Afrique: Appel du président français pour un soutien a l'Afrique contre le COVID-19

Qui pour entendre Macron dans ce monde en détresse ?

Face à la lutte mondiale acharnée contre la pandémie du Covid-19, l'évènement est passé presqu'inaperçu. En effet, le président français, Emmanuel Macron et dix dirigeants africains se sont réunis en conférence téléphonique, le 3 avril dernier. Y ont pris part Boubacar Keïta du Mali, Abiy Ahmed de l'Ethiopie, Cyril Ramaphosa de l'Afrique du Sud, Paul Kagamé du Rwanda, Macky Sall du Sénégal, Félix Tshisekedi de la République démocratique du Congo, Abdel Fattah al-Sissi de l'Egypte, Uhuru Kenyatta du Kenya, Emmerson Mnangagwa du Zimbabwe et le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat. Cette discussion avait pour objet d'apporter une réponse sanitaire et économique à l'épidémie du coronavirus en Afrique. A l'issue de ces échanges, l'on annonce pour bientôt, « une initiative à l'échelle du continent » et la France s'est proposée d'être le porte-voix du continent auprès des autres puissances occidentales pour faciliter sa mise en œuvre.

Emmanuel Macron fait preuve de constance dans sa fidélité à l'Afrique

En attendant la concrétisation de cette nouvelle initiative ainsi que les résultats qu'elle produira sur le terrain, l'on peut déjà féliciter le président français qui, une fois de plus, se fait l'avocat du continent africain. L'on se souvient qu'il occupait déjà le devant de la scène dans la mobilisation des Occidentaux dans la lutte contre les groupes terroristes qui écument la bande sahélo-saharienne. Son engagement est d'autant plus à saluer que cette nouvelle initiative va au-delà des limites traditionnelles du pré-carré français pour englober l'entièreté de l'espace continental. Malgré le fait qu'il a été souvent payé en monnaie de singe par les opinions publiques africaines, Emmanuel Macron fait preuve de constance dans sa fidélité à l'Afrique. Mais l'on sait qu'au-delà de l'amitié franco-africaine si souvent magnifiée dans les discours officiels, cet attachement au continent est motivé par d'immenses intérêts économiques et géostratégiques. Ce n'est, en effet, un secret pour personne que c'est l'Afrique qui fait le printemps des multinationales françaises. Il faut donc se donner les moyens de protéger les marchés de ravitaillement en matières premières et de consommation des produits des entreprises françaises qui sont encore largement les géants de l'économie en Afrique. Ensuite, l'on peut lire dans cette volonté « macronienne » de tisser toujours des liens plus forts avec l'Afrique, l'ambition de contrer l'emprise grandissante de l'ogre chinois qui, face à cette pandémie du Covid-19, dispose, en plus des ressources financières et matérielles, de l'expérience dans la gestion de cette catastrophe sanitaire. Enfin, on ne doit pas perdre de vue que dans ce combat contre le coronavirus, les efforts des pays occidentaux seraient vains si la maladie persiste en Afrique dans ce contexte de libre circulation des hommes et des biens. En effet, aucun pays du monde n'est à l'abri d'une réinfection dans un monde devenu un village planétaire.

Il y a à craindre que l'appel de Macron ne serve qu'à se donner bonne conscience

Cela dit, la question que l'on peut se poser est la suivante : dans cette vallée de larmes que constituent les pays occidentaux qui n'en finissent plus de compter leurs morts, Macron sera-t-il entendu ? Il serait risqué de répondre par l'affirmative car comme dit le proverbe, « quand un caillou tombe du ciel, chacun se protège la tête ». Malgré les appels à la solidarité internationale, les crocs-en-jambes se multiplient sur la scène mondiale, si l'on ne prend que le seul exemple du marché des masques où règne désormais la loi du plus fort financièrement. L'on peut être d'autant plus sceptique que l'on a vu comment Macron s'est démené seul comme un beau diable pour tenter de convaincre, sans résultats véritablement probants pour l'instant, les mêmes puissances occidentales de délier les cordons de la bourse dans la lutte contre les groupes armés au Sahel. Il y a donc à craindre que l'appel de Macron ne serve qu'à se donner bonne conscience.

Mais l'on ne peut que souhaiter que cette fois-ci le cocorico du coq gaulois soit entendu et bien au-delà des frontières françaises. En attendant que l'écho de l'appel du président français fasse un retour favorable, l'on peut regretter une fois de plus pour l'Afrique que l'initiative soit encore venue d'ailleurs. Alors que partout ailleurs, l'on chante l'hymne à l'unité africaine, les dirigeants africains se montrent incapables de fédérer leurs énergies pour présenter un front uni là où même les nations les plus nanties du point de vue des ressources économiques et humaines, peinent à tirer leur épingle du jeu. Au-delà des regrets, ce qu'il faut surtout craindre est que les ressources à mobiliser dans le cadre de cette initiative franco-africaine, ne soient dilapidées dans des plans de riposte à la maladie ou de relance économique mal échafaudés quand tout simplement elles ne viendront pas renforcer les fortunes personnelles de cupides dirigeants.

Il y a donc un double défi à relever : celui de la levée des fonds que Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l'Union africaine, estime à environ 100 à 150 milliards de dollars comme besoins immédiats pour faire face à la pandémie et celui de la bonne gouvernance afin que les ressources servent effectivement à résoudre et de façon optimale, la crise sanitaire et son impact socio-économique. Et là, les sociétés civiles africaines si promptes à critiquer la politique française en Afrique, ont un important rôle à jouer : celui de servir de sentinelle dans la gestion de ces fonds.

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