Maroc: La Délégation européenne dresse un tableau sombre des perspectives de l'économie marocaine

Dur, dur sera l'après corona

La fin tant attendue de la crise du Covid-19 ne signifiera pas, pour autant, la fin de notre clavaire. Une autre crise, cette fois-ci économique, pointe à l'horizon. En effet, les perspectives économiques s'annoncent sombres.

Avec une économie liée à la consommation, le commerce et le tourisme, notre pays risquera d'enregistrer des pertes importantes en 2020. Etant également dépendante de l'économie européenne, l'activité économique du Royaume sera inévitablement impactée par le repli de la croissance dans ce continent, a indiqué une récente note de la Délégation de l'UE au Maroc relative à l'impact économique de l'actuelle pandémie sur notre pays qui a rappelé que l'Union européenne représente plus de 58% des exportations marocaines, 59% du stock d'IDE, 70% des recettes touristiques et 69% des transferts des Marocains résidant à l'étranger (MRE).

Concernant le tourisme, ladite note a révélé que l'impact de la crise du Covid-19 sur ce secteur a été évalué par la Confédération nationale du tourisme (CNT) à 34,1 Md de dirhams de perte en termes de chiffre d'affaires en 2020 et de 14 Md de DH de pertes en termes de chiffre d'affaires pour l'hôtellerie qui perdra près de 6 millions de touristes (-98%) et 11,6 millions de nuitées.

La note ajoute que pas moins de 500.000 emplois et 8.500 entreprises seraient menacés, dont des entreprises d'hébergement touristique classées, des entreprises de restauration touristique, des agences de voyages, des sociétés de transport touristique et des sociétés de location de voitures.

CFG Bank a, pour sa part, estimé les effets d'une baisse des arrivées touristiques à 39% en 2020 (soit 5 millions de touristes en moins) et des nuitées à 30% par rapport à 2019, en présupposant que la contre-performance des touristes étrangers serait partiellement compensée par la performance des touristes nationaux.

Au niveau du secteur du transport, les prévisions relatives à l'aérien prévoient des pertes de l'ordre de 4,9 millions de passagers en moins et un manque à gagner de 728 M USD. Les perturbations de trafic aérien pourraient en outre faire encourir des risques à plus de 225.000 emplois. Les transports routier et ferroviaire devraient également être touchés par la crise suite à l'interdiction de circulation des véhicules de transport de voyageurs depuis le 24 mars dernier. Certains opérateurs relèvent une hausse des prix variant entre 50 et 75% au niveau du transport routier, correspondant à un surplus variant entre 2.100 euros et 3.500 euros par livraison. Ceci s'expliquerait par le fait que les camions de transport international routier partent pleins du Maroc mais rentrent vides, à cause de la baisse de la demande des importateurs marocains et des perturbations de la production en Europe ainsi que par la pénurie de chauffeurs professionnels sur le marché.

Sur un autre registre, la note de la délégation européenne précise que le secteur automobile est actuellement à l'arrêt suite aux décisions de Renault et de PSA, locomotives du secteur au Maroc, de suspendre temporairement leurs activités dans le Royaume à compter du 19 mars dernier. Cette décision a un impact inéluctable sur tout le secteur. Alors que l'arrêt temporaire de l'activité de Renault au niveau de ses deux sites de production de Tanger et de Casablanca concerne 11.000 collaborateurs, la suspension des activités de PSA à Atlantic Free Zone touche 1.600 collaborateurs et impacte ses équipementiers et ses 66 fournisseurs. L'arrêt d'activité pourrait, à terme, impacter les 180.000 employés du secteur et les 250 équipementiers qui opèrent sur neuf écosystèmes (câblage, intérieur des véhicules & sièges, métal et emboutissage, batteries, PSA, moteurs, Renault, Delphi et Valeo).

En tant que premier secteur exportateur du pays (27% des exportations en 2019 avec un chiffre d'affaires à l'export de plus de 7 Md d'euros, toute baisse de son activité aura un fort impact sur la balance commerciale du Maroc. La crise actuelle risque également de compromettre l'objectif du ministère de l'Industrie d'atteindre une capacité de production annuelle de 1 million de véhicules d'ici 2022 et un chiffre d'affaires à l'export de 100 Md de DH.

Les ventes nationales devraient accuser une baisse compte tenu de la faible propension à la consommation de biens durables par la population et le report du Salon Auto Expo initialement prévu pour juin 2020. A noter que l'Administration des douanes a invité les membres de l'Association des importateurs de véhicules automobiles montés à réduire au strict minimum leurs importations.

Du côté du secteur du textile/habillement, la note révèle qu'il souffre, à la fois, de la perturbation des approvisionnements puisqu'une bonne partie de la matière première utilisée vient d'Asie, particulièrement de Chine et, du manque de visibilité au niveau des donneurs d'ordres, notamment au vu de la baisse de la demande européenne sur le textile et habillement (l'Espagne et la France absorbant près de 60% des exportations du secteur), induisant une baisse des commandes auprès des fournisseurs, selon le président de l'Association marocaine des industries du textile et de l'habillement (AMITH).

Et qu'en est-il de l'industrie agroalimentaire qui réalise un chiffre d'affaires annuel dépassant les 100 Md de DH (9 Md d'euros) en moyenne au cours des dernières années et qui représente 25% du PIB industriel du Maroc et assure plus de 110.000 emplois ? Le secteur, particulièrement la transformation des produits alimentaires, risque de subir des problèmes d'approvisionnement en intrants et en produits semi-finis. D'une part, les 2.000 unités agro-industrielles présentes au Maroc pourraient se confronter à un problème d'approvisionnement en ingrédients et additifs - pour la plupart importés - utilisés par la quasi-totalité des filières dans leur processus de fabrication.

Ceux-ci incluent les conservateurs, les émulsifiants, les graisses et autres gélatines et texturants, les stabilisants, les édulcorants, les épaississants, les vitamines, les enzymes, les acides et les autres antioxydants naturels ou synthétiques utilisés par différents industriels, notamment les producteurs d'huiles d'olive, de jus de fruits, de bière, de vin, de produits laitiers et de confiserie. D'autre part, les chaînes de production des usines marocaines risquent d'être perturbées en raison de la baisse des stocks de sécurité, naturellement peu élevés, de certains produits semi-finis tels que le concentré de fruits à la base de la production des jus industriels, importé principalement de l'Union européenne.

S'agissant de la transformation des produits de la mer, certains opérateurs relèvent une perturbation des chaînes logistiques et d'approvisionnement en matières premières, notamment les boîtes métalliques pour la conserve alimentaire. Pour la pêche, l'impact est à ce stade (mois de mars) minime en raison de la période de repos biologique pour la pêche artisanale. La situation pourrait devenir plus délicate depuis le 1er avril. Le secteur de l'industrie de la pêche offre environ 660.000 emplois directs et indirects, fait vivre quelque trois millions de personnes et exporte plus de 85% de sa production.

Du côté des industries extractives, le secteur des phosphates semble pour l'instant immunisé. Dans un communiqué, l'Agence nationale des ports (ANP) confirme que « le fonctionnement du port de Jorf Lasfar n'a pas été impacté par les retombées du Covid-19, notamment les marchandises nécessaires pour le fonctionnement du complexe industriel de l'OCP, la centrale thermique et les autres unités industrielles ».

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