Afrique: Même avant le COVID-19, plus de la moitié des Africains ont vécu le manque de soins de santé (Afrobarometer)

communiqué de presse

Accra, Ghana — Plus de la moitié des Africains connaissent le manque de soins médicaux au moins une fois au cours d'une année donnée, selon une nouvelle analyse des données d'enquêtes d'Afrobarometer. Sur l'ensemble du continent, les citoyens considèrent la santé comme la deuxième plus grande priorité nationale à laquelle ils souhaiteraient que leurs gouvernements s'adressent.

Avant même le risque de voir la demande de soins exploser en raison du COVID-19, un Africain sur cinq environ, dont près des deux tiers des citoyens les plus pauvres, étaient fréquemment confrontés au manque des services de soins de santé nécessaires.

Publiés en prélude à la Journée Mondiale de la Santé (7 avril), ces résultats d'enquêtes nationales réalisées dans 34 pays africains offrent un aperçu d'avant COVID-19 des expériences des Africains et de leurs évaluations des systèmes de santé publique souscrivant à l'Objectif de Développement Durable (ODD) No. 3 des Nations Unies, à savoir « santé et bien-être » pour tous.

Si les expériences varient considérablement d'un pays à l'autre, près de la moitié des personnes qui ont été en contact avec un organisme publique de santé au cours de l'année écoulée ont affirmé qu'il était difficile d'obtenir des soins. Quatre personnes sur 10 déclaraient avoir dû attendre longtemps ou n'avoir jamais obtenu de service, et une personne sur huit environ affirmaient avoir dû verser des pots-de-vin pour obtenir les soins dont ils avaient besoin.

Seule une minorité d'entre eux ont affirmé que la situation des soins médicaux dans leur pays s'était améliorée. Et les gouvernements recevaient des évaluations de performance très mitigées en ce qui concerne la santé, surtout de la part des citoyens qui ont manqué de soins médicaux, rencontré des difficultés à obtenir des soins, ou dû verser des pots-de-vin.

Résultats clés

- En moyenne à travers 34 pays, plus de la moitié (53%) des Africains ont affirmé avoir manqué de médicaments ou de soins de santé au moins une fois durant les 12 mois précédant l'enquête, dont un sur cinq environ (18%) qui ont connu ce manque « plusieurs fois » ou « toujours ». Cette forme de dénuement était rare à Maurice, mais plus d'un tiers des citoyens ont manqué plusieurs fois/toujours des soins nécessaires au Gabon (37%), au Togo (35%), au Niger (34%), et en Guinée (34%).

- Le manque fréquent de soins médicaux était environ deux fois plus fréquent chez les habitants des zones rurales (22%) que chez les citadins (12%), et chez les personnes sans activité rémunérée (20%) que chez celles ayant un emploi à temps plein (11%). Les répondants moins instruits et ceux plus âgés étaient également plus susceptibles d'être fréquemment confrontés à ce problème que leurs concitoyens plus instruits et ceux plus jeunes.

- Le défaut d'accès aux soins de santé est un indicateur clé de la pauvreté, et cette forme de dénuement est fortement corrélée avec les autres formes de dénuement, notamment le manque de nourriture, d'eau potable, de combustible pour la cuisine, et de revenus en espèces, qui composent l'Indice de Pauvreté Vécue d'Afrobarometer.

- En moyenne, sur les 31 pays couverts par les trois plus récents rounds d'enquête, la proportion de répondants déclarant avoir manqué « plusieurs fois » ou « toujours » de soins médicaux n'a baissé que de 3 points de pourcentage. Elle a même enregistré une hausse au Bénin (9 points de pourcentage), en eSwatini (7 points), et à Madagascar (4 points). Des améliorations significatives (plus de 3 points de pourcentage) ont toutefois été enregistrées au Burkina Faso (où la proportion de répondants souffrant fréquemment du manque de soins a régressé de 12 points), en Zambie (-11 points), au Sénégal (-10 points), et dans neuf autres pays.

- La santé vient en deuxième position, après le chômage, des problèmes nationaux les plus importants auxquels les Africains souhaiteraient que leurs gouvernements s'attaquent. La moitié environ des Burkinabè (50%), Tanzaniens (49%), et Gabonais (48%) ont mentionné la santé parmi leurs trois problèmes les plus importants, contre seulement un Tunisien (10%), Nigérian (10%), et Basotho (11%) sur 10. Lorsque l'on fait un rapprochement des « problèmes les plus importants » aux yeux des citoyens avec les Objectifs de Développement Durable, il s'avère que c'est l'ODD3 (« bonne santé et bien-être ») que est l'objectif le plus prioritaire des citoyens du Burkina Faso, de la Tanzanie, et de l'Ouganda; la deuxième priorité en Côte d'Ivoire, au Maroc, et au Togo; et la troisième dans huit autres pays.

- Les citoyens pauvres, et les pays pauvres, étaient plus susceptibles que leurs pairs plus aisés de privilégier l'action gouvernementale en matière de soins de santé.

- Les Africains avaient des avis partagés quant à la question de savoir si leur pays avait fait des progrès dans la fourniture des soins médicaux. Moins de quatre personnes sur 10 (38%) ont affirmé que leur capacité à obtenir des soins est « meilleure » ou « bien meilleure » qu'elle ne l'était « il y a quelques années », tandis qu'une majorité déclaraient soit que les choses sont pareilles (31%) ou même qu'elles ont empiré (30%). Les plus grandes améliorations sont rapportées par les répondants au Botswana (64%), au Kenya (60%), et au Burkina Faso (60%). Mais la moitié environ des citoyens ont affirmé que la situation s'était détériorée au Malawi (51%), au Gabon (50%), et au Niger (49%).

- Plus de la moitié (57%) des Africains disposent d'une clinique à distance de marche. La présence de cliniques varie d'un pays à l'autre, de moins de quatre sur 10 en Gambie (31%), au Lesotho (34%), et en Namibie (36%) à trois quarts ou plus à Maurice (88%) et au Soudan (75%).

- Les habitants des zones rurales sont moins susceptibles que les citadins d'avoir une clinique à distance de marche (50% contre 67%). Si l'Afrique du Sud, le Gabon, et la Gambie ne présentent pas de disparités significatives entre les zones urbaines et rurales pour ce qui est de la proximité des cliniques (quoique les niveaux d'accès soient assez faibles), l'écart dépasse 40 points de pourcentage au Burkina Faso (50 points), au Liberia (48 points), au Togo (42 points), et au Maroc (42 points), ainsi qu'en Namibie (41 points), où 14% seulement des résidents ruraux vivent à proximité d'une clinique.

- En moyenne, six Africains sur 10 ont été en contact avec une clinique ou un hôpital public au cours des 12 mois précédant l'enquête, ce chiffre variant de 40% au Nigeria et en Tunisie à 80% au Niger et 81% au Malawi.

- Près de la moitié (45%) des répondants qui ont eu un contact avec un organisme public de santé au cours des 12 mois précédents ont affirmé qu'il leur était « difficile » ou « très difficile » d'obtenir les soins médicaux dont ils avaient besoin. Les Marocains étaient particulièrement susceptibles de faire état de difficultés à obtenir des soins (80%), tandis que moins de trois répondants sur 10 ont éprouvé des difficultés à Maurice (22%), en eSwatini (27%), au Mali (27%), et au Lesotho (28%).

- La majorité des demandeurs de soins au cours de l'année précédente (58%) ont déclaré avoir reçu les services dont ils avaient besoin « immédiatement » ou « après un délai court », tandis que quatre sur 10 environ ont déclaré avoir dû attendre « longtemps » (38%) ou n'avoir jamais obtenu ces services (4%). Les temps d'attente courts étaient particulièrement fréquents au Mali (81%), au Bénin (75%), et à Madagascar (75%), tandis que le Maroc se distinguait une fois de plus par la longueur de l'attente (55%) ou la non-prestation des soins (16%).

- Environ une personne sur huit (13%) qui ont demandé des soins de santé au cours de l'année précédente ont déclaré avoir dû verser des pots-de-vin, faire un cadeau, ou rendre un service afin d'obtenir les soins dont elles avaient besoin. Une bonne moitié (50%) des patients ont déclaré avoir versé des pots-de-vin en Sierra Leone, tandis que 43% en ont fait de même au Liberia. La corruption en vue d'obtenir des soins médicaux était la moins fréquente au Botswana (1%), à Maurice (2%), et en eSwatini (3%).

- Moins de la moitié (43%) des Africains pensent qu'il est probable que les dirigeants prennent des mesures si les citoyens dénoncent des actes de corruption de la part du personnel des cliniques, ainsi que des écoles, de la police, ou des fonctionnaires. Alors que sept répondants au Lesotho sur 10 (70%) estiment qu'il est probable que les autorités réagissent, seul un Namibien sur cinq (21%) étaient aussi confiants.

- Le Botswana et Maurice sont les seuls pays qui se classent dans le tiers le plus performant sur tous les six indicateurs des expériences négatives des citoyens à l'égard des soins de santé: manque de soins nécessaires (au moins une fois et plusieurs fois/toujours), absence d'une clinique à proximité, difficultés à obtenir des soins, longue attente ou non-obtention de soins, et obligation de verser des pots-de-vin en vue d'obtenir des soins.

- São Tomé et Príncipe se classe parmi les meilleurs sur tous les indicateurs à l'exception de la proximité des cliniques, et le Mali affiche une bonne performance sur quatre indicateurs, bien que n'enregistrant que des scores moyens par rapport à la fréquence du manque de soins de santé et au versement de pots-de-vin. Le Bénin, le Burkina Faso, la Namibie, le Nigeria, et l'Afrique du Sud enregistrent des bonnes performances sur trois des six indicateurs.

- En revanche, le Liberia et l'Ouganda figurent parmi les pays les moins performants sur cinq des six indicateurs, se classant au-dessus du dernier tiers sur la proximité des cliniques uniquement. Madagascar et le Malawi se situent dans le tiers inférieur dans quatre domaines.

- Dans l'ensemble, les gouvernements ont recueilli des scores mitigés pour leurs performances en matière d'amélioration des services de santé de base. En moyenne, la moitié (51%) des Africains ont déclaré que leurs gouvernements affichaient une performance « plutôt bonne » ou « très bonne », mais ils étaient presque aussi nombreux (46%) à juger ces performances de plutôt/très mauvaises. Les citoyens de certains pays ont massivement approuvé les performances de leur gouvernement, notamment l'eSwatini (83%), le Botswana (72%), le Kenya (68%), le Burkina Faso (67%), et la Namibie (67%). Mais moins d'un tiers des répondants étaient de cet avis au Maroc (18%), au Soudan (27%), au Gabon (28%), et en Tunisie (32%).

- À travers 31 pays régulièrement enquêtés depuis 2011/2013, les évaluations positives des performances gouvernementales en matière de santé ont diminué de 5 points de pourcentage. Les évaluations se sont améliorées de manière significative (par plus de 3 points de pourcentage) dans neuf pays, la Tanzanie et le Lesotho en tête (plus 16 points dans les deux cas). Mais 16 pays affichent des régressions importantes, notamment le Zimbabwe (-26 points), le Malawi (-24 points), et Maurice (-21 points).

- Les Africains qui ont manqué de soins médicaux, eu des difficultés à obtenir des soins, ou dû verser des pots-de-vin étaient moins susceptibles de faire des évaluations positives des actions gouvernementales en matière de soins de santé. Moins de la moitié (45%) des répondants qui ont manqué de soins au moins une fois ont affirmé que le gouvernement affichait une bonne performance, contre 59% des répondants qui n'ont pas manqué de soins. L'écart est encore plus important (38% contre 65%) entre les patients qui ont éprouvé des difficultés à obtenir les soins et ceux qui n'en ont pas eu. Et 39% seulement de ceux qui ont dû verser des pots-de-vin ont évalué positivement leur gouvernement, contre 55% de ceux qui n'ont pas versé de pots-de-vin.

Afrobarometer

Afrobarometer est un réseau panafricain et non-partisan de recherche par sondage qui produit des données fiables sur les expériences et appréciations des Africains relatives à la démocratie, à la gouvernance, et à la qualité de vie. Après six rounds d'enquêtes étendus à 38 pays entre 1999 et 2015, les enquêtes au titre du Round 7 ont couvert 45.823 entretiens réalisés dans 34 pays entre septembre 2016 et septembre 2018.

Afrobarometer réalise des entretiens face-à-face dans la langue du répondant avec des échantillons représentatifs à l'échelle nationale qui produisent des résultats nationaux avec des marges d'erreur de +/-2 à +/-3 points de pourcentage à un niveau de confiance de 95%.

Les lecteurs intéressés peuvent suivre les publications, y compris la séries Pan-Africa Profiles d'analyses transnationales, à #VoicesAfrica et www.afrobarometer.org.

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