Afrique: Et les droits de l'Homme dans tout ça?

Amnesty International publie son rapport annuel sur la situation des droits humains. En Afrique, l'ONG montre des avancées encourageantes, en dépit de conflits qui durent.

L'Union africaine, appuyée par l'ONU, s'était fixé pour 2020 un objectif ambitieux : "faire taire les armes" d'ici la fin de l'année.

Mais les conflits armés, les soulèvements, les violations des droits humains par des acteurs étatiques ou non continuent en Afrique comme dans le reste du monde.

L'ONG Amnesty International dresse dans son rapport annuel publié ce 8 avril 2020 un bilan détaillé des exactions mais aussi des progrès enregistrés en Afrique dans le respect des droits humains.

Parmi les pays frappés par des guerres qui durent, l'ONG cite la République démocratique du Congo (RDC), la République centrafricaine, le Nigeria, le Cameroun, le Mali, la Somalie. Dans chacun de ces pays, les attaques contre les civils sont légions : enlèvements, homicides, violences armés qui conduisent à des déplacements de populations.

Les forces de sécurité y sont souvent pointées du doigt pour perpétrer des violations graves des droits humains, "telles que des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées et des actes de torture", comme l'écrit Amnesty International.

Outre les morts qu'elles entraînent, les conflits armés engendrent aussi des pénuries en nourriture, en soins médicaux.

L'arrivée du Covid-19 en Afrique menace également de creuser les inégalités. Voire d'être l'occasion saisie par des Etats pour restreindre certains droits et certaines libertés, dans un cadre plus vaste que la lutte contre la pandémie..

Parmi les évolutions observées depuis 2019, le rapport cite aussi la destitution du président soudanais Omar el Béchir, ou algérien, Abdelaziz Bouteflika, suite à des mouvements populaires.

Pour revenir en détail sur le rapport d'Amnesty International, Eric Topona a interviewé Samira Daoud, directrice du Bureau pour l'Afrique de l'ouest et l'Afrique centrale d'Amnesty international. Cliquez sur la photo de l'article pour écouter un extrait de l'entretien, ou lisez sa retranscription en intégralité ci-dessous.

Samira Daoud: Moi, je reste optimiste, je suis convaincue qu'il y a un vrai vrai désir de la part des populations africaines de faire que les droits fondamentaux deviennent une réalité. Ça s'est manifesté par des mouvements de protestation et les mobilisations. Je reste convaincue aussi qu'on obtient des victoires, elles ne sont pas toujours très visibles, on ne met pas nécessairement l'accent dessus.

Mais quand on voit un régime répressif comme celui d'Omar el-Béchir, et que des manifestants aient pu venir à bout de ce régime et que des réformes importantes ont été menées avec des nouvelles autorités en Ethiopie, quand on voit ce qui a pu se passer en Algérie, il y a des raisons de rester optimiste. Même si un changement de régime ne signifie pas nécessairement la mise en œuvre des droits humains. Le combat continue, et il n'est pas vain.

DW: Pour lutter contre la pandémie de coronavirus, beaucoup de gouvernements africains au sud du Sahara ont pris des mesures restrictives. Est-ce que vous n'avez pas peur que les forces de l'ordre en profitent pour commettre des bavures ?

Samira Daoud: L'État a la possibilité effectivement de limiter certains droits pour garantir la protection d'autres droits et, en l'occurrence, il s'agit principalement de limiter les droits de circulation et de manifestation afin de permettre de garantir la protection des droits à la santé.

Il est évident que cela ne justifie en aucun cas la violation d'autres droits. Or nous avons pu l'observer malheureusement à la fois au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Burkina, ou ailleurs au Kenya, en Afrique du Sud, où le couvre-feu obligeait les gens à rester chez eux. En aucun cas, ces violences ne sont permises par ces dispositions qui autorisent à limiter temporairement les libertés. Donc, il est important de rester vigilant..

DW : Beaucoup de prisonniers politiques sont toujours écroués dans les prisons des pays africains : au Tchad, au Togo etc. Est-ce qu'il n'est pas temps qu'Amnesty International se penche sur ces cas?

Samira Daoud : Nous nous penchons depuis longtemps là-dessus, et nous demandons la libération des prisonniers d'opinion. Nous allons lancer une action importante pour demander la libération des détenus d'opinion et des personnes qui sont en détention préventive et qui fait aussi partie de la lutte contre le Covid- 19 puisque les États dans ce genre de situation, doivent agir pour s'assurer que les détenus soient protégés et ne pas les exposer à la pandémie.

Parmi les mesures qui peuvent être envisagées, il y a la possibilité de libérer ou de faire libérer les personnes en fin de peine, soit en détention préventive, donc, a fortiori plus que jamais, comme nous l'avons fait jusqu'à présent, et dans le contexte de crise sanitaire que nous vivons actuellement, nous réitérons évidemment notre demande de faire libérer les personnes qui n'ont rien à faire en prison.

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