Afrique: Face à la progression du COVID-19, le Mali et l'ONU haussent d'un cran leur mobilisation

8 Avril 2020

Face au nouveau coronavirus, le Mali s'adapte et fait le pari de la prévention. Dans ce combat contre le Covid-19, Bamako entend éviter la chaîne de transmission et la propagation du virus dans l'ensemble du pays.

« Aujourd'hui, l'épidémie n'est plus seulement importée. Elle se localise et la transmission se fait au sein de la population. Donc il faut mettre l'accent sur la prévention », a déclaré Michel Sidibé, Ministre de la santé et des affaires sociales du Mali dans un entretien accordé à ONU Info.

Et pour cela, le Mali a misé sur trois campagnes de sensibilisation, notamment la distanciation physique, le port du masque « parce que c'est très important dans nos sociétés où le problème de proximité est très important. Il faut tenir compte aussi de tous ces cas asymptomatiques. Et troisièmement, le lavage des mains au savon », a expliqué l'ancien Directeur exécutif de l'ONUSIDA.

Bamako veut surtout réduire et retarder la transmission du Covid-19 dans la collectivité. L'objectif est donc de chercher d'abord les contacts et les suivre régulièrement « pour en faire en sorte que ces contacts n'évoluent pas vers la maladie ». « Donc si nous voulons éviter la crise que nous voyons ailleurs, il faut continuer à mettre l'accent sur la prévention et briser la chaîne de transmission du virus », réitère M. Sidibé.

Une stratégie mêlant prévention et efficacité pour réduire la transmission communautaire

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Outre les mesures prises ailleurs comme la fermeture des frontières et l'instauration de l'état d'urgence sanitaire, le Mali fait en sorte que les foyers d'infection puissent être identifiés rapidement et que ces foyers ne se connectent pas les uns aux autres. « Sinon on passe tout simplement à l'explosion », met en garde le Ministre malien de la santé.

Face à la densité de la population, le Mali fait également le pari d'une stratégie mêlant prévention et efficacité. Il s'agit de circonscrire les villes qui ont des cas et faire en sorte de les couper du reste du pays pendant un certain temps.

« Si nous ne le faisons pas, le risque est de voir l'infection partir des grandes villes vers les autres régions », reconnait le Ministre. Mais cela ne suffit pas d'autant que dans les grandes villes africaines, le secteur informel reste l'un des piliers de l'économie. « Je ne pense pas que le confinement va marcher dans nos pays », dit M. Sidibé. Et pour lui, il faut aller vers le port du masque au Mali.

Car à l'image des autres pays du continent africain, le Mali redoute cette transmission communautaire qui risque de conduire à « une explosion et poser un problème pour la prise en charge des malades ».

La faiblesse des systèmes de santé des pays africains suscite de vives craintes face à la pandémie de coronavirus. « J'avoue honnêtement qu'aucun pays africain ne pourrait répondre à cette pandémie en cas d'explosion exponentielle du nombre de cas parce que tout simplement le système de santé est fragile », admet M. Sidibé.

Le Mali a annoncé ses deux premiers cas de coronavirus le 25 mars. Depuis, il a déclaré officiellement 56 cas de contamination dont quatre décès et douze patients guéris.

Et parmi ses voisins du Sahel, le tableau de bord du bureau régional Afrique de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) fait état de 345 cas et 17 décès au Burkina Faso alors que le Niger enregistre 184 cas et 10 décès. Ce qui fait que le nouveau coronavirus reste un défi de plus pour Bamako et les autres pays du Sahel.

Un protocole sur la chloroquine et les antibiotiques pour accompagner les malades

La semaine dernière, l'Agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a indiqué que de nombreux réfugiés d'un camp de Dori, au Burkina Faso ont affiché leur intention de rentrer au Mali, une fois que les restrictions liées à la prévention du Covid-19 y seront assouplies.

Face à ces éventuels retours, le Mali entend renforcer la prévention dans ces différents corridors terrestres. « Il s'agit de faire en sorte que ceux qui présentent des symptômes puissent être isolés pendant 14 ou 15 jours. Donc ne pouvons pas travailler sans avoir des approches transfrontalières. Il faut que les pays de la sous-région puissent travailler ensemble », a fait valoir M. Sidibé.

Dans la lutte contre le Covid-19, le Ministre malien de la santé entend rappeler certains fondamentaux tirés de son expérience de la lutte contre le VIH en tant que chef de l'ONUSIDA.

« Dans le combat contre le sida, on a gagné quand on n'a pas exclu. On a gagné quand on a ouvert nos portes. On a gagné quand on a pu travailler avec toutes les forces qui sont utiles », énumère M. Sidibé.

L'ancien patron de l'ONUSIDA plaide donc pour la mobilisation politique. « Il faut le leadership politique car sans cela, on ne gagne pas. Deuxièmement, il faut l'adhésion de la population. Enfin il faut aussi de la technologie, de l'innovation. Je crois que penser qu'on va résoudre le problème chez soi et le problème sera résolu, ça sera très dangereux », a-t-il fait remarquer.

Une façon pour le Ministre malien de mettre en garde contre le repli sur soi. « Je vois une myopie dangereuse qui s'installe. Chacun s'enfermant sur soi-même et chacun essayant de trouver une solution à son problème. Parce qu'il y aura un effondrement des pays fragiles et cela va s'accompagner sur le plan économique et sociale par des crises énormes », a-t-il ajouté.

S'agissant de la prise en charge des patients, le Mali, à l'image de son voisin sénégalais, a autorisé ses structures hospitalières à traiter les malades du Covid-19 avec de la chloroquine, médicament bien connu en Afrique contre le paludisme. « Le Mali suit ce protocole de la chloroquine, en plus des antibiotiques pour accompagner les malades. Nous essayons aussi de suivre le protocole proposé par la sous-région », a précisé M. Sidibé.

Les Nations Unies apportent un soutien de plus de six millions de dollars

Selon Bamako, cette question de la chloroquine a été abordée au niveau de la sous-région, notamment lors de réunions quotidiennes de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) consacrées à la pandémie mondiale.

Pour le Mali, il est d'ailleurs important de partager les expériences. C'est dans cette même dynamique que Bamako loue la mobilisation du système des Nations Unies, notamment la mobilisation des compétences.

« L'OMS est à côté de nous tous les jours », insiste M. Sidibé qui rappelle également que l'apport logistique de l'ONU leur a permis de transporter depuis l'Ethiopie, le matériel de prévention offert par la Fondation Jack Ma. « Les Nations Unies nous aident aussi pour avoir des corridors humanitaires. Il nous est difficile d'accéder à certaines zones de l'intérieur du pays sans les avions de la MINUSMA », souligne le Ministre.

A noter que la Mission de l'ONU au Mali (MINUSMA) a signé lundi dernier avec Bamako trois protocoles d'assistance d'environ 3 millions de dollars, soit 1,6 milliards de Francs CFA. Des fonds qui permettront de financer des projets destinés à acquérir des équipements médicaux spécialisés. Ils permettront aussi de donner au personnel soignant une formation adéquate.

Dans ce même élan, les agences et programmes du système des Nations unies apporteront un appui dans différents secteurs à plus de 3 millions de dollars soit près de 2 milliards de Francs CFA. « Je tiens à remercier le système des Nations Unies. Dès le début de ce combat, nous avons été ensemble et nous avons mis en place un mécanisme de coordination extraordinaire », a d'ailleurs salué Michel Sidibé

Dans tous les cas, si le Covid-19 reste une « tâche immense », le gouvernement malien et les Nations Unies mettent bouchées doubles pour gagner cette nouvelle lutte dans un pays résilient qui en a déjà connu beaucoup d'autres.

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