Burkina Faso: Prostitution à Ouagadougou - Quand les travailleuses du sexe se confinent

Le coronavirus sème la psychose dans tous les secteurs d'activités. Les professionnelles du sexe ont été contraintes de changer leurs habitudes à cause de la maladie, redoutée.

Fatma est une travailleuse du sexe. Depuis l'annonce du couvre-feu consécutif à la pandémie du coronavirus, elle ne part plus à la recherche de clients sur l'avenue Kwamé-Nkrumah.

La pandémie du coronavirus oblige, elle a ôté ses mini jupes, hauts talons... pour se « confiner » chez elle.

Le couvre-feu a porté un « sérieux » coup à son activité de subsistance, regrette-t-elle. « Le couvre-feu, c'est de 19h à 5h du matin. Or, les clients viennent à partir 22h-23h », témoigne-t-elle.

Plaintive, elle précise : « depuis l'annonce du couvre-feu, on ne sort plus. Nos conseillers sanitaires nous ont demandé de ne plus sortir en attendant qu'une solution soit trouvée ».

Son vœu le plus cher est le recul de l'heure du couvre-feu. Mieux, sa suppression pure et simple.

Ce qui lui permettra de poursuivre son activité. Mais avec ses clients, les consignes seront désormais claires et obligatoires : utilisation de cache-nez, de gels hydroalcooliques...

« Je vais leur dire de mettre des cache-nez pour tout rapport sexuel. Avant le coronavirus, j'utilisais déjà des gels désinfectants, avant et après les rapports sexuels. Je donne aux clients pour qu'ils se désinfectent.

Je mets aussi des désinfectants sur du coton et je nettoie entre mes cuisses, parce qu'il y a des gens sales. D'autres sortent le matin et viennent la nuit pour faire des rapports avec vous », ajoute Fatma.

Chez les professionnelles du sexe, en plus du VIH/SIDA, elles redoutent désormais le coronavirus.

« Nous continuerons à utiliser les gels hydroalcooliques. Je les ai toujours avec moi. Nous avons peur qu'un client qui n'a pas porté un cache-nez lors des rapports nous infecte.

Car, on cherche l'argent pour vivre et non pour attraper une maladie et en mourir », lance Fatma.

Kada vend son charme à l'arrondissement 5 de Ouagadougou. Pour éviter le coronavirus, elle a opté pour une stratégie : réduire au maximum ses clients.

« Je sors la nuit pour me débrouiller, mais je me protège contre cette maladie qui me fait très peur.

Avec moi, il faut obligatoirement un cache-nez, après s'être bien désinfecté les mains à l'eau et au savon ou avec le gel hydroalcoolique.

En plus, je préfère moins de visites des clients. Souvent, plusieurs d'entre eux m'appellent, mais je refuse », témoigne Kada qui regrette cette situation qui a des conséquences négatives sur son « activité économique ».

Pour sa sécurité et celle de sa famille, dit-elle, la prudence doit être de mise. Donc, elle dit rester « sereine » jusqu'à nouvel ordre. « Notre travail est compliqué parce qu'on se couche.

On ne peut pas savoir, si un client est infecté ou pas. Le gouvernement dit de rester à la maison, on fait avec en réduisant aussi les contacts avec nos clients », insiste-t-elle. Yaslove, elle, ne veut passer rapidement de vie à trépas à cause du « fameux virus ».

Paradoxalement, celle qui a décidé de rester à la maison par peur d'être contaminée par un de ses clients, avoue qu'elle n'hésitera pas à faire une passe avec l'un de ses clients, s'il propose une grosse somme.

«Les clients sont rares comme rien ne fonctionne au pays. Pourtant, je dois survivre aussi », fulmine-t-elle.

Son souhait est que les autorités repoussent l'heure du couvre-feu, entre 22h-5h, pour lui permettre d'avoir quelques clients.

Pour éviter la propagation du coronavirus dans le milieu des professionnelles du sexe, l'association Yerelon Plus mène des campagnes de sensibilisation à leur endroit.

Elle sensibilise aussi les gérants de « chambres noires » pour le respect des mesures-barrières.

« Des gérants de chambres ont fermé leurs sites avec l'ampleur de la maladie. Nous leur avons dit que l'acte posé est bien », affirme la médiatrice de l'association Yerelon Plus, Eugénie Kinda.

Aux travailleuses du sexe, selon ses dires, le message est clair : les contacts avec un client, les bisous, se serrer les mains... sont interdits.

« Si deux personnes doivent faire l'amour, dans la folie, ils peuvent s'embrasser.

Alors, nous leur avons dit si elles pouvaient avoir d'autres activités se serait bien. Elles nous ont dit que les marchés sont fermés et elles ne savent pas quoi faire », confie la médiatrice Kinda.

Ce n'est pas sur qu'elles vont respecter toutes les mesures barrières à la lettre, déplore-t-elle.

A défaut de les respecter, elle souhaite qu'elles s'abstiennent pour éviter de contracter le coronavirus.

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Plus de: Sidwaya

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