Burkina Faso: Un front uni contre le COVID-19 s'impose

billet

Les médecins s'entredéchirent. Epidémiologistes et cliniciens se regardent en chiens de faïence. Les ministres se livrent à des querelles de leadership. Les politiciens accusent à tout va. Les citoyens persistent dans l'incivisme et la défiance de l'Etat. Les commerçants véreux augmentent le prix des produits de première nécessité. Léthargie, cacophonie et tâtonnement s'invitent parfois au gouvernement. La liste peut être allongée à souhait. Tous les éléments du puzzle sont réunis pour rendre la gestion du covid-19 peu efficace au Burkina Faso. La preuve c'est que les cas augmentent de jour en jour et que le pays enregistre, avec 28 morts à la date du 13 avril, le plus fort taux de décès en Afrique de l'Ouest.

Il est vrai qu'aucun pays ne dispose de la solution miracle face au covid-19. Mais si d'autres pays arrivent à contenir la propagation et les effets de la maladie, c'est que le Burkina Faso peut aussi parfaitement y arriver. Le pays court vers des lendemains incertains si le tir n'est pas rectifié à temps. Il faut donc dès à présent mettre fin à toutes les tergiversations.

Il n'est pas encore tard pour mettre en place un véritable front uni contre le covid-19. Majorité, opposition, OSC, coutumiers et religieux, FDS, syndicats, toutes les forces vives significatives du pays doivent être impliquées dans la riposte au covid-19. Cette crise ne saurait faire l'objet de marchandages politiques. Pour éviter l'hécatombe, les burkinabè doivent nécessairement s'unir. Ceux qui sont à un niveau de responsabilité (gouvernement, organe de coordination) doivent redoubler d'ardeur et de rigueur pour mettre fin à toutes les incohérences constatées ça et là et redonner ainsi confiance aux Burkinabè.

Surmonter nos égos surdimensionnés

Au Burkina Faso, nous souffrons beaucoup plus de nos désaccords, de nos égos surdimensionnés que du manque de ressources et de compétences. La crise du coronavirus doit conduire à un changement de paradigme. Les bonnes pratiques qui sont actuellement en vigueur (lavage des mains, désinfection des espaces, promotion de l'hygiène et de l'assainissement) doivent demeurer après le covid-19. De nombreuses maladies sont simplement dues au manque d'hygiène. Les campagnes de communication et de sensibilisation ne doivent pas se limiter seulement à la période du covoid-19.

Il faut aller bien au delà pour un changement radical de comportement. Si la pratique du lavage des mains se généralise par exemple après le Covid-19, de nombreuses vies seront sauvées. Sur le plan économique, le covid-19 est une opportunité pour appuyer les entreprises burkinabè spécialisée dans la fabrication du gel hydroalcoolique ou des masques. Pour les masques, le pays a suffisamment de coton qui ne demande qu'à être valorisé. Pourquoi continuer à importer à prix d'or ce que nos artisans et industriels savent si bien produire ici même?

Sur le plan sanitaire, le coronavirus vient nous rappeler la nécessité de consommer bio. Les femmes ont besoin d'être appuyées et mieux organisées pour la production, la transformation et la commercialisation des produits frais, des fruits et légumes. Ces produits sont très importants pour renforcer le système immunitaire. Ils valent leur pesant d'or dans un contexte où certains se plaignent de la prise en charge alimentaire des malades de Tengadogo.

Parlant justement de prise en charge, le confinement général de la population étant difficile à envisager, de nombreux espaces comme le SIAO, les stades ou d'autres endroits peuvent être spécialement réquisitionnés et aménagés conséquemment pour l'accueil et le traitement des malades du Covid-19. Il ne faut pas attendre que les hôpitaux soient débordés avant de commencer à réfléchir aux alternatives.

Les solutions doivent être imaginées et expérimentées dès maintenant. L'un dans l'autre, le Burkina Faso dispose de tout ce qu'il faut pour gérer de la manière la plus efficace possible cette épidémie de coronavirus. Les décisions idoines doivent être prises dans les meilleurs délais pour atténuer le bilan macabre. Dans cette lutte, chaque burkinabè doit jouer pleinement sa partition. Nous serons tous comptables de ce qui adviendra aujourd'hui et demain. A quand le sursaut salvateur général ?

Enseignant chercheur

Ouagadougou

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Fasozine

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.