement à l'époque disait une autre vie, un autre choix et dans mon esprit le retour au Sénégal devait se faire le plus rapidement possible. Maintenant cela fait plus de quarante ans que je suis en France sans jamais repartir définitivement mais quand on vient d'arriver en France, la première chose à laquelle on pense est la date du retour. M'engager à l'époque dans l'armée c'était retarder singulièrement cette date du retour ce dont je ne voulais absolument pas entendre parler. Les choses se sont passées autrement quarante ans après.

Sur ces quarante ans d'itinéraire en France, il y a eu plusieurs trajectoires : manutentionnaire au port de Marseille, journaliste et président de l'OM. Qu'est ce qui a été le plus déterminant dans ce parcours ?

Le destin est la chose que l'homme maîtrise le moins. On ne sait jamais à l'avance comment cela va se passer. Les premiers métiers que j'ai exercé sont ce qu'on appelle des « petits métiers » : j'ai été coursier, manutentionnaire au port, j'ai fait des petits boulots pour subvenir à mes besoins. Avant d'être bien plus tard journaliste en passant par un concours qui m'a amené au PTT (l'ancienne appellation de la poste, ndlr), avant de rencontrer un homme qui m'a amené dans le giron journalistique. Ce sont les circonstances qui vous conduisent à un moment donné vers un destin revêtant une allure différente.

Je n'avais pas de plans préconçus de ma carrière. J'ai su, au gré des événements, m'adapter et faire des choix qu'il fallait à chaque fois que ce fut nécessaire. Maintenant c'est sûr et certain les choses pouvaient aller autrement. Je suis de ceux qui pensent que dans la vie quand on va au bout de ses convictions, des choix qu'on fait, on peut parvenir à quelque chose de concret.

Pensez-vous qu'un jeune sénégalais débarquant en France puisse vivre aujourd'hui cette histoire que vous nous contez ?

Je pense que tout reste possible. Je ne suis pas le dépositaire du futur et je n'ai pas de prédispositions pour lire dans le marc de café. Quand je suis arrivé en France, j'étais à mille lieux de penser que mon parcours serait celui là. Le destin se forge non seulement selon les circonstances et le caractère qu'on a mais également selon les rencontres faites. Il y a des lauriers qu'on me tresse mais je reste acquis à la conviction profonde que pas loin de moi il y a d'autres africains qui sont sans doute plus méritants que moi, qui sont dans des secteurs d'activités très compliqués dans lesquels ils excellent mais ce sont des activités qui n'ont pas la même aura que le football dans l'opinion publique. Je reste les pieds sur terre et je ne suis pas dupe. Si le football m'a propulsé au devant, je refuse d'être la seule exception qui eut été capable de mener ce destin. Il y a bien d'autres africains qui pouvaient mener le même destin si les circonstances en avaient décidé autrement.

Un destin pluriel mais qui reste étroitement lié à la présidence de l'Olympique de Marseille. Qu'en retenez-vous ?

J'ai fait pendant cinq ans (2004 - 2009) ce que je devais faire. J'avais autour de moi une équipe compétente et dévouée. J'ai trouvé le club dans des conditions précaires sur le plan sportif et financier puisqu'il accusait un déficit financier de plus 30 millions d'euros. Et sportivement le club avait du mal à se projeter sur la scène européenne. Avec mes collaborateurs, j'ai alors décidé de changer de politique. Nous avons mis en place la politique de post formation. Elle nous a permis ni de puiser dans notre centre de formation car celui ci n'était pas véritablement opérationnel ni de faire la politique du chèque illimité.

Nous avons réfléchi et infléchi notre action : ce qui nous a permis de recruter des garçons qui n'étaient plus en formation mais pas encore apte à entrer en équipe première. J'en citerai quelques uns : Stève Mandanda, Taye Taiwo, Mathieu Valbuena, Charles Kaboré. Les frères Ayew (André et Jordan, ndlr) nous ont rejoint plus tard. Et puis en matière de politique de transfert, nous n'avons jamais transgressé certains principes érigés en ligne de conduite. Nous avons acheté des joueurs pas très chers, ce qui n'a pas toujours été le cas à l'OM. Cette politique a donné des résultats : la restauration complète de l'état des finances. Au moment de mon départ, des 30 millions de déficit de départ, j'ai laissé dans les caisses plus de 40 millions d'euros de recettes. Sur le plan sportif, j'ai laissé une équipe en Champions League car nous avons terminé 2ème après Bordeaux à la suite d'un championnat qui avait tenu la France en haleine. Je pense que ces cinq années n'ont pas été vaines. Aujourd'hui encore je reçois des témoignages de sympathie et d'amitié. Dans la rue, dans les aéroports ou ailleurs, on continue de me poser la question de mon retour. Ce qui me conduit à penser que j'ai laissé derrière moi une image positive.

Après ce travail de fond que vous venez de décrire, comment avez-vous ressenti la publication d'une tribune de l'OM dans le quotidien L'Equipe du 10 mars dernier vous indexant ?

Ce n'est pas une tribune que l'OM a publiée. C'est une tribune que le président de l'OM (Vincent Labrune, ndlr) a publiée. Le procédé est étonnant. A l'heure où on pense à restaurer, de nouveau, les finances du club, le fait de dépenser plus de 80 000 euros pour publier une tribune à sa gloire personnelle, passe pour de l'irresponsabilité. Ensuite tout ce qui est écrit dans cette tribune est complètement faux et susceptible d'être corrigé par moi en montrant où se trouvent la faille et le mensonge. Mais il y a une chose de vraie dans cette tribune, c'est de me reprocher l'emploi du « Je ». S'il pouvait m'expliquer comment pour écrire une autobiographie, on peut faire pour utiliser un autre pronom personnel que « je », je le prendrai mais malheureusement je n'en ai pas d'autres.

Tout le reste est mensonge. Quand il parle de Eric Gerets (entraineur de l'OM sous la présidence de Pape Diouf, ndlr), il n'a pas prolongé son contrat plus tôt parce que le propriétaire du club ne voulait pas qu'on signe rapide avec lui. Il suffit de lire mon livre pour se rendre compte des mensonges. Pour ce qui est de l'accusation de la masse salariale enflée, il suffit également d'aller voir la DNCG (Direction nationale de contrôle et gestion au sein de la ligue de football professionnel (LFP) en France, ndlr). Les chiffres sont disponibles. Sur mon salaire, il a cité des chiffres fantaisistes. Je peux le démonter en montrant mes bulletins de salaire. Rappelons qu'à son arrivée à la tête du club, il avait fait une déclaration dans le périodique France Football où il disait que « Pape Diouf a été un excellent président, Pape Diouf a été légitime, grâce à Pape Diouf l'OM a retrouvé l'équilibre ». Si ce bonhomme là après quelques mois change radicalement de discours on en revient au fameux mot d'Edgar Faure « Ce ne sont pas les girouettes qui tournent mais le vent ».

Quel est le problème avec Vincent Labrune ?

A la limite cela me fatigue de parler ou de répondre sur lui car il ne m'intéresse pas. Ce n'est pas de ma faute si, toute modestie mise à part, ma personne l'écrase. Ce n'est pas de ma faute si à Marseille on lui parle encore de moi. S'il n'a pas cette capacité de communication qui doit être la marque de l'OM. Quand un président de l'Olympique de Marseille se permet de dire qu'il va être un président à l'anglaise c'est-à-dire qu'on ne voit pas et qu'on n'entend pas. Jai envie de dire pourquoi pas un président à l'australienne. A Marseille un président doit incarner la ville, les supporters, le club. Dire qu'il veut être un président à l'anglaise c'est méconnaitre la ville et la culture de l'OM.

Et puis quand on lit les reproches qui sont dans la tribune (publiée dans L'Equipe qui attaque Pape Diouf sur sa présidence et la gestion du club, ndlr) et la virulence que ses amis et lui ont eu pour que je choisisse de partir de l'OM, s'ils avaient trouvé, en arrivant, un seul chiffre de travers, une seule virgule mal faite, ils se seraient empressés de le faire savoir. Ce n'est pas trois ans plus tard qu'on va venir me chercher des poux.

Si Vincent Labrune parle de président à l'anglaise, votre successeur, Jean Claude Dassier, avait dit « je ne serai pas un président à l'africaine ou à la libanaise ». Est-ce qu'il y a du racisme dans le milieu du football en France ?

Le racisme est une donnée bien réelle de la société française donc on ne peut pas extirper le football de cette société. On l'a vu dernièrement avec l'histoire des quotas qui n'a jamais été débattu normalement. Par commodité, par lâcheté certains l'ont occulté.

Lâcheté de qui ?

Lâcheté de tous. Celle du pouvoir fédéral, de certains journalistes qui n'avaient pas envie ou intérêt que ces choses soient débattus. C'est un débat dont on a fait l'économie beaucoup trop rapidement. La société française est ce qu'elle est, en sortir le racisme et dire qu'il n'existe pas ce serait angélique et je ne le suis pas. Mais je dois ajouter immédiatement que je n'ai jamais souffert d'un complexe de persécution. Je n'ai jamais dit que c'est parce que je suis noir que je n'ai pas obtenu ceci ou cela. Ce fameux président qui a dit qu'il ne ferait pas une gestion à la libanaise ou à l'africaine, je mettrais cela sous le compte d'une facilité de langage malheureuse et puis je dirais en ce qui le concerne que je le comprends parfaitement même si comprendre quelqu'un n'est pas être d'accord ou approuver son discours. Dès qu'il faisait un pas à Marseille, il entendait mon nom, je peux comprendre que cela puisse l'incommoder à perdre son sang froid.

Quels rapports entretenez-vous avec le Sénégal ?

Je m'y rends très régulièrement. C'est un rapport quasi mécanique et organique. Lorsqu'il s'est agi de donner mon opinion sur les questions autant sportives que sociétales, je l'ai donné. J'ai toujours été disponible pour donner mon éclairage dans mes domaines de compétences. Oui le Sénégal reste le pays de mes origines, mon pays. Les gens savent où me trouver et comment me trouver à chaque fois qu'on besoin de moi.

Selon vous où en est le football sénégalais après une élimination au premier tour suivi d'une non qualification aux deux dernières Can ?

Le président de la Fédération a renouvelé un peu le staff technique. Alain Giresse est arrivé, je pense que c'est une bonne chose. C'est un homme qui connaît déjà l'Afrique. A choisir un entraineur étranger, je pense que c'est un choix cohérent. Comme il me semblait cohérent si le choix devait se porter sur un entraineur local de choisir Aliou Cissé. Dans son domaine il a montré qu'il méritait le poste de sélectionneur. Sous la houlette du président Augustin Senghor, la fédé se bat avec ses moyens. Les choses ne sont jamais simples surtout quand la plupart des joueurs se trouvent à l'étranger. Je reste relativement confiant que les choses vont s'améliorer.

Le choix d'un entraineur étranger n'est-il pas un désaveu pour l'expertise locale ?

Pour moi il y a un problème avec les entraineurs locaux. Quand un d'entre eux est choisi, il n' y a pas une solidarité des autres confrères. Certains pensent pourquoi lui et pas moi. Un entraineur national a des conditions matérielles et financières assez élevées. Et cela suscite une incompréhension voire de la jalousie, ce qui ne lui facilite pas la tâche. En choisissant un entraineur étranger, on coupe cette forme de jalousie d'essence locale. On peut réfléchir dans tous les sens pour voir ce qu'il y a de mieux mais les choses peuvent s'expliquer à défaut de se justifier.

Est-ce que le choix d'Alain Giresse comme sélectionneur national vous semble essentiel ? Sur son palmarès il n' y a guère qu'une demi-finale avec le Mali. Est-ce que c'est la bonne personne à la bonne place ?

Il a amené le Mali jusqu'en demi-finale d'une Can. C'est déjà pas mal. Une équipe qui n'avait plus été à ce stade de la compétition depuis l'édition de 2002 qu'elle organisait. Ce qui relativise un peu le résultat( le Mali est allé en demi en 2004 hein !!). Mais ce n'est pas comme cela que je vois les choses. On verra. Je ne donne jamais de chèque en blanc à qui que ce soit, encore moins à un entraineur. Je sais trop ce que le football peut présenter d'aléas, d'improbabilité, d'incertitude pour crier sur tous les toits que tel est l'homme idoine et il nous fera gagner. Je crois simplement que les critères sur lesquels on s'est adossé pour prendre Alain Giresse sont objectifs. Ils sont relativement recevables. Mais les résultats de l'équipe nationale du Sénégal ne seront que ce qu'Alain Giresse et ses joueurs en feront.

Pour l'organisation du football africain, les matches amicaux des sélections nationales ont de plus en plus lieu en France. Qu'est ce que cela vous incite ?

Je pense que c'est seulement par commodité. Aujourd'hui c'est plus simple de faire disputer un match Sénégal - Mali en France qu'à Bamako ou à Dakar pour la simple et bonne raison que l'ensemble des joueurs qui constituent ces deux sélections sont des expatriés et évoluent pour la plupart en France. Donc les réunir en France me paraît logique pour nos fédérations relativement exsangues (financièrement, ndlr) plutôt que de payer de billets d'avion souvent très chers. Cela peut se comprendre même si on peut regretter que le public africain ne soit pas témoin de ces rencontres. Mais avec la multitude des chaines, les matches sont télévisés et vus en Afrique.

La présence de plus en plus accrue de joueurs français d'origine africaines formés dans les écoles de football en France dans les sélections nationales comme celle du Sénégal ne risque t-elle pas de pervertir ou d'altérer ce qui était l'essence du football africain ?

On n'est pas obligés de les prendre. Si un sélectionneur pense que les meilleurs joueurs sont des locaux, la question ne se pose pas. Je pense que être né au Sénégal ou en France n'empêche pas quelqu'un d'être citoyen. Dès lors qu'ils sont aptes à répondre à l'appel national. Mais le choix revient au sélectionneur.

Pape Diouf homme politique, c'est un mirage ou une réalité ?

Comme tout citoyen, les problèmes liés à la cité ne me laissent pas indifférent. Mais la politique comme phénomène politicien, c'est très peu pour moi. Je n'ai pas envie d'être phagocyté par une idéologie. Je n'ai pas envie d'être dans une camisole de force. Qu'un parti ou un mouvement a décidé une ligne de conduite à laquelle je suis pas d'accord et que je serai obligé de suivre. Cela ne me va pas. Je suis un homme libre. La politique m'intéresse davantage comme sociologie qu'autre chose. Ceux qui réfléchissent pour moi en me projetant dans l'arène politique, ils sont libres. Ils verront que la liberté de ce choix ne revient qu'à moi.

Est-ce une chimère de vous retrouver un jour ministre des Sports au Sénégal ou en France ?

Mais pourquoi ministre des Sports ? Je peux être parfaitement intéressé en France par les problèmes de la banlieue voire de la francophonie, il en est de même pour le Sénégal. C'est une association d'idée qui me paraît trop facile. Ce n'est pas parce qu'on m'a connu comme président de l'Olympique de Marseille que seules les questions sportives pourraient m'être confiées. Rassurez-vous, je ne suis pas en train de faire une demande de quelconque nature. Je réponds à une idée généralement véhiculée qui veut que le portefeuille des Sports me serait dévolu. Je n'ai absolument rien demandé. La vie m'a assez donné. Je sais qu'à un moment il faut dire « alhamdoulilah », Dieu merci.

Qu'est ce qui peut guider votre éventuel engagement politique ?

Rien. On m'a vu en France aux côtés de François Hollande parce que je supposais que le régime sortant se réjouissait du nombre de plus en plus grand d'expulsés, de la réduction des naturalisations. Ce pouvoir ne reflétait pas la France généreuse, accueillante que j'avais connue : cette France est grande pour reprendre André Malraux parce qu'elle l'était pour les autres. Je pensais que François Hollande incarnait un retour de ces valeurs, j'ai mis ma notoriété en sa faveur. Je n'attendais pas de lui des miracles sur le plan économique ou social. Nous vivons aujourd'hui une crise économique demandant une forme de lucidité. Cette dernière ne m'avait pas quitté au moment de faire ce choix. J'attendais de lui un retour des valeurs de la France républicaine, pays des lumières que l'idée de faire des miracles.

Si vous devez vous retourner sur votre parcours, quelle est l'idéologie de votre vie ?

Ma vie n'a pas d'idéologie parce que l'idéologie a cette propreté d'enfermer l'homme. Je n'aime pas l'enferment ni intellectuel ni physique. Si je devais me retourner sur mon parcours, j'ai la fierté de pouvoir regarder tous mes interlocuteurs dans les yeux et de n'avoir aussi aucun cadavre dans les placards. Voilà mes deux grandes satisfactions.

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