Congo-Kinshasa: Léopards - Mulumbu critique les choix « bizarres » de l'ancien sélectionneur Ibenge

En confinement en France à cause de la pandémie du Covid-19, l'ancien capitaine des Léopards de la République démocratique du Congo, Youssouf Mulumbu fait des révélations lors d'un échange public sur instagram avec l'ancien international U23 du Congo Brazzaville, Yannick Gabriel Loemba.

Le joueur formé au Paris Saint Germain décrie clairement le manque de professionnalisme à des moments précis de l'ancien sélectionneur Florent Ibenge. Et cela a coûté la qualification des Léopards à la Coupe du monde Russie 2018. Youssouf Mulumbu évoque d'abord le cas des binationaux, lui-même un ancien binational qui avait fait un choix du cœur en optant pour la République démocratique du Congo. Il affirme qu'il entrait de sa propre initiative en contact avec les binationaux à travers les réseaux sociaux afin de les emmener à choisir les Léopards de la RDC. « Je voulais remettre mon pays sur la carte du football... on a un talent énorme ; avec mon agent, on répertoriait les Congolais, la RDC est le pays le plus représenté au monde dans les centre de formation, même au Brésil, dans l'équipe de Santos, il y a un Congolais... Je me suis dis mais comment ça se fait avec autant de talents, on n'a pas une équipe ? », fait-il remarquer.

Manque de professionnalisme ...

Sans mâcher des mots, l'ancien milieu de terrain récupérateur international de West Bromwich Albion et Norwich en Angleterre ainsi que Kilmarnock et Celtic Glasgow en Ecosse, déclare avec regret : « Je n'ai pas eu le respect que j'aurais dû avoir, on m'a boycotté en tant que joueur, mais je n'ai jamais voulu en faire qu'à ma tête, parce que je me suis dit que c'est mon pays d'abord. Je n'ai jamais critiqué ou parlé en mal d'un joueur ou d'un coach, j'ai toujours dit la vérité. Mais le souci qu'on a eu, à des moments vraiment précis, c'est le manque de professionnalisme... ».

Et il illustre ses propos, en rappelant le match crucial entre les Léopards et les Aigles de Carthage de la Tunisie le 5 septembre 2017 à Kinshasa. La RDC devrait s'imposer pour renforcer ses chances de qualification pour la Coupe du monde. Alors que les joueurs du sélectionneur Florent Ibenge menaient par deux buts à zéro à une dizaine de minutes de la fin du temps réglementaire, ils ont été rejoints au score et ont concédé un nul très décevant de deux buts partout, laissant la première place qualificative pour la Coupe du monde Russie 2018 aux Tunisiens. « Contre la Tunisie, on doit se qualifier, on change Chancel Mbemba parce qu'il est blessé, on fait entrer un milieu relayeur (Rémi Mulumba) ! manque de professionnalisme. Tout le monde le voit, mais on la ferme », se souvient-il avec amertume. Et le deuxième exemple : « A la Coupe d'Afrique des nations en 2015, contre la Côte d'Ivoire (demi-finale), il y a eu manque de professionnalisme... Et ici, la Côte d'Ivoire n'est pas au-dessus de nous, mais plus expérimentée que nous... ».

Les choix « bizarres » d'Ibenge...

Et Youssouf Mulumbu de souligner : « Et à chaque fois qu'on passe à côté de grands événements, ça fait tellement mal, et on se demande qu'est-ce qui nous manque ? J'ai eu la discussion avec le coach Ibenge et je lui ai dit : 'Tu nous a fait beaucoup de mal, parce qu'à un moment, on avait tous les joueurs qui venaient et tu as commencé à faire tes choix bizarres, parce que tu es resté trop longtemps au bled, parce que tu commences à nous mettre Bakambu sur le banc... ». L'ancien capitaine des Léopards note cependant : « à l'époque, Florent Ibenge a été l'homme de la situation jusqu'à ce qu'il ne puisse plus franchir le palier. Après la CAN 2013, il arrive et il est très fort. Mais à force de reste au bled, d'être dans ce truc-là, ses choix changeaient et n'étaient pas normaux ». Et il ajoute : « Je l'ai appelé avant que je revienne en sélection (il avait été écarté de la sélection pendant un moment). Et mon premier match, c'était contre le Congo Brazzaville, on a eu une discussion franche. Je lui ai dit : "Je suis trop déçu de toi, dis-moi pourquoi tu ne me prenais pas". Il m'a dit : "c'est extra-sportif". Je lui ai dit : "Si je reviens en sélection, c'est par rapport aux joueurs qui sont là, avec lesquels j'ai une bonne relation, en plus, il y a Mputu Trésor qui revenait, mais par rapport à toi coach, je suis très déçu" ». Mulumbu a été à un moment mis à l'écart de la sélection, avant de faire son come-back.

Pour lui, l'ambiance au sein de la sélection s'est détériorée à cause de la politique, du business : « Mais tout ça, je le voyais. Parce que quand de fois j'allais en sélection, j'étais sur le banc, il y avait Bakambu, Mpoku, Kebano sur le banc. Et si tous ces joueurs sont sur le banc, mais qui joue, sans manquer de respect aux autres ? J'avais compris que ses choix avaient pris, "un peu de poison dedans", il y avait de la politique. On nous imposait des choix, parce que le football, c'est le sport certes, mais c'est aussi du business, chacun veut sa part du gâteau, c'est la malheureusement comme ça. La politique, quand elle rentre dans le foot, c'est souvent dévastateur pour le sport, mais, il faut faire avec. Mais il y a eu des choix où tu te demandais : 'comment celui-là ne joue pas ? ou par exemple pourquoi aujourd'hui Mbokani n'est pas en sélection ? ou Mbokani et Bakambu en pointe ? C'est grave ! ».

Kabananga préféré à Kagé... le cas Ndongala...

Il a également parlé du remplacement d'Hervé Kagé par Junior Kabananga, opéré par le sélectionneur Florent Ibenge pourtant après la confection de sa dernière liste des vingt-trois retenus pour la CAN 2015. « Je suis allé voir le coach pour lui dire qu'il a enlevé Zola Distel, et ensuite pourquoi Hervé Kagé qui a été l'un des meilleurs au stage de préparation à Mbakomo au Cameroun. Il m'a dit, et c'est vrai par contre, que Kabananga a été très fort au niveau du club, mais je lui ai dit qu'il avait déjà fait sa sélection. Mais dans cette situation-là, on est plus focalisé sur la compétition. Dans de grosses équipes, il y a toujours deux ou trois joueurs qui sont proches du coach, mais il faut que le coach aussi veille écouter ».

Et au sujet de la non sélection de Dieumerci Ndongala qui a fait une grosse saison avec Genk en Belgique, jusqu'à jouer l'Europa League, Youssouf Mulumbu pense que c'était de la « malchance ». « Il vient en sélection, il est bon et il doit jouer, mais il se fait mal. Mais j'ai noté un truc en sélection : tant que tu n'as pas joué et tu n'as pas prouvé, c'est dur qu'on te juge sur ce que tu fais dans ton propre club. Ils attendent que tu sois un (titulaire) indéboulonnable. Tu dois d'abord prouver en sélection, réussir ton premier match. Aujourd'hui par exemple, Bakambu ou Tisserand ont prouvé à un moment qu'ils étaient des membres importants de l'équipe. Le fonctionnement des équipes nationales africaines est très différent des sélections nationales européennes. Si mentalement, ou « spirituellement », on n'est pas prêt, on se fait bouffer" (rires).

Youssouf Mulumbu rappelle aussi les débuts assez poussifs de Yannick Bolasie en sélection, ainsi qu'une une altercation entre lui et le joueur de Crystal Palace à l'époque lors d'une séance d'entrainement, mais qui s'est très bien terminée, soulignant enfin sa participation dans l'ascension de Bolasie en sélection. « En tant que capitaine, je savais parler avec chaque joueur, même les locaux, parce que je pouvais parler anglais, lingala et français, et j'ai eu la chance d'être avec plusieurs générations, j'étais avec Lualua, avec Marcel Mbayo, (Quel joueur !), avec Shabani Nonda, et cela m'a permis de bien naviguer avec les jeunes qui arrivaient », laisse entendre Youssouf Mulumbu actuellement sans club, et qui s'entraînait avec Birmingham club de Championship anglaise avant la suspension des championnats en Europe à cause de la pandémie du Covid-19.

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