Tunisie: Documentaire «Voices From Kasserine» - Désormais en libre circulation sur le Net

13 Avril 2020

Le documentaire «Voices From Kasserine» (Voix de Kasserine) brosse le portrait de groupe d'une région enclavée de Tunisie. Pendant le confinement, ses producteurs de l'Organisation International Alert, le mettent en libre accès.

En ces jours de confinement, c'est un geste engagé qui est venu d'International Alert, une organisation de droits humains basée en Tunisie et de soutien des transitions démocratiques. L'ONG, que dirige Olfa Lamloum, politiste, a décidé de mettre en libre circulation le premier documentaire qu'elle a produit en 2017 intitulé «Voices From Kasserine», co-réalisé par Olfa Lamloum et Michel Tabet. Une manière de contribuer à l'effort national contre l'épidémie du coronavirus en participant à maintenir les gens chez eux tout en leur offrant une matière culturelle pertinente à voir et à revoir. Le film, qui a été sélectionné en 2017 pour le Festival international du film documentaire de Londres a fait une tournée dans les salles des maisons de culture à l'intérieur de la République, suscitant des débats partout où il passe. Le documentaire poursuit en fait un travail d'enquêtes et de recherches sur Kasserine entamé en 2012 par International Alert.

Contrebande, chômage et précarité

En moins d'une heure, «Voices From Kasserine» réussit à diagnostiquer les maux d'une zone frontalière avec l'Algérie : contrebande, chômage, précarité, terrorisme, analphabétisme, mauvaise gouvernance de l'eau... Paysans et paysannes, enfants, jeunes vivant de la contrebande, artistes et militants de la société civile racontent leur quotidien, les jours glorieux de la Révolution et la mémoire confisquée de l'un de leurs héros, Ali Ben Ghedhahem, qui en 1864 a mené une révolte contre l'iniquité fiscale dont les paysans étaient victimes sous Sadok Bey, le roi de Tunis de l'époque. Ils évoquent leurs conditions de vie, leur sentiment de dépossession, leurs «martyrs» oubliés de 2011, leurs attentes et leurs résistances. Mais également leur désenchantement par rapport aux gouvernements successifs post -14 janvier, qui n'ont réussi à résoudre aucun de leurs problèmes.

«Le film raconte Kasserine par la voix de ses habitants, six ans après la révolution. La question de la mise en image de la parole est donc centrale. Elle privilégie la notion d'écoute comme principe de prise de vue et de réception. Installée dans la durée, la caméra filme la parole à travers des plans fixes, elle saisit les postures, les silences, les bribes de mémoires, les hésitations ... », témoignent Olfa Lamloum et Michel Tabet.

«Des voix de moins en moins audibles»

Construit autour de portraits d'individus et de paysages, le film fonctionne également comme une plateforme d'échange et de discussion autour des questions de marginalisation et de relégation. Ces questions qui ont poussé en 2016 deux organisations, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (Ftdes) et Avocats sans frontières (ASF) à présenter à l'Instance vérité et dignité (IVD) le dossier de «Kasserine, région victime». Un statut qui trouve son origine dans la loi tunisienne sur la justice transitionnelle, qui dans son article 10 étend la définition de victime à «toute région ayant subi une marginalisation ou une exclusion organisée».

«Voices From Kasserine» semble suggérer, lui, que la plus grande richesse de Kasserine réside dans toutes ces voix, «de moins en moins audibles dans l'espace public et médiatique tunisien», affirment les deux réalisateurs du film. Des voix qui, malgré un contexte difficile, continuent à espérer, à créer, à chanter et à transmettre d'une génération à l'autre des traditions de courage, de détermination et de dignité face à l'injustice et à l'exclusion.

L'initiative d'International Alert est à suivre par d'autres producteurs de films afin de jalonner nos journées de confinement de moments de plaisir et de détente.

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