Congo-Kinshasa: Félix Tshisekedi/Vital Kamerhe - Divorce à la congolaise ?

Une vue du bâtiment abritant la salle d'audience à la prison centrale de Makala à Kinshasa.

Ça devait être une simple invitation à la Cour d'appel de Matété. Vital Kamerhe en est ressorti placé sous mandat d'arrêt provisoire et déféré à la prison de Makala, après plusieurs heures d'audition.

A l'origine des ennuis judiciaires du directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, l'affaire dite des « 100 jours » en référence au vaste programme d'urgence des 100 premiers jours du mandat. Lancé le 2 mars 2019, il comprenait notamment la construction d'écoles, de logements sociaux ou encore de sauts-de-mouton routiers pour désengorger Kinshasa. Mais les travaux ayant accusé beaucoup de retard, l'opinion publique, la presse, la société civile et certains partis politiques s'en étaient émus au point que « Saatchi » avait fini par commanditer un audit ainsi que l'ouverture d'une information judiciaire pour voir clair dans cette ténébreuse affaire.

Des chefs d'entreprise ont d'ailleurs été entendus et certains complices sont en prison. On était cependant loin d'imaginer que celui que les Congolais surnomment « président bis » serait ainsi pris dans les mailles de la justice. Certes, comme tout justiciable, il est présumé innocent jusqu'à ce que la preuve de sa culpabilité soit établie à l'issue d'un procès équitable. Mais pour oser mettre une telle personnalité sous écrou, le parquet de Kinshasa disposait sans doute d'un faisceau de preuves suffisamment graves et concordant.

Grand ordonnateur d'un budget conséquent devenu pharaonique au fil des mois, alors même que sur le terrain les travaux patinent, le jusque-là précieux allié du chef de l'Etat congolais est suspecté de corruption, de détournement et d'avoir attribué des marchés de gré à gré.

A n'en pas douter, l'incarcération du président de l'UNC est la preuve que les choses ne sont plus comme elles étaient en République démocratique du Congo. Pareille situation eut en effet été inimaginable sous Joseph Kabila, même s'il faut se garder de penser que la justice est devenue toute puissante et indépendante depuis les « petits arrangements à l'africaine » qui ont propulsé Félix Tshisekedi à la tête du pays. Rien n'interdit, en effet, de penser que l'institution judiciaire ait pu être utilisée par le premier magistrat du pays pour se débarrasser d'un allié devenu encombrant, car ce n'est pas la première fois que le nom de Vital Kamerhe est associé à des scandales politico-financiers. Déjà en 2019, il avait été cité dans l'affaire dite des 15 millions de dollars disparus des comptes du Trésor public. Ce nouvel épisode serait-il donc celui de trop ?

En tout cas ce rebondissement pourrait définitivement avoir raison de la coalition CACH formée par l'UDPS et l'UNC et qui était traversée depuis de longues semaines par des querelles intestines. Tant et si bien que les caciques du parti présidentiel avaient même demandé à Félix Tshisekedi de rompre le contrat de mariage qui liait les deux familles politiques. C'est donc peut-être l'heure du divorce qui a sonné, surtout après la dispersion au gaz lacrymogène des partisans de Kamerhe qui manifestaient contre l'incarcération de leur chef.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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