Afrique: Paulo Gomes, Coprésident de l'Initiative Afro Champions – « Le Fonds Africa COVID-19 » permettra de faire des achats groupés d'équipements pour les pays africains

Déclaration de Paulo Gomes aux élections présidentielles
14 Avril 2020
interview

En prévision d'une flambée des cas de COVID-19 en Afrique, l'Union africaine à travers le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) a lancé un partenariat public-privé avec l'AfroChampions Initiative.

 Ce partenariat connu sous le nom de Fonds de réponse Africa COVID-19 vise à réunir un montant initial de 150 millions de dollars pour les besoins immédiats de prévention de la transmission et jusqu'à 400 millions de dollars pour soutenir une réponse médicale durable à la pandémie de COVID-19.

Le coprésident d'AfroChampions, M. Paulo Gomes, qui par ailleurs, est membre du Conseil d'administration du Fonds, annonce que des engagements d'environ 30 millions de dollars sont déjà enregistrés.

Dans cette interview, M. Gomes explique la philosophie du Fonds qui vise la mise en commun des ressources nécessaires à l'approvisionnement en fournitures et produits médicaux, soutenir le déploiement de réponses rapides à travers le continent ainsi que fournir un soutien socio-économique aux populations les plus vulnérables en Afrique.

Est-ce que vous pouvez revenir sur le sens de l'initiative que l'Union Africaine vient de lancer pour lutter contre le Covid-19 et le rôle que vous y jouez ?

Nous avons pour mission d'aider à structurer cette initiative commune entre l'Union Africaine et le secteur privé africain à partir d'AfroChampions. La crise sanitaire a mis en exergue le risque que les démarches et initiatives individuelles des pays africains se heurtent à une kyrielle de difficultés, notamment un déficit de coordination, liées entre autres aux lenteurs des systèmes de santé en raison de la différence des protocoles à mettre en place dans les différents États qui ne seront pas touchés à des degrés identiques par le COVID-19. D'où la nécessité de la mise en place d'un mécanisme de coordination panafricain qui tienne compte des réalités sanitaires du continent.

Il est important que dans des situations d'urgence comme celle du COVID-19 prévale une approche panafricaine qui permette de grouper des achats en vue de faire des économies d'échelle dans l'acquisition des équipements sanitaires dans un double contexte d'urgence sanitaire et de compétition mondiale pour l'acquisition du matériel nécessaires pour faire face à la pandémie notamment les kits de test, les équipements pour le personnel de santé, des tentes pour l'isolation des malades de premiers symptômes, les respirateurs, ventilateurs.

Ce Fonds permettra, à travers un partenariat public-privé de lever de l'argent afin que les pays africains bénéficient d'instruments pour faire face au COVID-19. Cette initiative a été possible grâce à l'appui du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) et à l'Union africaine.

Cette synergie aboutira à la création d'une capacité africaine de protection sanitaire continentale pour ce genre de situation. Car dans un monde globalisé interdépendant qui se matérialise par des échanges de plus en plus rapides et intégrés, il est primordial que nous puissions créer des institutions fortes en mesure de circonscrire les risques de ce genre.

Il s'agira pour ces institutions de créer d'efficaces mécanismes d'alerte et de surveillance à même d'apporter des réponses idoines dans une Afrique qui comptera plus d'un milliard d'habitants dans les prochaines années.

A ce jour, les engagements pris par plusieurs pays notamment l'Afrique du Sud, l'Égypte, le Kenya, avoisinent trente millions de dollars.

Cependant il convient de souligner que nous sommes dans une course contre la montre pour obtenir les fonds nécessaires pour que cette initiative soit couronnée de succès. C'est pourquoi, il a été donné la possibilité aux entreprises privées et aux citoyens de contribuer à travers des mécanismes mis en place par plusieurs banques africaines notamment Attijari Bank, Ecobank, Standard Bank,  en vue de recueillir des fonds qui serviront à l'acquisition d'équipement pour l'ensemble des pays africains.

Quel est le montant global que vous comptez mobiliser pour couvrir les besoins exprimés?

Il est prévu de commencer avec un montant de 150 millions de dollars. Toutefois l'objectif à atteindre est la somme de 400 millions pour pouvoir appuyer aussi les populations les plus vulnérables dans les pays africains.

La première phase vise à financer l'achat d'équipements de façon groupée en Asie, notamment, en Chine avec la collaboration de CDC Chine. Cela aura pour mérite d'éviter les spéculations sur les produits médicaux nécessaires pour faire face à l'urgence et aux besoins du moment.

Quel est le mécanisme qui sera mis en place pour l'achat et la distribution des équipements ?

La clé de répartition se fera par CDC qui est un organe de l'Union africaine. La cartographie des besoins a été élaboré et les structures en charge sont en contact avec l'organe équivalent de CDC en Chine afin de faire des achats groupés pour les pays africains.

L'Initiative Afro Champions – « Le Fonds Africa COVID-19 »dispose d'un Conseil d'administration composé de plusieurs personnalités ayant déjà donné leurs accords. Il s'agit, par exemple, de Tidiane Thiam, Youssou Ndour, moi-même et d'autres.

Les organismes régionaux comme CEDEAO, CEMAC, entre autres, se sont-ils impliqués pour apporter un soutien à cette initiative ?

Non pas encore. A ce stade c'est surtout l'Union africaine et le secteur privé panafricain. Toutefois, nous n'excluons pas l'apport d'organismes régionaux, comme la Banque Africaine de Développement qui vient d'annoncer la création d'une enveloppe de 10 milliards de dollars pour lutter contrer le COVID-19 en Afrique.

Est-ce que vous attendez des contributions en dehors d'Afrique ?

On veut se consacrer d'abord sur les pays africains. Sur ce point, il faut que l'on créé un état d'esprit, une approche qui matérialise l'engagement des pays africains sur une plateforme solidaire. C'est pour cela que tout citoyen peut contribuer via le mobil banking et des différents services mis en place par les banques.

Quelle sera la plus-value que ce fonds apportera dans sa démarche par rapport aux initiatives existantes qui essayent de mobiliser des ressources dans le continent africain ?

La spécificité de ce Fonds Africa COVID-19 réside dans sa mise en place par le secteur privé qui est à la manœuvre et sur une base solidaire afin de permettre que des achats de matériels soient groupés en faveur de tous les pays africains.

Dans les projections de ce Fonds, est-ce que vous avez prévu d'accompagner la relance de l'industrie pharmaceutique africaine?

Certains des équipements ciblés ont commencé à être fabriqués dans certains pays africains comme le Kenya et le Nigéria. Il s'agira des masques et certains matériels de protection. Malheureusement, la production locale n'est pas assez pour couvrir la demande. C'est pour cela qu'une grande partie sera achetée en Asie.

Cela étant aborder la problématique de relance ou de création d'une industrie pharmaceutique africaine, obéit à d'autres logiques complémentaires, notamment une stratégie de développement et d'investissement dans la santé. Dans le cas présent nous sommes dans le domaine de l'urgence. Toutefois, cette initiative pourrait servir de base, à une réflexion ultérieure sur la question de l'indépendance sanitaire de l'Afrique.

Sur quelle base se fera la répartition du « Fonds Africa COVID-19 »? sur la base du pays le plus touché par la pandémie ou sur celle des besoins exprimés?

Les critères ont été fixés par le CDC. L'idée est que les équipements soient disponibles dans les deux semaines à venir, au maximum. Ce Fonds est une opportunité d'asseoir une démarche solidaire panafricaine d'abord pour faire face à l'aspect sanitaire.

Cependant nous devons nous préparer rapidement à la phase économique et sociale qui nécessitera également d'énormes moyens pour relancer l'économie africaine.

Ce sera aussi une opportunité de réfléchir au modèle de développement que nous souhaitons mettre en place et qui prendra en compte une capacité de résilience et un modèle en adéquation avec les spécificités culturelles et sociales de l'Afrique.

Comment appréciez-vous l'idée émise par les Ministres Africains des Finances qui sollicitent l'allègement ou l'effacement de la dette pour adoucir l'impact COVID-19 sur les Économies africaines ?

En matière économique, dire qu'une décision est bonne ou mauvaise ne suffit pas, car pour la juger il convient d'analyser l'ensemble des mesures d'accompagnement mises en place concourant à l'atteinte de l'objectif.

En l'occurrence, je pense que l'allègement ou l'effacement de la dette n'est pas suffisante. C'est une solution parmi d'autres. Beaucoup de pays ont du mal à faire face à la dette notamment en raison de la modicité de leur épargne intérieure et de la faiblesse ou l'inadéquation de leur assiette fiscale. A mon sens, il faudra une injection importante de capitaux en vue de créer les bases d'une croissance économique forte et inclusive. Sur cet aspect encore la question de la coordination des politiques publiques se pose avec acuité.

C'est en raison de toutes ces problématiques que notre initiative est importante et que nous poussons pour que la relance de la croissance, pour produire les effets escomptés, doit être coordonnée.

Pour ce faire, il convient d'assurer des préalables, notamment une qualité de la chaine des valeurs, une efficacité des institutions au niveau des pays, l'identification des grappes de projets avec un impact structurant que nous allons prioriser pour la relance de la croissance économique. Naturellement tout ceci ne saurait se faire avec le même état d'esprit d'avant le COVID-19.

Le COVID-19 a plongé beaucoup de pays développés dans une récession économique. A cet égard, de nombreux leaders africains ont plaidé pour un Nouvel Ordre Mondial. Quelle devra être la place de l'Afrique dans cette future redistribution des rôles ?

Dans l'ordre mondial qui a précédé COVID-19, l'Afrique était demandeur net. Je pense qu'elle devra être partie prenante dans celui post COVID-19 dans le sens que c'est une relance qui prendra en compte des biens communs, notamment l'environnement d'une façon différente.

La relance prendra en compte les rapports entre les humains et le besoin dont l'importance est de répartir les richesses de manière équilibrée. Pour l'instant, nous avons encore cette crise. Il y a des approches de solidarité et de culture qui nous sont spécifiques. On verra d'ici la fin de la crise.

Toutefois, la question du système éducatif, l'importance du système de santé, l'industrialisation et l'aménagement du territoire prendront une place essentielle dans les politiques publiques en Afrique.

Par ailleurs, il apparaît que le modèle de croissance économique mondiale post-crise diffère de l'actuel. Pour atteindre une croissance économique forte et inclusive, il faudra faire preuve d'imagination, voir de réinvention des paradigmes économiques et de leurs instruments.

Cette crise démontre le besoin d'une coordination au niveau mondiale, en faisant participer davantage le continent aux échanges du commerce international, dans un esprit de solidarité car il est impossible pour un pays, quel que soit sa puissance, de pouvoir faire face seul à des épidémies de cette ampleure, dans une économie interdépendante.

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