Madagascar: Steci Sikina Razafindratompo - « La mise en quarantaine a été une dure épreuve pour moi »

interview

Steci Sikina Razafindratompo, une jeune fille de 19 ans, étudiante à l'université ISG de Bordeaux-France, a fait partie des personnes mises en quarantaine dans un hôtel d'Antsiranana.

Pourquoi avez-vous quitté Bordeaux ?

Toutes universités françaises sont fermées à cause de la propagation du coronavirus. Je me sentais seule et j'ai décidé de revenir à Madagascar auprès de mes parents. J'ai quitté Bordeaux le mercredi 18 mars matin et je suis arrivée à Paris le même jour. Puis, j'ai pris le vol d'Air Madagascar pour atterrir à Ivato le jeudi 19 mars.

Racontez-nous les différentes étapes que vous avez franchies jusqu'à la mise en quarantaine...

À la descente de l'aéroport d'Ivato, on m'a fait passer un test, puis j'ai pris une chambre à Ivato Hôtel. Ensuite, j'ai pris un avion pour Antsiranana où habitent mes parents. Arrivée sur place, j'ai avisé les autorités locales, les médecins. Le temps que ces derniers s'organisent, j'ai été confinée à la maison en envoyant ma température trois fois par jour aux responsables de la santé publique. Puis, ils m'ont emmené à l'Hôtel de la Poste pour être confinée et suivie médicalement comme d'autres passagers.

Comment avez-vous vécu cette première période de confinement ?

C'était dur pour moi de quitter ma famille. J'étais bouleversée par la situation, moi qui l'ai déjà quittée pendant une année, mais j'ai dû le faire pour ma propre protection, celle de ma famille et celle de tout le monde. Certes, je me trouvais dans la solitude et j'étais impatiente de connaître le résultat du test PCR de l'Institut Pasteur, mais c'est le sens du devoir citoyen afin de ralentir l'avancée du coronavirus, une pandémie mortelle.

Étiez-vous à l'aise et bien accueillie à l'hôtel ?

Oui. Nous avons eu de la chance, car l'appartement était grand, confortable et équipé de wifi. Ce qui m'a permis de me connecter avec mes enseignants en France car je suis les cours en ligne. Deux agents de santé et ma mère s'occupaient de nous tous. Bien sûr, le personnel de l'hôtel était également là.

Avez-vous quelques souvenirs ?

Si mais de mauvais surtout. À notre époque, il existe toujours des gens qui ne veulent pas comprendre la situation. Je n'en connais pas la cause, peut-être, ils sont mal éduqués ou mal informés. Ils pensent toujours que tous les gens venant de l'étranger sont tous atteints par le coronavirus. Je tiens à préciser qu'être confiné ne signifie pas être malade de l'épidémie. Il s'agissait de mesure de prudence des responsables. Dès le début du confinement, j'ai enduré et vécu la haine, l'incompréhension, les insultes via les réseaux sociaux, et de la part de quelques membres de la famille, d'amis, et de voisins. J'avais l'impression d'être seule.

Le bon souvenir a été ma grande joie quand j'ai eu le résultat négatif du test de l'Institut Pasteur. Cette joie a été complète quand j'ai été informée que tout le monde hébergé dans l'hôtel a été déclaré négatif.

Que retiendrez-vous de cette épreuve ?

Dès le début du confinement, j'ai reçu au moins cinq propositions de mes voisins pour faire mes courses. Cette solidarité m'a fait chaud au cœur. J'ai rejoint un groupe Messenger avec ma famille. J'étais étonnée, et contente, de voir tous les visages. Sur l'ordinateur, je suis hyper curieuse. Nous avons de la chance ce matin : une amie vient nous apporter du pain frais et des viennoiseries. Mais elle doit rester sur le pas de la porte et déposer le sac, à au moins deux mètres de nous.

Je remercie Dieu, les autorités, les médecins d'Antsiranana, ma mère, ma famille, mes proches, l'Hôtel de la Poste et surtout, non pas le moindre le président de la République Andry Rajoelina. Pour tous, soyez forts et solidaires. N'excluez pas vos amis, vos voisins s'ils sont atteints par l'épidémie, ce n'est pas leur faute et ça peut arriver à tout le monde, même à ceux qui critiquent.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: L'Express de Madagascar

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.