Burkina Faso: Salons de coiffure en temps de COVID-19 - Les Burkinabè n'ont pas la tête aux cheveux

Habituellement, les salons de coiffure sont bondés de monde les week-ends et les veilles de fêtes. Ce 11 avril, veille de la fête Pascale, le constat est tout autre. La raison, la pandémie du Covid-19 qui tue par millier dans le monde entier et qui depuis le 9 mars 2020 sévit au Burkina.

Nous avons fait un tour dans quelques salons de coiffure de la capitale. Constat : zéro client par endroit, un à deux par-ci, par-là.

Certains coiffeurs ont même choisi de fermer carrément boutique jugeant difficile de respecter les consignes du ministère de la Santé au nombre desquelles le port du masque et la distanciation d'un mètre. Lisez !

Il est 15h passées lorsque nous mettons le pied au salon de coiffure de «Kader le choco» face à la gendarmerie de Boulmiougou.

Tout est en ordre, un dispositif de lavage des mains est installé sur la terrasse. Un silence inhabituel y règne. Le divan de 5 places servant d'espace d'attente est occupé par une seule personne. Les sièges des clientes, une quinzaine environ, cherchent occupants.

Le maître des lieux, Kader Kiemdé, un jeune homme de taille moyenne avec des dreadlock sur la tête savoure lentement un plat de haricot vert sauté à la pomme de terre.

C'est à croire que le coronavirus n'a aucune incidence sur son pouvoir d'achat. Et pourtant si, nous dira celui qui a toujours rêvé, depuis son enfance, de rendre les femmes belles :

«Un samedi, moi Kader le choco, il est difficile de venir me trouver en train de manger à cette heure car habituellement les week-ends, j'ai au moins trois mariées à habiller et ce sont mes employés, une dizaine environ, qui s'occupent des autres clientes».

A l'en croire, les jours ordinaires, il pouvait recevoir une dizaine, voire une quinzaine de clientes et les week-ends autour de la vingtaine. Mais actuellement tout est au ralenti ; pire rien ne va au point que «le choco» se demande si cette maladie n'est pas une malédiction.

«Avec cette situation, il y a des jours où nous n'avons même pas la moindre clientèle. Ce qui fait que confectionner des perruques est ma seule alternative», nous confie-t-il, la mine déconfite. Cependant, pour diminuer ses charges, «Kader le choco» compte faire un système de rotation avec la dizaine d'apprenants qui travaillent avec lui.

Même si la clientèle se fait rare en ces temps où le virus à couronne fait ravage, «le choco» se dit respectueux des mesures d'hygiène édictées par le ministère de la Santé. Toutefois, il a ajouté qu'il est impossible de respecter la distanciation d'un mètre car il faut le contact entre le coiffeur et la cliente.

La disette de clients que vit Kader Kiemdé est la même chez «Djam's coiffure», situé à côté du marché de Pissy. Là-bas, un seau, une bouilloire et du savon attendent désespérément des clients.

«Depuis que le Covid-19 est apparu au Burkina avec chaque jour son lot de victimes, nous peinons à joindre les deux bouts.

En réalité, les gens se méfient par conséquent, pas de marché bien que nous respectons les mesures d'hygiènes», a relevé Abdoulaye Gandema, coiffeur depuis 2007 et propriétaire de ce salon de coiffure pour hommes.

S'il pouvait avoir une vingtaine de personnes au quotidien, autrefois, c'est à présent la période des vaches maigres pour lui. Néanmoins, il dit se consoler, dans le meilleur des cas, avec la moitié du nombre habituel de clients par jour. Au pire des cas, il se retrouve avec trois ou quatre fois moins de clients.

Interrogé sur le respect des consignes sanitaires, Abdoulaye a déclaré : «Je dispose d'eau et du savon pour le lavage des mains, et de différents désinfectants tels l'alcool et l'eau de javel pour le matériel de travail.

Mais tout comme son prédécesseur, «c'est impossible de respecter la distanciation d'un mètre, même si on essaie de maintenir une certaine distance avec le client tout en sachant que le contact est inévitable».

A quelques 300 m de là, «Antou coiffure». Le local est fermé en cette veille de fête où à l'accoutumée les salons de coiffure refusent du monde. Etrange! Nous décidons ainsi d'appeler le numéro mentionné sur la pancarte et nous nous faisons passer pour une cliente qui aimerait se faire belle pour l'occasion. Grand fut notre étonnement quand la dame au bout du fil nous confie ceci :

«Depuis trois semaines j'ai fermé le salon à cause de coronavirus». Nous révélons alors notre identité et demandons à la rencontrer. Le rendez-vous est fixé pour 17 heures. Dame Antoinette Nana, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, a estimé qu'elle ne pouvait pas respecter les consignes du ministère de la Santé, raison pour laquelle elle a fermé boutique :

«Je ne peux pas exiger d'une cliente le port du masque durant des heures (trois, quatre, voire six heures). Cela dépend du modèle», nous explique-t-elle avant d'ajouter qu'il est impossible de coiffer à une distance d'un mètre.

C'est donc au regard de cette réalité qu'«Antou» a décidé de fermer son salon de coiffure puisque pour elle, «la santé passe avant tout». Et cela, même si elle reconnaît que les temps sont vraiment durs.

Quant aux clientes qui se font rares, l'argument de la peur est avancé. «Le plus souvent, je me coiffe tous les mois. Mais avec la maladie, j'ai tout simplement arrêté de le faire», a souligné Salimatou Kiendrébéogo, caissière-réceptionniste dans une entreprise, cliente de «Kader le choco».

Cette même crainte anime Claudine Sawadogo, une étudiante qui avait pour habitude de se tresser au moins une fois dans le mois. Cependant, elle a décidé de changer cette habitude : «Tant que la maladie existera au Burkina, je me contenterai de porter des perruques car j'ai vraiment peur».

Changement de cap. Nous nous retrouvonscette fois-ci au quartier Kamsonghin, à quelques encablures de l'ASECNA à «Elsa coiffure» de Awa Coulibaly. Premier constat, un dispositif de lavage des mains à l'entrée du salon. Indication est faite sur l'obligation du port de masque.

Les mesures d'hygiène sont donc belles et bien respectées. Interrogée sur son quotidien en ces temps de coronavirus, la patronne des lieux affirme sans détour : «Il n'y a plus de clientes», tout en ajoutant ne pas savoir à quel saint se vouer.

«Ma situation... , dira-t-elle, est telle que j'ai payé le loyer du local qui me sert de salon de coiffure du mois de mars en deux tranches». «Comment ferai-je donc pour le mois d'avril si les choses perdurent ainsi ?» S'est-elle interrogé sur un ton de lamentation.

Cette question, Mme Coulibaly dit se la poser à longueur de journée, depuis que son bailleur a refusé de réduire les frais du loyer car ne voyant aucun rapport entre son dû et cette pandémie.

C'est pourquoi, elle estime que le domaine de la coiffure a été oublié dans les mesures prises par le président du Faso pour soulager les acteurs d'un certain nombre de secteurs d'activités de façon particulière et la population de manière générale.

Pourtant à son sens, coiffeurs et coiffeuses font partie des commerçants du pays. Et face aux difficultés du moment, elle s'est séparée de la majeure partie de ses employés en ne gardant qu'un seul pour l'instant, car elle n'arrive pas à joindre les deux bouts.

Son seul espoir était la fête de Pâques qui «n'a changé en rien les choses», dira-t-elle. «Je ne peux rien y faire si ce n'est de prier Dieu afin qu'il y ait un remède contre ce mal qui a mis le monde à genoux», a-t-elle conclu.

Sa prière semble avoir fait effet ; non pas qu'un remède ait été trouvé contre le Covid-19 mais parce qu'une cliente est venue juste avant notre départ pour se faire belle. Du nom de Fatoumata Diakité, elle nous a confié que venir dans un salon en ce temps de coronavirus peut être risqué.

C'est pourquoi à son avis, « il faut se rendre dans un salon où il y a les mesures d'hygiène édictées par le ministère de la Santé». Visiblement c'est le dispositif d'hygiène bien visible à l'entrée du salon d'Awa Coulibaly, qui a attiré cette cliente qui fréquente le lieu pour la première fois.

A la Zone 1, chez «Parfait design», la réalité est toute autre. A l'entrée du salon, on pouvait lire ceci : «Fermer jusqu'à nouvel ordre». Joint au téléphone, le responsable du salon en la personne de Parfait Nikièma, également surnommé «le chouchou des dames», ne tardera pas à nous rejoindre.

Il estime qu'il a jugé bon de fermer ses deux salons depuis que les autorités ont interdit les regroupements de 50 personnes dans le cadre de la lutte contre la propagation de la maladie.

«Mes clients atteignent 30 à 40 par jour en plus des mariées les week-ends. J'attends de voir comment la situation va évoluer pour ouvrir à nouveau», a-t-il dit.

Si la situation perdure, «le chouchou des dames» compte reprendre ses activités mais en exigeant le port du masque, le lavage des mains, ainsi que des cheveux à ses clientes. En outre, il préconise de limiter le nombre de visiteurs par jour afin d'éviter tout risque de contamination au Covid-19.

Même si le salon est fermé, Parfait Nikiéma s'occupe tout de même ; il s'adonne à la confection de perruques qui sont maintenant prisées par les clientes. Une fois confectionnées, ces perruques sont livrées aux destinataires chez elles. Chose qui lui permet de vendre 3 à 4 perruques par jour.

Cette situation d'épidémie n'est guère reluisante pour personne mais le responsable de «Parfait design» a rappelé que «c'est parce qu'on a la santé qu'on se coiffe». D'où la nécessité, selon lui, que chacun respecte les mesures de protection.

Covid-19 n'a épargné personne dans le monde de l'art capillaire. Marie Idanie, une jeune dame qui offrait ses services à domicile par des annonces sur les réseaux sociaux crie actuellement sa galère :

«Je pouvais avoir 5 clientes par jour mais actuellement personne ne m'appelle encore. Même quand je recontacte les plus fidèles, elles disent qu'avec le coronavirus elles ne se coiffent plus. Ça ne va vraiment plus chez moi», nous a-t-elle confié.

En conclusion, un constat s'impose : tous les coiffeurs que nous avons rencontré espèrent voir cette page noire de l'histoire mondiale se refermer le plus rapidement possible et sont unanimes sur le fait que pas de santé, pas de coiffure.

Plus de: L'Observateur Paalga

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