Burkina Faso: Célébration pascale sous coronavirus / Abbé Paul Dah - « Il est demandé aux chrétiens de vivre la Pâques en intériorité »

interview

Les fidèles chrétiens célèbrent ce weekend, la Pâques, la fête de la résurrection de Jésus-Christ dans un contexte mondial marqué par la maladie à coronavirus.

Dans cet entretien, l'abbé Paul Dah, chargé de communication à la Conférence épiscopale Burkina-Niger revient sur l'origine de cette commémoration, les mesures prises par l'Eglise catholique pour permettre aux chrétiens de passer ce moment exceptionnel.

 Pouvez-vous nous rappeler ce que c'est Pâques ?

Pâques est un mot d'origine hébraïque, « Pessah ». Elle a une double signification historique. Elle rappelle la sortie du peuple de Dieu, sauvé à travers le passage de la mer et du désert jusqu'à la terre promise, appelée aujourd'hui Israël.

A l'occasion, Il y a eu un agneau qui a été tué dans toutes les familles des Juifs qui étaient en esclavage en Egypte. Le sang de cet agneau a servi à barboter le linteau des portes, de sorte que l'ange exterminateur puisse épargner ces familles.

Dans la tradition chrétienne, Jésus-Christ, mort durant la semaine de célébration de cette fête juive, a été vu par les chrétiens comme le véritable agneau de Dieu.

Le sang ne sauve donc plus juste une catégorie de personnes mais le monde entier.

Pâques, c'est le passage de l'esclavage du pêché à la liberté des enfants de Dieu. Pour le chrétien, la mort devient une petite Pâques qui consacre le passage de la mort à la vie véritable.

 Selon toute vraisemblance, il y a peu d'engouement chez les fidèles pour la célébration de cette fête que pour Noël. Comment cela peut-il s'expliquer ?

Je parlerai plutôt de manifestation populaire que d'engouement. La Pâques, c'est le socle de la foi chrétienne. Sans elle, il n'y a pas de vie chrétienne. Concernant les manifestations populaires, Noël est la célébration d'une naissance.

L'espérance dans l'attente n'est pas le même. Pâques, elle, va du temps de carême, la semaine sainte, le tout fait de douleur et finalement de joie.

Ça ne peut pas être la même joie que Noël qui est lié aux fêtes de fin d'année. A Pâques, il y a une joie d'une profondeur spirituelle parce qu'il y a un renouveau.

Les manifestations ne peuvent pas être les mêmes, parce qu'elles sont de types différents. La résurrection du Christ ouvre une brèche dans nos enfermements et dans nos morts.

La maladie à coronavirus a obligé l'Eglise à suspendre les messes publiques et la célébration de plusieurs sacrements. Cette situation n'est-elle pas inédite dans l'histoire de l'Eglise?

Depuis 1750 que le Pape célèbre chaque année le chemin de croix sur la colline à Rome avec la présence de milliers de pèlerins, c'est la première fois qu'il y a eu une suspension du genre de cette manifestation, même s'il y a eu un cas en 1941 dû à la Seconde Guerre mondiale avec le Pape Pie XII.

Là, il avait donné aussi son message à la radio Vatican à partir de sa bibliothèque papale.

Que disent les Saintes écritures en pareilles circonstances ?

Il n'y a pas une prescription particulière qui dit ce qu'il faut faire en cas d'épidémie ou de crise.

Pour l'Eglise, Jésus christ qui est élevé et devient signe de salut est celui vers qui, il faut regarder en cas de malheur pour être sauvé. La croix du Christ est une des significations.

Comment les chrétiens vont-ils célébrer la Pâques dans ce contexte? Avez-vous des consignes particulières à donner?

Les dispositions de l'Eglise sont très claires. La Conférence épiscopale Burkina-Niger a pris des dispositions qui entrent dans le cadre des mesures générales prises par les autorités sanitaires comme des gestes-barrières.

Comme l'épidémie n'a pas reculé, il est demandé aux chrétiens de vivre la Pâques en intériorité.

Il s'agit de se retrouver en famille et vivre sa foi. La famille est une cellule de l'Eglise. La qualité de la vie de la famille jouera sur celle de la vie de l'Eglise.

Spécifiquement, chaque diocèse a pris des dispositions. A Ouagadougou, le Jeudi saint, il y aura toute la journée, une exposition du Saint sacrement pour que les chrétiens puissent faire l'adoration individuelle mais de manière à ce qu'il n'y ait pas d'attroupement.

Le Jeudi saint est le jour où le Christ a institué l'Eucharistie. Cette adoration permettra aux chrétiens de faire cette rencontre de façon individuelle.

Ce même jour, Il est également demandé à chaque chrétien de prier pour les prêtres victimes de terrorisme ou affectés de COVID-19. Jeudi est également la fête de l'Eucharistie et du prêtre.

Le Vendredi saint qui est un jour de jeûne absolu, les chrétiens sont invités à adorer la croix.

Une grande croix sera exposée dans chaque église et les chrétiens tout au long de la journée pourront faire cette vénération individuelle.

Les familles pourront lire et écouter le vendredi, la passion de Jésus-Christ, selon Saint Jean au chapitre 18 verset 1 jusqu'au chapitre 19 verset 1 à 42.

Le Samedi saint, c'est un jour de recueillement puisque le Christ étant toujours dans le tombeau.

La vigile pascale commence avec la célébration autour du feu de la résurrection. Il est demandé à chaque famille chrétienne de prier autour du feu qui est un symbole.

La vigile pascale qui dure de la nuit de Pâques jusqu'au dimanche est le symbole de la lumière du Christ ressuscité.

Enfin, le Dimanche de la résurrection, les chrétiens pourront vivre à partir d'un schéma de prières confectionné pour les familles.

Ils peuvent également suivre par médias, les messes célébrées à Rome, à Lourdes, à Paris soit à travers la télévision Maria ou autres moyens de communication.

Quelle doit être la place de la prière individuelle ou de famille en cette période de pandémie?

La place de la prière en famille devient prépondérante. La famille est une église domestique. Personne ne peut dire aujourd'hui qu'il n'a plus le temps de prier.

De par le passé, nos activités nous prenaient trop le cœur à tel point que l'on n'arrivait pas à prier en famille. Avec ce COVID-19, nous avons le temps.

C'est l'occasion pour chacun de revisiter son for intérieur, de retrouver Dieu dans son cœur.

Si nous nous laissons éclairer dans ce temps de confinement, nous pouvons découvrir Dieu dans notre propre cœur. Ça sera un des grands gains de ce temps.

Ça ne sert à rien de faire de grandes célébrations si dans le cœur, l'on ne tient pas compte de cette présence de Dieu.

 Beaucoup de fidèles s'interrogent sur le sort des baptêmes ou premières communions de leurs enfants. Qu'est-ce qui est envisagé pour ces catéchumènes ?

C'est une question fondamentale pour des gens qui se sont préparés pendant des années. Mais le baptême c'est pour donner un accroissement de vie. La situation actuelle imposait qu'on surseoit aux baptêmes.

A quoi servirait de causer des contagions massives qui risquent de conduire à la mort pendant que le baptême est destiné à donner un accroissement de la vie ?

De toute façon, les baptêmes seront faits, mais c'est en fonction de l'évolution de la situation.

Dans la mesure où la situation actuelle ne permet pas de célébrer cette vie de façon pleine, c'est tout à fait normal que l'on puisse différer pour le faire à un moment favorable.

 Cette pandémie peut-elle raviver la foi des fidèles ou va-t-elle les éloigner de Dieu?

Si je fais de la conjecture, je me dis que quel que soit l'être humain, chrétien ou non, croyant ou pas, cette situation inédite va amener chacun à se poser des questions existentielles.

C'est une situation qui remet tout le monde au même niveau, du plus grand au plus petit, tout le monde est soumis au même sort.

On ne parle plus de puissances, ni de races, on parle d'humains qui se trouvent dans la même réalité.

Nous nous rendons compte finalement que nous avons les mêmes fragilités que l'on vienne du Nord, du Sud, de l'Orient ou de l'Occident.

Dans la recherche du salut, personne, quel que soit son état spirituel actuel, nul ne sortira de cette crise, sans faire un pas en avant dans sa foi en Dieu. Sur le plan de la solidarité, sur le plan humain, il devrait avoir un plus.

Quel est votre message à l'endroit des chrétiens pour la Pâques et à l'endroit de ceux qui souffrent du fait de COVID-19 ?

C'est d'abord un message de compassion mais surtout un message d'espérance parce que Pâques, c'est la célébration de la victoire de Jésus-Christ sur la mort.

Que cette victoire de Jésus Christ profite à tous afin que mort ou vivant, nous vivions en Dieu.

Pour tous ceux qui affrontent la peur de cette maladie, que nous puissions mettre notre espérance en Jésus-Christ.

Avec tout ce qui se passe dans le monde, nous nous rendons compte que c'est Dieu seul qui est fort et c'est lui qui peut nous sauver.

Je souhaite à tous une effervescente célébration pascale et que la lumière et la victoire de Jésus-Christ éclairent nos misères pour nous donner bon vivre dans une espérance renouvelée au-delà de cette crise.

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