Tanzanie: La Banque mondiale approuve un prêt discriminatoire dans le domaine de l'éducation

communiqué de presse

Washington — La Banque mondiale a approuvé l'octroi à la Tanzanie d'un prêt en faveur de l'éducation de 500 millions de dollars, sans exiger que le gouvernement mette fin à sa politique d'expulsion des écolières enceintes, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Le 31 mars 2020, le Conseil des administrateurs de la Banque mondiale a voté en faveur de ce prêt à la Tanzanie pour l'aider à financer son programme d'enseignement secondaire.

Le président tanzanien, John Magufuli, a vigoureusement soutenu une politique d'expulsion des élèves enceintes et s'est engagé à la faire appliquer pendant la totalité de son mandat. Les écoles tanzaniennes contraignent régulièrement les filles à subir des tests de grossesse de nature intrusive, et expulsent définitivement celles qui sont enceintes. Les autorités ont arrêté certaines écolières pour s'être trouvées enceintes. On estime à 5 500 le nombre d'élèves enceintes qui cessent chaque année d'aller à l'école, quoique de précédentes estimations laissaient penser que près de 8 000 élèves avaient été forcées de quitter l'école chaque année.

« La Banque mondiale devrait œuvrer avec les gouvernements pour faire évoluer les systèmes nationaux d'éducation vers une situation où toutes les filles sont accueillies et pleinement intégrées dans les écoles publiques, y compris celles qui sont enceintes ou déjà mères », a déclaré Elin Martinez, chercheuse senior auprès de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « Au lieu de cela, la Banque mondiale s'est abstenue d'user de son influence et s'est inclinée devant les interdits et les pratiques discriminatoires de la Tanzanie, remettant en cause son propre engagement en faveur de la non-discrimination. »

Le prêt de la Banque mondiale inclut des fonds destinés à créer un système de « voies éducatives de rechange », un réseau parallèle payant de centres d'enseignement non officiel destiné aux enfants qui sortent du système scolaire, qui constitue la pierre angulaire du Programme d'amélioration qualitative de l'enseignement secondaire en Tanzanie (Secondary Education Quality Improvement Program, SEQUIP). Ce programme a été mis au point en réponse à une décision précédente de la Banque mondiale de retenir un prêt de 300 millions de dollars destiné à l'éducation secondaire en Tanzanie, prise en partie à cause du mauvais traitement des filles enceintes par le gouvernement.

Aux termes du SEQUIP, étudier dans ces centres de rechange est la seule option possible pour les filles qui ont été renvoyées de leur école pour cause de grossesse. Mais ces voies éducatives de rechange ne peuvent être décrites comme offrant l'équivalence de l'enseignement dispensé dans les écoles secondaires du système scolaire national. En outre, l'inscription dans ces centres ne sera pas gratuite et ils ne fourniront qu'une version condensée du cursus scolaire.

Dans son approbation du prêt, la Banque mondiale a considéré que les filles qui deviennent enceintes ou qui ont déjà un bébé ne faisaient que « quitter » l'école. En présentant le problème de cette manière, la Banque mondiale a négligé des éléments de preuve de sources indépendantes qui montrent qu'en réalité, ces filles sont expulsées, humiliées par les responsables de l'école et les enseignants lorsqu'elles sont contraintes de subir un test de grossesse ou qu'il apparaît qu'elles sont enceintes, et de ce fait rejetées par leurs propres camarades.

La Banque mondiale n'a pas évoqué les préoccupations causées par la politique d'expulsion dans son approbation du prêt, a déclaré Human Rights Watch. De son côté, le gouvernement tanzanien n'a pas adopté de politique ou de décret établissant clairement le droit des filles à continuer à aller à l'école pendant et après une grossesse, ni fourni l'assurance qu'il réintroduirait la politique de « réadmission » abolie par le Parlement en 2017.

Tous les gouvernements devraient prendre immédiatement des mesures pour s'assurer que l'enseignement secondaire gratuit soit disponible et accessible à tous et rendre l'éducation obligatoire jusqu'à la fin du premier cycle du secondaire, a déclaré Human Rights Watch.

La Banque mondiale ne devrait pas débloquer les premières tranches du prêt avant que le gouvernement tanzanien n'ait respecté son obligation de garantir aux filles un accès égal à un enseignement primaire gratuit et obligatoire ainsi qu'au premier cycle du secondaire. Le gouvernement devrait immédiatement mettre fin à cet interdit discriminatoire et adopter un décret ministériel donnant pour instruction à toutes les écoles d'arrêter immédiatement les tests de grossesse et de cesser de renvoyer les filles enceintes.

La Tanzanie est un des deux pays africains qui excluent explicitement les filles enceintes ou les mères adolescentes des écoles d'État. Ces dernières années, de nombreux gouvernements africains se sont fermement engagés à faire en sorte que les filles enceintes ou mères puissent continuer à aller à l'école. Les recherches effectuées par Human Rights Watch ont permis d'établir que les lois, les politiques et les directives qui protègent le droit à l'éducation des filles enceintes et des mères adolescentes sont déterminantes pour assurer que les filles ne fassent pas l'objet de discriminations à l'école.

Tous les gouvernements africains devraient adopter des politiques de « continuation » de la scolarité qui soient compatibles avec les droits humains et pleinement mises en œuvre à travers le pays, établissant clairement les droits des filles, de sorte que les personnels scolaires et ministériels disposent de directives claires sur les moyens de fournir un soutien et des accommodements spéciaux aux jeunes mères en milieu scolaire, a affirmé Human Rights Watch.

La reculade de la Banque mondiale sur le droit des filles enceintes à l'éducation soulève également des questions au sujet de l'engagement plus général de la banque à mettre en œuvre son Plan-cadre de gestion environnementale et sociale, qui garantit que les prêts de la banque ne puissent pas être utilisés pour perpétuer des discriminations. D'autres groupes sociaux qui font l'objet de discriminations encouragées par l'État en Tanzanie, notamment les personnes lesbiennes, gay, bisexuelles et transgenres (LGBT), pourraient devenir encore plus vulnérables si le gouvernement perçoit une indication que la banque n'est pas prête à défendre ses propres principes de non-discrimination.

« Contrairement à la description faite par la Banque mondiale de son prêt à la Tanzanie, les 'voies éducationnelles de rechange' ne pourront jamais égaler ce que les enfants retirent d'un enseignement officiel et obligatoire », a affirmé Elin Martinez. « Et contrairement à la plupart des enfants déscolarisés qui ont le choix de retourner à l'école, les filles enceintes se voient dénier arbitrairement le droit de retourner à l'école et sont aiguillées de force vers un système parallèle. »

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