Maroc: La guerre des masques a bel et bien lieu

Bienvenue à la bavette magique Comme par enchantement

Les pays du monde confrontés au coronavirus sont divisés en deux catégories. Il y a ceux qui imposent un masque de protection à leurs citoyens pour essayer d'endiguer la propagation du virus, et il y a les autres qui ont longtemps jugé la mesure dispensable jusqu'à leur récente volte-face.

Le Maroc se trouve dans un entre-deux. Car si le port du masque n'y est pas encore obligatoire, tout porte à croire que l'Exécutif est convaincu de ses bienfaits. En atteste l'arrêté du ministère de l'Economie, des Finances et de la Réforme de l'Administration, publié le 2 avril dans le Bulletin officiel, via lequel sont fixés les prix des masques non-médicaux aux normes marocaines « NMST21.5.200 ».

Cette décision est la parade à toute surenchère et inflation des prix à cause d'une demande qui pourrait dépasser l'offre, même si le Royaume tente de sécuriser sa production de masques de protection. D'abord en demandant à plusieurs usines de textile d'en produire massivement. Et ensuite, en arrêtant toutes les exportations. Ainsi, lors des six prochains mois, la boîte de dix masques sera vendue au public dans plusieurs points de vente à 2,5 DH/unité (TTC) et 2 DH/l'unité (TTC) pour les boîtes de 50.

S'inspirant des résultats obtenus en Asie et persuadés que c'est "La" solution, plusieurs pays d'Europe centrale ont, pour leur part,décidé de rendre obligatoire le port de masque ou de tissus. En Slovaquie comme en République tchèque, le port du masque est promu au plus haut niveau de l'Etat jusqu'à en devenir une véritable esthétique, avec des couleurs et des motifs variés.

A l'heure actuelle, ces pays dénombrent nettement moins de décès et de personnes infectées qu'en France par exemple. Certes, il est difficile d'affirmer si c'est grâce aux masques ou au confinement instauré très tôt et empêchant la formation de foyers de contamination, mais le constat est là, renforcé par le virage pris à 180° en faveur du port du masque par bon nombre de pays réticents au départ , à l'instar des Etats-Unis, sans pour autant le rendre obligatoire. C'est le cas aussi en Italie, dans la région de la Lombardie, l'une des plus touchées par le Coronavirus, où il a été décidé qu'à partir de dimanche, ceux qui sortiront devront se couvrir les voies respiratoires avec des masques, ou à défaut des écharpes ou des foulards. La question qui se pose maintenant, c'est à quoi doit-on un tel revirement ?

Des gouvernements qui naviguent à vue

Hier, il était inutile pour ceux qui n'étaient pas malades, et aujourd'hui, il serait donc nécessaire pour tous en vue d'enrayer la propagation de l'épidémie et donc éviter la saturation des hôpitaux. Au-delà des atermoiements des scientifiques qui ont inondé les médias par des discours contradictoires sur le sujet, ce tâtonnement qui n'a certainement pas été sans conséquences, peut-être expliqué par le brouillard épais qui accompagne cette épidémie, imposant de facto aux gouvernements de naviguer à vue. L'autre explication se niche dans un mensonge pieux, dû à une pénurie de masques qu'il fallait donc réserver aux personnels soignants. Cela dit, l'Organisation mondiale de la santé et plusieurs pays européens dont la France, auraient pu jouer la transparence et faire confiance au bon sens des humains au lieu de les traiter comme des enfants.

Tout le monde est conscient de la pénurie de masques. De toute façon, difficile de passer à côté tant la situation a fait ressurgir un nationalisme longtemps tapi dans l'ombre de la mondialisation. On a bien compris que désormais, aux quatre coins du globe, c'est le chacun pour soi qui prime. Comme ce fut le cas la semaine dernière, sur le tarmac d'un aéroport en Chine, où une commande française de masques a été achetée par les Américains cash, et l'avion qui devait partir en France s'est finalement dirigé vers les Etats-Unis. L'épisode en dit long sur la ruée sur les masques qui préoccupe ces jours-ci les grandes puissances. Et sur les pratiques agressives de ces dernières.

En tout cas, le sens de l'histoire est tourné vers un port du masque obligatoire. En France, l'Académie nationale de médecine milite pour le masque pour tous. «En situation de pénurie de masques et alors que la priorité d'attribution des masques FFP2 et des masques chirurgicaux acquis par l'Etat doit aller aux structures de santé et aux professionnels les plus exposés, l'Académie nationale de médecine recommande que le port d'un masque grand public, aussi dit alternatif, soit rendu obligatoire pour les sorties nécessaires en période de confinement», écrit l'institution dans un communiqué ,et ce « jusqu'au contrôle de la circulation du virus attesté par l'absence de nouveaux cas déclarés pendant une période de 14 jours».

L'académie a poussé le gouvernement français à revoir sa position. Mais son avis demeure insuffisant pour avoir une portée Internationale. Au moment où nous mettions sous presse, l'Organisation mondiale de la santé qui possède ce pouvoir n'avait pas encore changé d'avis et campait toujours sur sa position, à savoir limiter les masques aux soignants et aux malades, de peur que leur usage généralisé donne un faux sentiment de sécurité et fasse oublier les indispensables mesures barrières (distanciation sociale, lavage des mains... ). Bref, l'OMS ne veut toujours pas s'avancer sur le sujet, cependant, en parallèle, son patron, le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, a concédé mercredi qu'elle continuait à « évaluer l'usage potentiel du masque de manière plus large ».

Pourtant, le port obligatoire de masque a fait ses preuves et a permis à plusieurs pays asiatiques de sortir de cette crise sanitaire, doucement mais sûrement. D'ailleurs, le directeur général du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, George Gao, a averti que « la grande erreur aux Etats-Unis et en Europe est que la population ne porte pas de masque ». A cela s'ajoute une crainte née de l'hypothèse selon laquelle le coronavirus pourrait se transmettre via l'air expiré ou les aérosols dans le jargon scientifique.

Une rocambolesque volte-face

Alors que ce mode de transmission n'est pas encore scientifiquement prouvé, il est fortement suspecté. Aux Etats-Unis, où le port de masque est uniquement préconisé, le spécialiste américain Anthony Fauci et conseiller de Donald Trump a déclaré vendredi dernier sur Fox News que « le virus peut se transmettre quand les gens ne font que parler, plutôt que seulement lorsqu'ils éternuent ou toussent ». Si dans un futur proche, ladite hypothèse venait à être confirmée, elle expliquerait la haute contagiosité du virus, qui rappelons-le, est également transmis par des patients sans symptômes. Vous l'aurez deviné, on s'achemine vers une rocambolesque volte-face. Un scénario où l'on va nous révéler ce que tout le monde avait compris dès le départ : le masque n'est pas infaillible contre le virus, mais il représente une précieuse barrière. Bref, les contradictions fleurissent en ces temps de pandémie.

Car avant les masques, les tests étaient eux aussi considérés comme vains avant de se révéler salvateurs. Maintenant, ils sont le creuset des espoirs de l'humanité. Pour tout vous dire, il est temps d'arrêter ces contradictions ou du moins de le tenter, au risque de créer de nouvelles défaillances. Et là, on vise particulièrement la chloroquine. Un sujet qui n'a pas encore été tranché alors que de plus en plus de voix expriment leur soutien aux préconisations du Pr Raoult.

Quelle est l'efficacité des masques "alternatifs" ?

L'utilisation des masques alternatifs comme ceux que le Maroc produit en masse permet au personnel de santé qui est en première ligne dans la guerre contre le COVID-19 de bénéficier des masques médicaux et chirurgicaux. En revanche, il existe un doute sur leur efficacité.

Tout d'abord, il faut savoir que quand on parle de masques alternatifs, on désigne les masques faits maison ou fabriqués par l'industrie textile. Ensuite « ils ne sont pas totalement hermétiques », nous explique un professionnel du domaine. Pourquoi ? Notre interlocuteur a mis en avant d'une part l'absence d'un fil de fer au niveau du nez dont l'intérêt est d'éviter qu'il y ait un espace où des particules peuvent s'engouffrer. Et d'autre part, le fait que ce type de masque soit doté d'un élastique. En l'absence d'un second, un espace se crée au niveau des tempes, où là aussi, des particules peuvent pénétrer. Enfin, il est à souligner que la plupart des masques alternatifs ne sont pas dotés de filtres suffisants, mais ils servent à ne pas contaminer les autres et donc à ralentir la propagation du virus. En somme, ils n'ont pas un effet protecteur très efficace contre le coronavirus mais c'est mieux que rien.

Comment mettre, utiliser, enlever et éliminer un masque selon l'OMS

Sur son site internet, l'Organisation mondiale de la santé explique que bien avant de mettre un masque, il faut se laver les mains avec une solution hydroalcoolique ou à l'eau et au savon. Ce n'est qu'ensuite que vous pouvez appliquer le masque de façon à recouvrir le nez et la bouche tout en veillant à l'ajuster au mieux sur votre visage.

Quand vous portez un masque, il faut éviter de le toucher. Car chaque fois que l'on touche un masque usagé, cela implique de se laver les mains à l'aide d'une solution hydroalcoolique ou à l'eau et au savon encore une fois. Lorsqu'il s'humidifie, il va falloir le remplacer par un nouveau. Et attention à ne pas réutiliser des masques à usage unique.

Enfin pour retirer le masque, la manière la moins risquée est de l'enlever par derrière (ne pas toucher le devant du masque), puis le jeter immédiatement dans une poubelle fermée avant de se laver les mains avec une solution hydroalcoolique ou à l'eau et au savon.

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