Tunisie: Tarak Chérif, président de la Conect - Civisme individuel, conscience collective

7 Avril 2020

La crise sanitaire induite par le Covid-19, de par son ampleur et ses conséquences inédites, est venue se greffer à un contexte international déjà chargé d'incertitudes. Il s'agit de la plus grave crise que l'humanité ait connue depuis des décennies. Toute tentative d'estimation des impacts ne pourrait être, dès lors, qu'approximative. Cela dépendrait de plusieurs paramètres, dont notamment la durée de la crise et son ampleur, l'efficience des mesures déployées pour y faire face ainsi que de la capacité des Etats à gérer la phase post-Covid-19.

Les mesures de soutien jusque-là déployées par le gouvernement contribueraient à atténuer l'ampleur des chocs exogènes sur notre économie, en suivant de près le développement de la situation et la réalisation les actions socioéconomiques appropriées, dont l'acheminement des aides prévues aux familles démunies qui vont permettre de soutenir la consommation de ces ménages et entretenir la dynamique de la demande. Il en est de même pour les mesures destinées à soutenir l'activité des entreprises, qui ne manqueraient pas de sécuriser une bonne partie des emplois et donc des revenus. L'ensemble de ces mesures visent, in fine, à créer les conditions nécessaires pour que l'activité économique résiste au mieux à ce contexte difficile, et pour qu'elle puisse être en mesure de reprendre convenablement à la sortie de crise.

De l'avis de M. Tarak Chérif, président de la Conect, la priorité, au niveau national, est de préserver la vie des citoyens tunisiens. C'est ce qui explique les mesures qui ont été prises par notre pays dès l'apparition de l'épidémie. Ainsi, les premières actions déployées ont porté sur le renforcement de l'infrastructure sanitaire pour faire face à cette pandémie et traiter, dans de bonnes conditions, les personnes qui seraient atteintes par le virus.

De même, la batterie de mesures qui ont été prises revêtent un caractère social et visent la préservation des emplois et le soutien du pouvoir d'achat des ménages vulnérables. Ces deux choix combinés président d'un pari important que la Tunisie a décidé de relever, en plaçant la vie et la santé du Tunisien au rang des priorités, mais sans pour autant perdre de vue l'impératif de préserver la résilience de l'activité économique.

On ne peut ignorer que le secteur de la santé publique en Tunisie est confronté, depuis des années, à des problèmes énormes relatifs à la détérioration de l'infrastructure et des prestations de santé et au déficit financier des établissements hospitaliers. En cette période de crise, l'Etat a déployé des efforts considérables et a mobilisé des investissements conséquents, avec l'appui de toutes les parties concernées, pour sauver des vies et contenir cette pandémie avec le minimum de pertes.

Ligne de crédit

Dans ce contexte, M. Chérif appelle au lancement de projets de construction d'hôpitaux dans toutes les régions de la République, dans le cadre d'un partenariat public-privé (PPP), pour pallier les insuffisances enregistrées (infrastructures, équipements, médicaments, ressources humaines... ) et réduire les anomalies et les dysfonctionnements dont souffre le secteur de la santé. « Si nous avions opté pour cette démarche depuis des années, la situation aurait été autre, ou du moins meilleure, en ces circonstances assez particulières et difficiles. Le renforcement du PPP dans le domaine de la santé a accusé du retard certes, mais il n'est jamais trop tard pour aller de l'avant ».

Le président de la Conect recommande, par ailleurs, la mise en place d'une ligne de crédit dédiée au financement des équipements médicaux. Une ligne de crédit avantageuse pour tous ceux qui veulent investir dans le domaine de la santé dans le cadre du PPP (construction d'hôpitaux ou de cliniques privées, ouverture d'usines de fabrication de médicaments, etc.).

Evoquant la situation des entreprises tunisiennes, M. Chérif n'a pas manqué de rappeler que la Conect a toujours été proche des PME, vu leur fragilité due essentiellement à une sous-capitalisation. « Le capital de l'entreprise est faible, ses ressources propres sont généralement en deçà de ce qu'elle doit avoir, accumulant un endettement fort. C'est devenu un exercice périlleux pour que l'entreprise fonctionne. Nous devons accorder à l'entreprise les moyens adéquats, et non des cadeaux. Au niveau de la Conect, ce que nous voulons, c'est d'avoir des facilités de quatre ou six mois - tout dépendra de la durée de la crise sanitaire -, pour pouvoir sauvegarder les entreprises. Notre objectif est d'en perdre le minimum, de ne pas en perdre dans la mesure du possible, et si on est amené à en perdre, c'est le strict minimum ».

Lâcher de l'argent

Dans le même sillage, « il faut qu'on travaille ensemble, entreprise-Etat, avec beaucoup de conscience et de crédibilité. L'Etat pourrait ainsi reporter l'avance sur TVA et impôt, trouver des arrangements avec les banques pour décaler les crédits de trois ou quatre mois, afin de permettre à l'entreprise de payer ses employés ».

Le président de la Conect estime aussi que la sortie de notre orthodoxie est souhaitable, car la situation aujourd'hui est critique, voire spécifique, comme un peu partout dans le monde, où la plupart des gouvernements comptent sortir de leurs lignes et des ratios où ils étaient avant, ayant pour objectif de maintenir leurs entreprises en vie et les soutenir pour pouvoir repartir avec beaucoup de confiance.

Aujourd'hui, la situation est très difficile. Il y a une chute brutale de l'activité et un manque considérable de liquidité. C'est pour cela qu' « il faut lâcher de l'argent, non en cadeau ou dons, pour donner du souffle aux entreprises tunisiennes. Lâcher de l'argent, c'est accorder des crédits aux entreprises, pour garder la force, passer ce cap et envisager l'avenir avec beaucoup de confiance », ajoute M. Chérif.

Lors de sa dernière rencontre avec le chef du gouvernement Elyes FakhfaKh, le président de la Conect a insisté sur la célérité, en adaptant les mesures à toute éventualité. C'est pour cela qu' « il faut réviser, essayer, actualiser, annuler, rectifier ces mesures au jour le jour ».

La résilience de la Tunisie est due essentiellement à 80% aux entreprises privées. La place et le rôle du secteur privé sont très importants, il faut accorder de la liquidité aux entreprises privées pour qu'elles puissent fonctionner, payer leurs employés et rembourser l'Etat.

En ce qui concerne l'élan de solidarité, M. Chérif appelle à un emprunt obligataire défiscalisé ouvert au secteur privé, aux entreprises et aux Tunisiens résidant à l'étranger, en vue de renforcer les équipements médicaux et appuyer les efforts de l'Etat dans la mise à niveau totale du secteur de la santé, le plus rapidement possible.

Pour conclure, M. Chérif a évoqué la question de la restructuration des entreprises publiques, en changeant du moins leur mode de gestion, en introduisant dans le capital des investisseurs étrangers ou nationaux qui peuvent les aider à mieux gérer et gouverner, sachant que les engagements de l'Etat envers ces entreprises s'élèvent à 20 mille milliards.

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