Sénégal: Sédhiou - La filiére anacarde «confinee» en zone de production, sécurité alimentaire en péril - L'état d'urgence lié au COVID-19 inquiète !

Les producteurs de la filière anacarde du département de Goudomp, l'un des plus gros pourvoyeurs du département de Sédhiou, commencent à développer le spectre d'une précarité sociale et économique du fait de l'état d'urgence assorti de couvre-feu.

La fermeture des frontières terrestres, l'interdiction de tout regroupement et la fermeture des marchés hebdomadaires « confinent » la noix de cajou en zone de production menaçant ainsi la sécurité alimentaire et étale le rouleau compresseur d'un endettement sans précédent en milieu rural.

Des voix s'élèvent de plus en plus pour faire observer les risques de mévente de l'anacarde dans le département de Goudomp qui en est le plus grand pourvoyeur à l'échelle de la région, selon Famara Kalbert Mané, le maire de Simbandi Balante. Evoquant le contexte de post-conflit dans cette partie méridionale du Sénégal, le journaliste Mamadou Lamine Bâ originaire de Bakidioto près de Tanaff note que « dans cette zone de la Casamance les conséquences de la crise armée sont toujours perceptibles. Les principales sources de revenus des populations sont l'agriculture, la cueillette, l'élevage. Ici, de nombreux producteurs comptent sur les revenus pour nourrir leur famille mais aussi pour traverser l'hivernage réputé être la période la plus difficile », dit-il.

Et de poursuivre : « la campagne devrait démarrer en avril et malheureusement avec la fermeture des frontières, ni les Indiens ni les Pakistanais encore moins les Mauritaniens ne viendront acheter les noix de cajou cette année ». Mamadou Lamine Bâ de conclure : « donc, la campagne de cette année est hypothéquée. Les populations sont désemparées à quelques jours du démarrage du Ramadan (24 avril-ndlr). Il y a un risque d'insécurité alimentaire. Et c'est pourquoi, nous invitons l'Etat du Sénégal à mettre très vite l'aide alimentaire pour circonscrire ce foyer potentiel de précarité », a-t-il notamment alerté.

Des fluctuations qui ouvrent la voie aux spéculateurs

Le maire de la commune de Simbandi Balante ne va pas par le dos de la cuillère pour dénoncer le diktat des spéculateurs : « la commune de Simbandi Balante est la première productrice d'anacarde de la région de Sédhiou. Ce sont des mannes financières qui entrent ici mais le malheur, c'est qu'il y a une chaine de bandits qui sont là et qui imposent leurs prix aux producteurs. Tantôt, c'est 200F CFA, tantôt s'ils sont contraints c'est au plus 300F CFA », a déclaré Famara Kalbert Mané.

Et comme ces produits passent par Ziguinchor, ajoute-t-il « toute la fiscalité revient à Ziguinchor au détriment de Sédhiou. A ce niveau, l'Etat doit prendre ses responsabilités et assurer la filière aux producteurs et au Trésor à l'image de Sabodala qui a son or et Taïba qui a son phosphate ». L'édile de Simbandi Balante de relever ensuite : « cette situation ne saurait perdurer car elle crée un cycle d'endettement aux producteurs. Nous irons vers la création d'une coopérative des producteurs. Le ministère du Commerce a convoqué les maires dans le cadre de la mise en œuvre de l'économie solidaire et sociale mais quand il n'y a pas de revenus, c'est quasiment impossible. Il faut aller vers la création des coopératives où les opérateurs vont s'y rendre pour acheter les cajous ». D'autres acteurs du secteur informel, que ce soit de la chaine de valeur de l'anacarde ou non, commencent tout aussi à sentir l'austérité économique consécutive à la prévalence du coronavirus qui n'a pas encore dit son dernier mot.

Plus de: Sud Quotidien

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