Congo-Kinshasa: Kamerhe - Difficile sommeil à Makala

Il respirait la confiance à son arrivée le mercredi 8 avril à 13 heures au Parquet général de Kinshasa Matete, sise 4me Rue Limete Industriel. Une foule compacte l'attendait le long du petit boulevard Lumumba, fredonnant des chansons à sa gloire.

Costume bleu, cravate rouge, le nez et la bouche couverts par un masque, Vital Kamerhe est descendu presque triomphant de sa jeep, muni de plusieurs fardes chemises contenant ses moyens de défense, pour se diriger vers le bureau de l'Avocat Général Sylvain Kaluila qui lui avait adressé l'invitation.

Les civilités d'usage terminées, le Coordonnateur des Travaux de 100 jours a été invité à fournir des explications sur plusieurs éléments du dossier jugés obscurs par le magistrat instructeur. L'exercice a pris de nombreuses heures, signe qu'il ne s'agissait pas d'une partie de plaisir, contrairement à ce qu'espérait la grande foule qui chantait dans la rue et qui avait la conviction que son champion allait expédier l'affaire en deux temps trois mouvements et rentrer triomphalement à la maison.

Que non ! Une heure est effectivement passée, puis deux, trois, quatre, cinq heures... Sur le petit boulevard, les supporters commencent à exprimer quelques inquiétudes. Certains ressortent aussitôt la théorie du complot pour meubler l'attente. Non, ce n'est pas un complot, osent lancer quelques rares voix discordantes. Le dossier est volumineux et c'est pourquoi ça prend du temps. Mais ça va aller.

A la sixième heure, on assiste à une arrivée des renforts de la police, puis un ordre d'évacuer est donné. La foule résiste. L'ordre est renouvelé. La foule résiste encore. Puis c'est la charge accompagnée des tirs des gaz lacrymogènes. La débandade est générale. Les ultras qui affirmaient être prêts à mourir pour le leader s'envolent et disparaissent dans la nature.

Départ à Makala

Quelque temps plus tard, alors que la nuit venait de tomber, un cortège se forme et quitte le Parquet à toute vitesse. De loin, tous les yeux cherchent VK. Il n'y a pas la moindre ombre du Directeur de Cabinet du Chef de l'Etat. Conclusion : ils l'ont amené avec eux. La course-poursuite est aussitôt lancée. C'est alors qu'on constate que le cortège emprunte l'avenue ex-24 Novembre, dépasse le rond-point Bandal et continue sa course jusqu'à la prison de Makala.

Cette fois, les choses sont claires. VK est aux arrêts. On nous informe qu'il a été placé sous mandat d'arrêt provisoire (MAP) après que son statut ait été modifié pour passer de Renseignant à Prévenu.

Comment en est-on arrivé là ? Pour que le Procureur Général -parce que c'est finalement lui qui a pris la décision- choisisse une telle voie, il doit disposer d'un faisceau de preuves qui orientent l'enquête en direction de la culpabilité du prévenu plutôt que de son innocence. Le dossier pèse. Oui, il pèse plusieurs dizaines de millions de dollars et il faut les retrouver au niveau de chaque chantier et les justifier sans faux-fuyants. Ici, l'agitation ne règle rien, et encore moins la manipulation des foules. Il s'agit des fonds du Trésor et il faut démontrer que chaque dollar a servi l'intérêt public.

Le dossier est lourd et peut donner lieu à des peines allant jusqu'à vingt ans de privation de liberté. En attendant, Kamerhe doit trouver un nouveau logis pour se refaire les forces. On lui indique le pavillon 8, lit 12 où se trouvent une vingtaine de prisonniers. Juste le maximum requis dans le cadre de la distanciation sociale. Dans le voisinage, des gens qu'il connait bien : Eddy Kapend, Leta, etc, des condamnés à mort dans le procès des assassins de Laurent-Désiré Kabila. Ils sont là depuis 2001, clamant chaque jour leur innocence sans jamais être entendus. A coup sûr, c'est un voisinage qui traumatise, surtout quand on a été dans le même train avec eux et qu'on est resté au pouvoir pendant de très nombreuses années sans faire un geste dans leur direction. Mais là n'est pas l'essentiel. Pour cette première nuit, il faut parvenir à trouver le sommeil. Ah, le sommeil, comment dormir au milieu de tant de monde ? Un vrai chalenge !

A titre de rappel, entre mars et août 2019, c'est Vital Kamerhe qui pilotait tous les dossiers de financement des routes, ponts, mini-échangeurs (sauts de moutons), écoles, hôpitaux... à Kinshasa comme en provinces.

Pour l'exécution de ces marchés, le directeur de cabinet du chef de l'État privilégiait singulièrement les marchés de gré à gré en lieu et place des appels d'offres. Il avait oublié que c'était une faute..

Un fait historique

L'enfermement de Vital Kamerhe au CPRK est un fait historique pour les observateurs de la scène politique congolaise. Car depuis Joseph Kasa-Vubu, en passant par Joseph-Désiré Mobutu, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila, c'est pour la toute première fois qu'un Directeur de Cabinet du Chef de l'Etat est renvoyé derrière les barreaux, même à titre provisoire. Hommes des dossiers, les personnes chargées de cette responsabilité ont toujours su s'effacer tout en jouant un rôle prépondérant, parfois plus important que celui des personnalités constitutionnellement mieux placées. En laissant la justice faire son travail sans interférence, l'autorité suprême du pays a sans doute voulu envoyer un message à tous les citoyens, à tous les niveaux : l'heure a sonné pour se mettre au travail. Dans le respect des lois du pays.

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