Burkina Faso: COVID-19 - La « traversée du désert » des boulangers et pâtissiers

Selon le gérant de la boulangerie de Koulouba, la production a baissé de 60% pour la pâtisserie et 50% pour la boulangerie.

L'impact négatif de la maladie à coronavirus sur l'activité économique est une réalité. Le secteur de la boulangerie/pâtisserie au Burkina n'est pas à l'abri des effets ravageurs de cette pandémie. Constat à Ouagadougou.

« Si la crise liée au coronavirus perdure, nous n'aurons pas de choix de fermer, car nous n'allons pas pouvoir tenir », martèle le gérant de la boulangerie-pâtisserie Kanuya Paleis, François Yougma. Comme cette entreprise, nombre de boulangeries et de pâtisseries de Ouagadougou traversent une période difficile à la suite de la crise sanitaire née du coronavirus. L

a situation s'est empirée depuis les mesures de mise de confinement, de couvre-feu et de mise en quarantaine prises par le gouvernement burkinabè. Les productions et les chiffres d'affaires prennent un coup dur. Ils subissent des baisses drastiques sans précédent.

« Avant le couvre-feu (la crise), nous produisions environ 700 à 1000 miches de pain par jour. Depuis le 16 mars, nous n'arrivons plus à produire 300 miches de pain par jour », confie M. Yougma. Au niveau de la section pâtisserie, les ventes de Kanuya Paleis sont également en chute libre.

Des ventes journalières d'environ 150 mille FCFA, cette boulangerie basée à Saaba dans la périphérie Est de Ouagadougou, peine aujourd'hui à encaisser 45 mille FCFA. A la boulangerie de Koulouba, la situation n'est guère meilleure.

« La production a baissé de 60% au niveau de la pâtisserie et de 50% au niveau de la boulangerie », soutient son gérant, Nassar Nassar. La chaîne de boulangeries, Au Four Mixte, est quasiment dans les mêmes proportions de baisse de ses capacités de production journalières.

Selon son directeur général adjoint, Abdoul Rasmané Ouédraogo, la production a chuté de deux tiers. Cette chute des productions de pain dans la capitale s'explique naturellement par la baisse de la consommation qui est en lien avec les mesures de lutte contre le coronavirus.

La perte des gros clients

Le DGA de Au Four Mixte, Abdoul Rasmané Ouédraogo : « Nous sommes en pourparlers avec les partenaires sociaux pour adapter les heures et charges de travail des employés au besoin réels de production de la boulangerie ».

Les clients ne viennent plus s'approvisionner sur place et les boulangeries ont perdu une bonne partie des gros clients. « Nous livrons des produits pour le petit-déjeuner dans les hôtels et les pause-café pour les ateliers et autres rencontres. Tout cela, c'est du marché perdu.

Car, les hôtels sont pratiquement à l'arrêt du fait de la fermeture des frontières et des aéroports », relate Nassar Nassar. M. Yougma dit ne plus avoir des commandes de gâteaux de mariage et d'anniversaires compte tenu du couvre-feu et de l'interdiction des regroupements de plus de 50 personnes.

Conséquence, pain anglais, croissants, hamburgers, gâteaux, etc. ne trouvent plus preneurs, du moins pas comme avant l'avènement du fameux coronavirus au pays des Hommes intègres. Pour le directeur adjoint de Au Four Mixte, le fait que les livreurs ne peuvent pas approvisionner les clients à partir de 4 heures du matin, faute de laisser-passer, joue négativement sur les volumes de son entreprise.

Selon le gérant de Kanuya Paleis, la nouvelle donne l'a contraint à revoir ces heures de production. Désormais, le pain est produit à partir de 16 heures et non dans la nuit comme auparavant. Mais ce réaménagement des horaires de travail n'est pas sans conséquence sur les ventes.

« Les clients viennent à partir de 17 heures et à partir de 18 heures on ne les voit plus. Le lendemain, nous ne pouvons plus vendre le reste, car le pain devient sec », s'alarme-t-il. A la boulangerie de Koulouba, l'heure n'est pas au chamboulement du temps de production.

Le travail de nuit se poursuit, mais pas sans préjudice pour les employés. Les travailleurs sont obligés de venir avant 19 heures, le début du couvre-feu, pour commencer le travail de production à 23 heures afin de permettre aux clients d'avoir du pain chaud le matin.

Des travailleurs en chômage technique

Au Four Mixte, avec ses 360 employés de ses neuf unités de production de pain à Ouagadougou, c'est toujours le statuquo, pour le moment. Mais il n'est pas exclu que des changements interviennent les jours à venir.

« Nous sommes en pourparlers avec les partenaires sociaux de la maison pour essayer d'adapter les heures et charges de travail des employés au besoin réel de production de la boulangerie. Il serait mieux ainsi que de mettre les travailleurs au chômage technique », argumente Abdoul Rasmané Ouédraogo.

Pour M. Nasser, l'heure n'est pas à la réduction des effectifs, bien que le maintien de tout le personnel pèse sur l'entreprise. Il fonde l'espoir que la situation ne dure pas plus d'une ou deux semaines.

Comme autre alternative à moyen terme, il envisage activer les congés anticipés afin de mettre une partie du personnel au repos en attendant un retour à la normale. La boulangerie-pâtisserie Kanuya Paleis, elle, n'a pas eu d'autre choix que d'envoyer dix de ses 19 travailleurs au chômage en attendant des jours meilleurs pour les reprendre.

Et si la crise liée à maladie à coronavirus perdure, la situation deviendrait intenable pour les boulangers et pâtissiers ; eux qui fonctionnent déjà quasiment à perte, arguent-ils. « Aujourd'hui nous avons des problèmes de recouvrement auprès des clients.

Les gens nous disent, on n'a pu vendre le pain que l'on a pris à cause du couvre-feu. Du coup, au niveau de nos caisses, les choses ne suivent pas », déplore le M. Ouédraogo. Actuellement, nous sommes en train d'utiliser notre trésorerie pour faire face à la situation, ce ne sera pas facile quand ce sera le moment de payer les impôts, prévient le gérant de la Boulangerie de Koulouba.

Pour traverser cette période difficile, ils demandent le soutien de l'Etat. Des mesures d'allègements fiscaux seront les bienvenues pour leur permettre de juguler les tensions de trésorerie qui se profilent à l'horizon. « Nous travaillons déjà à perte et il faut payer les impôts. Je ne dis pas supprimer les impôts car l'Etat a lui aussi besoin de ressources pour faire face à la maladie. Mais il faudrait que l'administration soit souple en matière d'impôts ».

Pour ce faire, il est nécessaire qu'un fécond dialogue s'instaure entre les contribuables et l'Etat, de sorte à ce que tout le monde sorte gagnant de cette situation imprévue. Dans l'optique de jouer sur les coûts de production, François Yougma préconise que l'ONEA et la SONABEL réduisent les coûts de factures d'eau et d'électricité.

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