Sénégal: Elargissement temporaire d'Hisséne Habre - Les avocats des victimes mettent en garde l'Etat

Le collectif des avocats des victimes de Hissein Habré veut qu'au terme des 60 jours de remise en liberté, l'ancien président tchadien, retrouve sa cellule à la Maison d'arrêt du Cap Manuel. Dans un communiqué rendu public hier, mardi 7 avril, il souhaite que les dispositions nécessaires soient prises pour que l'occasion ne soit mise à profit pour une libération définitive de l'ancien président tchadien.

Le collectif des avocats des victimes de l'ancien président tchadien, Hissein Habré, met l'Etat devant ses responsabilités. En se basant sur la sortie du Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Me Mamick Sall, disant que le mis en cause est toujours en prison et que tout simplement, le lieu de détention a changé, les avocats soutiennent qu'ils ne peuvent croire le gouvernement que sur parole. «Cette permission de sortie n'est qu'une mesure temporaire pour protéger la santé de Habré et pour permettre une meilleure gestion carcérale en cette période de crise. Il ne s'agirait donc, en aucun cas, d'un prélude à une grâce ou une libération qui ne dit pas son nom».

Une libération d'Hissein Habré violerait, selon ces avocats, le Statut des Chambres africaines extraordinaires (CAE) qui prévoit, disent-ils, que «L'État d'exécution (le Sénégal) est lié par la durée de la peine». Mieux ajoutent-ils, «une libération anticipée de l'ancien président tchadien violerait aussi l'obligation du Sénégal de réprimer de manière effective ces crimes, comme l'a indiqué clairement le Comité des Nations unies contre la torture». Selon les conseils des victimes, le Comité des Nations unies contre la torture a rappelé au Sénégal, au mois de décembre, que «la libération prématurée des auteurs de crimes internationaux les plus graves n'est pas conforme aux obligations découlant de la Convention contre la torture».

Hissein Habré ne peut être libéré que si seulement il est démontré que son état de santé n'est pas compatible avec la prison. C'est pourquoi le collectif des avocats des victimes dit attendre des garanties que cette sortie prendra bien fin dans deux mois, ou, tout au moins, avec la fin des exigences liées à la crise sanitaire, et que toutes les mesures nécessaires seront prises afin de prévenir toute tentative d'évasion et de fuite de Hissein Habré. Mieux, préviennent-on dans le texte, ces conseils sont particulièrement attentifs à ce que le condamné Hissein Habré retourne en prison dès la fin de cette période exceptionnelle. Ils demandent également aux autorités de s'assurer que cette autorisation de sortir soit respectée à la lettre de l'ordonnance du juge de l'application des peines, notamment en ce qui concerne une permission de sortir dans sa résidence de Ouakam uniquement, et de prendre toutes les mesures nécessaires afin d'éviter qu'une telle permission s'accompagne de mesures de rétorsions ou de représailles contre les témoins ou les parties civiles ayant participé au procès.

Les avocats des victimes insistent, par ailleurs, sur le fait que les dommages que l'ancien président Tchadien doit verser aux victimes ne sont pas toujours payés. Le dû est évalué à 82 milliards de francs CFA. Pour rappel, avant-hier, lundi 6 avril, le juge de l'application des peines a rendu une ordonnance accordant une permission de sortir d'une durée de 60 jours dans sa résidence de Ouakam, à Dakar. L'ordonnance ajoute que Hissein Habré «réintégrera l'établissement pénitentiaire du Cap Manuel, immédiatement, à l'expiration de la permission de sortir». Cette décision est motivée par la crise sanitaire du Covid-19.

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