Tunisie: Leïla Menchari, la magicienne des vitrines d'Hermès n'est plus - Une magnifique porteuse de l'image de la Tunisie

6 Avril 2020

Parce qu'elle était magicienne, on la croyait éternelle. Parce que son univers appartenait davantage à celui des contes, on la supposait irréelle, et donc non soumise aux contingences du commun des mortels.

Et pourtant Leila Menchari nous a quittés pour accéder probablement à cette autre dimension, celle dont elle nous offrait quelques éclairs par « un pouvoir médiumnique, un voyeurisme des profondeurs» comme on a pu dire d'elle. Son histoire, on la connait, mais elle est devenue légende: celle de la rencontre d'une petite fille téméraire avec un couple d'américains mythiques et un jardin, dont elle se fit la gardienne, et la mémoire. Son départ à Paris avec son ami Azzedine Alaya, des études à l'Ecole des Beaux- Arts, son entrée chez Hermès où on l'invita à « dessiner ses rêves ».

Leila Menchari avait trouvé chez Hermès le champ idéal de tous les possibles. Hermès avait trouvé en Leila Menchari l'extraordinaire metteur en scène d'un théâtre magique où les folies les plus sublimes, mises en scène quatre fois par an, faisaient courir le monde entier. Et la Tunisie avait trouvé une magnifique porteuse de son image qui n'hésitait jamais à lui faire place dans ce théâtre immobile qu'elle maitrisa si magnifiquement durant plus de cinquante ans. Les artisans des souks, les potiers de Nabeul, les tisserands de Gafsa, les stucqueurs, les dinandiers, les soyeux, les ciseleurs, les mosaistes, tous ont trouvé, un jour ou l'autre place dans ce carré d'or, où se jouent les plus belles scènes du monde.

Dans une interview qu'elle nous avait accordée il y a quelque temps, parmi les nombreuses que nous avions eu le plaisir de réaliser avec elle, Leila Menchari nous déclarait :

Nous avons le sens de l'apparat, de la gloire, de la fortune. Ce que Dieu nous donne, nous en sommes fiers, nous le montrons, nous le vivons. La parure fait partie de nos vies. Mon décor est placé sous le signe sacré de l'offrande. Je jette un pont entre l'Orient et l'Occident. Car nous, en Tunisie, nous avons le sens de l'offrande, depuis les romains. L'Orient nous a amené par la suite sa brillance, sa splendeur, son savoir- faire, son sens de l'hospitalité .

Alors si aujourd'hui, le monde n'est plus celui dont rêvait et nous faisait rêver Leila

Menchari, nous pouvons au moins nous souvenir qu'elle nous en avait entrevoir quelque chose.

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