Cote d'Ivoire: Port du masque: bonne mesure, mais...

Suite à l'annonce de ce samedi 4 avril, faite par le Directeur de la Santé, le Professeur Samba Mamadou, nous avons appris que le port du masque était devenu obligatoire.

La mesure est bonne, même si le cadre juridique d'une telle obligation ne paraît pas encore très clair.

Il y a urgence et le but de ma démarche est de proposer aux autorités, des solutions simples, réalistes et économiques.

La raison pour laquelle les populations ne se protègent pas est tout d'abord due à un manque d'information. Il faut donc expliquer le pourquoi du masque, la manière de le porter pour ne pas rendre son port inefficace.

Les médias devront s'investir, pour qu'il ne soit plus donné de voir à la télé des personnes, y compris des médecins, porter leurs masques sur le menton, ou avec le nez non couvert.

Ou l'on parle sans masque en respectant la distance de sécurité, ou l'on porte correctement le masque, même pour parler, et même si cela est gênant. Le bon exemple doit être donné aux populations que nous sommes.

Ensuite, à moins que les autorités aient de quoi fournir des masques à l'ensemble de la population à des prix réduits, des solutions alternatives doivent être trouvées, les masques étant désormais au cœur de la lutte préventive contre la pandémie.

La France qui avait commencé à considérer les masques comme inutiles dans certaines circonstances, revient sur la question et recommande à présent leur port.

En raison de la pénurie, la France a vu certains de ses hôpitaux qui, se sentant démunis, lancer des initiatives de fabrication de masques en tissu destinés au personnel médical. C'est ainsi que le CHU de Lille a lancé une Mobilisation Générale appelée "les masques du nord".

Des patrons et des tissus spécifiques respectant certaines normes garantissent l'efficacité du modèle à fabriquer. Ces patrons sont gratuitement mis à la disposition de tous ceux qui veulent contribuer à l'initiative, à condition qu'un engagement soit signé de les offrir à prix coûtant.

Nos autorités ne pourraient-elles pas suivre un tel exemple ? Prendre contact avec leurs devanciers en France pour solliciter leur collaboration ?

Ne pourraient-elles pas subventionner des couturiers sélectionnés qui vendraient les masques à un prix coûtant ? Il s'en fabrique déjà sur le marché, le secteur informel ayant trouvé en leur fabrication un moyen de s'en sortir face à la crise.

Mais des industriels s'y sont mis aussi. A notre sens, il faut très vite réglementer tout ceci. Si ces initiatives sont utiles, elles peuvent s'avérer contre-productives ou même dangereuses. En effet, si la qualité des masques en tissu est mauvaise, les gens auront une fausse impression de protection.

Nos autorités devront donc communiquer correctement sur les normes (qualité du tissu, limites réelles de la protection des masques en tissu, durée d'utilisation etc).

Ainsi, même les personnes qui veulent faire confectionner leurs propres masques, (et il y en aura une multitude), auront reçu l'information relativement à la qualité nécessaire assurant un minimum de protection, et pourront donner les instructions aux personnes qui les confectionnent pour eux, que ce soit à titre commercial ou pour un usage personnel.

Nos scientifiques devront quant à eux, continuer de répéter que malgré les masques, outre les mesures d'hygiène de base, la distance de sécurité devra toujours être res-pec-tée !!!.

De plus, une régulation des prix des masques en tissu vendus dans les réseaux classiques de distribution (supermarchés, pharmacies), devra être faite pour éviter toute spéculation et permettre à chaque citoyen de disposer d'un moyen de protection d'une efficacité normée.

Cela découragera les initiatives hasardeuses de masques fabriqués dans des conditions d'hygiène déplorables, et dont en général, le produit est destiné aux populations les moins nanties et les plus exposées.

Une autre solution est celle des masques jetables qui peuvent être fabriqués à moindre coût. Une ivoirienne a renoncé à mettre son personnel au chômage technique, transformant son atelier de couture en une mini usine de fabrication masques. Elle utilise la matière des masque jetables en suivant les normes requises, se montrant intransigeante, notamment sur l'hygiène.

Elle vend ces masques à prix coutant aux supermarchés, soit 100 f, et a exigé que le prix de revente ne dépasse 150 f. Les bénéfices sont destinés exclusivement à son personnel, fier de participer à l'effort national, et à la sauvegarde de la vie de leurs concitoyens.

Nos autorités pourraient s'inspirer de cet exemple, qui en plus de permettre de se conformer aux mesures obligatoires de port de masque qui viennent d'être prises, a le mérite de permettre à certains de nos concitoyens de continuer à percevoir un salaire.

Les deux initiatives mentionnées ci-dessus, sont simples, réalistes et économiques. L'Afrique est riche de sa main d'œuvre et de sa créativité. Si nos autorités désiraient les mettre en œuvre, il conviendrait dans tous les cas, de beaucoup communiquer, d'éduquer pour inculquer une indispensable discipline.

J'espère que ma modeste voix sera entendue, et que chacun, quelle que soit sa condition économique, pourra très vite porter un masque de qualité pour lutter contre cette horrible pandémie.

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