Tunisie: La faute partagée

8 Avril 2020

Le cri de détresse lancé par Abdellatif Mekki, ministre de la Santé, hier lors d'une conférence de presse, laisse entendre qu'il faut s'attendre au pire.

En effet, si la propagation du virus en Tunisie est plus importante, ce sera à cause du comportement irresponsable des citoyens qui ne respectent pas les consignes du confinement et surtout de ceux qui sont contaminés mais qui refusent toujours le confinement obligatoire dans les centres réservés. « On va démolir tout ce qu'on avait réussi à réaliser pendant la première phase de lutte contre l'épidémie », a-t-il dit. Son avertissement sous-entend-il un cri d'alerte ou une décharge de responsabilité ? Les chiffres en sa possession démontrent-ils une hausse incontrôlée du nombre de contaminations ?

Le ministre n'en dit rien. Il est vrai que le confinement général n'est pas respecté malgré toutes les mesures prises par le gouvernement. Mais la question qui se pose et qui s'impose est : pourquoi autant de citoyens ne se conforment-ils pas au confinement ? Pourquoi respectent-ils le couvre-feu et pas le confinement ? Qu'est-ce qui pousse les gens à sortir de chez eux ?

Il est évident qu'une bonne communication sur le virus ne suffit pas à cloîtrer les gens chez eux. Et que l'instinct de survie accule les gens à prendre des risques non calculés. D'abord, il y a le fait que notre système de secours est défaillant. Les témoignages à ce propos sont multiples. Au 190, le Samu ne répond pas à l'appel. Les porteurs du virus confinés chez eux sont stigmatisés par les membres de leur famille et leurs voisins.

On les fuit comme le diable l'eau bénite. Personne n'ose leur fournir de la nourriture ou subvenir à leurs besoins. De plus, les cas de décès des personnes porteuses du virus en confinement, sans aucune assistance médicale, fait trembler les malades. Et c'est un autre motif qui fait sortir les gens de chez eux, pour aller, semble-t-il, chercher des soins ailleurs. Mais là où le bât blesse, ce sont les mesures d'aides sociales, financières et en nature qui ont poussé des millions de personnes dans les rues. Ce qui a poussé l'armée à prendre les choses en main pour organiser les files d'attente et limiter le contact entre les gens.

Peut-on demander à des affamés de faire preuve de civisme ? Fallait-il permettre, dès la découverte de leur contamination, à des malades de s'auto-confiner sans surveillance ? Ne fallait-il pas les placer illico presto dans des centres hospitaliers ou autres établissements de placement des malades du Covid-19 ? Oui, nous sommes en danger. Mais il faut aussi reconnaître que la faute est en quelque sorte partagée. Sinon comment expliquer que les premiers cas importés aient pu passer toutes les mailles du filet jusqu'à contaminer sur leur passage des dizaines, voire des centaines de personnes. Qui est responsable du chaos à l'aéroport de Tunis-Carthage, avec ces milliers de rapatriés lâchés dans la nature diffusant le virus à tout-va ?

Il y a eu des efforts incommensurables de la part des blouses blanches, des scientifiques mais les commandes à même de freiner la propagation du virus n'étaient pas aux mains du ministre de la Santé. L'autorité de la gestion de la crise était répartie sur plusieurs départements, d'où l'hésitation, l'incertitude. La délégation des pouvoirs au Chef du gouvernement, cette arme indispensable dont il a revendiqué le recours pour combattre l'épidémie, a également mis du retard à être adoptée par le Parlement. Entre-temps, l'ennemi invisible prenait son envol. Il a profité de toutes ces failles, pas seulement du non-respect du confinement. C'est pourquoi la faute est partagée. Nous en assumerons tous les conséquences, sauf si une reprise en main de la situation s'opère rapidement et avec célérité et rigueur.

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