Soudan: Un an après la chute d'Omar el-Béchir, la liberté de la presse toujours en transition

communiqué de presse

Si la chasse aux journalistes et aux publications critiques de l'ancien régime soudanais est officiellement terminée depuis l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement dirigé par un civil, le paysage médiatique reste ravagé par trois décennies de censure et d'exactions contre les journalistes et les changements attendus tardent à se concrétiser.

Reporters sans frontières (RSF) exhorte les autorités intérimaires à prendre les mesures nécessaires pour que la liberté de la presse puisse devenir une réalité dans le pays.

"Les journalistes ne seront plus jamais réprimés ou arrêtés." La promesse faite par le Premier ministre du gouvernement de transition soudanais Abdallah Hamdock à l'occasion de l'assemblée générale des Nations unies en septembre dernier a globalement été tenue.

Un an après la chute du président Omar-el-Béchir, renversé le 11 avril 2019 après quatre mois de soulèvement populaire, les nouvelles autorités ont peu à peu mis fin à la politique de répression systématique des médias et journalistes à l'oeuvre pendant les trois décennies de pouvoir du dictateur déchu.

Au plus fort de la révolution, RSF avait enregistré plus d'une centaine d'atteintes à la liberté de la presse, principalement des arrestations de journalistes et des censures de journaux.

Les services de renseignements (NISS) ne débarquent plus dans les rédactions ou à l'imprimerie pour contrôler le contenu des articles ou empêcher la parution des journaux. La censure institutionnelle a drastiquement diminué sans avoir complètement disparu.

Le contrôle de l'information s'exerce de manière plus insidieuse, parfois directement au sein des rédactions comme en témoigne le licenciement de Lubna Abdella du journal Al Sudani Al Dawlia après une enquête sur la corruption au sein de la commission des droits de l'homme.

"La plupart des 18 quotidiens qui traitent des affaires politiques restent affiliés ou proches des partisans de l'ancien régime et les conditions économiques empêchent l'arrivée de nouveaux acteurs" résume Hassan Ahmed Berkia, membre du secrétariat exécutif du réseau des journalistes soudanais (SJN).

En décembre, près de 300 journalistes s'étaient réunis devant le ministère de l'Information pour réclamer des changements à la tête de la SRTC, le groupe audiovisuel public soudanais et le départ des agents du renseignement infiltrés dans une grande partie des rédactions

La défense des intérêts de l'ancien régime et de leurs proches est également assurée en ligne et sur les services de messagerie par la Cyber Jihadist Unit, une armée de trolls créée dans la foulée des printemps arabes en 2011 et contrôlée par les services de renseignements pour surveiller les opposants et les journalistes.

Toujours active du fait de sa diffusion de fausses informations visant à défendre les caciques des années Béchir, elle est identifiée par rsf parmi les prédateurs numériques du journalisme.

"La fin des arrestations et de la censure de masse est un avancée considérable pour un pays habitué depuis de longues années aux tréfonds du Classement mondial de la liberté de la presse, constate Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières.

Néanmoins, les conditions pour que puisse s'établir un journalisme de qualité libre et indépendant sont encore très loin d'être réunies.

Il n'y aura de pluralisme médiatique réel que si les autorités laissent éclore de nouveaux acteurs dans un paysage médiatique qui reste dominé par des proches de l'ancien régime.

Les réformes en faveur d' un cadre légal beaucoup plus libre et protecteur pour la presse et empêchant les services de sécurité d'être une police éditoriale en charge de la propagande et du musellement des médias critiques doivent être menées sans tarder et de manière inclusive avec les journalistes et médias soudanais".

En effet, alors que les autorités ont fait savoir qu'elles élaboraient des projets de loi, les médias et organisations de journalistes parmi les plus critiques de l'ancien régime n'ont pas été consultés.

La loi sur la cybercriminalité (2007) celle sur la presse (2009), ou encore celle sur la sécurité nationale (2010) sont toujours en vigueur et continuent de faire peser de graves menaces sur l'exercice du journalisme dans le pays.

Le Soudan occupe la 175e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.

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