Congo-Kinshasa: Santé publique - Le système sanitaire RD-congolais à l'épreuve du coronavirus

L'avènement du Covid-19 a mis à découvert la désarticulation, ou mieux la déficience de notre système de santé. A l'épreuve de ce fléau universel, nos structures sanitaires peinent à en assurer une riposte efficace à la hauteur de l'enjeu.

Dans un pays qui, jusqu'à un passé récent, ne comptait qu'un médecin pour dix mille habitants, cela relève d'un challenge. A la veille de sa soixantième année d'existence en tant que nation indépendante, la RDC a toujours la main tendue vers l'extérieur pour faire fonctionner ses officines hospitalières. Curieux ! C'est dans ce contexte de précarité sanitaire que le Covid-19 se meut désormais en RDC, favorisé par la carence en équipements de base dans des hôpitaux qui n'existent que de nom. Lorsqu'on y ajoute l'état défectueux des infrastructures, la prise en charge aléatoire des patients, la déshumanisation des services offerts, les conditions hygiéniques douteuses et un personnel soignant laissé pour compte, la coupe est bien pleine.

Telle est l'image peu rayonnante que présente aujourd'hui le système sanitaire congolais avec, à la clé, des cadavres à la pèle enfouis dans des morgues de fortune, sous les yeux hagards des médecins affairistes mal rémunérés et peu enclins à se mettre scientifiquement à jour. Beaucoup de ces disciples d'Hippocrate ont, d'ailleurs, préféré s'expatrier pour ne pas subir les affres des difficiles conditions socioprofessionnelles. A l'heure où l'activisme du personnel soignant est requis dans divers hôpitaux à travers le monde - Covid-19 oblige !-, en RDC, médecins et auxiliaires de santé continuent à revendiquer le paiement des arriérés de salaires. Le dysfonctionnement actuel des hôpitaux publics, éreintés par des années d'abandon, a favorisé les investissements privés avec l'essaimage des cliniques dénuées de tout fondement humaniste.

Ceci est, sans nul doute, l'une des conséquences du désintérêt affiché, des années durant, par les pouvoirs publics vis-à-vis des hôpitaux publics. Constamment à cheval entre l'Asie et l'Europe - leurs destinations favorites lorsqu'ils sont physiquement mal à point - les autorités politiques laissent derrière eux, à chacun de leur déplacement, désolation et grisaille. A leur actif, après plus d'une décennie de gestion du pays : des hôpitaux et des centres de santé malpropres, en manque de tout jusqu'aux simples seringues, sans technologie biomédicale moderne avec un taux des malades dépassant leur capacité d'accueil.

Aujourd'hui limités dans leur mouvement à l'absence des vols internationaux, ces dirigeants antipatriotes n'ont d'autre alternative que de recourir, en cas de maladie, à ces mêmes hôpitaux de fortune qu'ils ont dédaignés hier parce que sans lien avec leur statut social. Renversant ! Avec un territoire de plus de 80 millions d'âmes, la RDC ne compte curieusement que près de deux cent cinquante hôpitaux de référence, encore que leur viabilité est sujette à caution. A l'heure de la Couverture santé universelle (CSU), ce chiffre est simplement insignifiant. On est bien loin des années fastidieuses de l'après indépendance, période durant laquelle la RDC a incarné le leadership sanitaire en Afrique subsaharienne ! Les pouvoirs qui se sont succédé dans ce pays ont ramené le volet sanitaire à la portion congrue, lui assignant des allocations budgétaires souvent en deçà des marges réglementaires. Pire, nonobstant les nombreuses études et les prospectifs sanitaires visant la réforme du secteur, les décideurs politiques sont restés, au fil des ans, figés dans leur inconscience au grand dam des Congolais impuissants.

Avec une faible allocation budgétaire, une totale dépendance vis-à-vis des financements extérieurs en plus des ressources disponibles mal dépensées, le système médical congolais ne pourra donner que ce qu'il a en matière de riposte contre le Covid-19. A moins d'une requalification, par les gouvernants, de leur façon d'appréhender la problématique sanitaire par l'élaboration des stratégies innovantes assorties des réformes courageuses. Autrement, malgré la bonne foi de nos scientifiques, l'on ne pourra que s'en remettre à la providence divine pour espérer endiguer, dans les meilleurs délais, le Covid-19.

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