Burkina Faso: Mesures d'allègement contre le COVID-19 - Les Burkinabè entre espoirs et craintes

Le Covid-19 a pratiquement réussi le tour de force de faire oublier les autres virus qui rongent sérieusement le Burkina Faso. Il s'agit, à n'en pas douter, de la crise sécuritaire et de la crise humanitaire.

En effet, presque toutes les activités du pays tournent autour du comment faire pour desserrer un tant soit peu l'étau du coronavirus autour des populations.

En témoignent le Coronathon organisé le vendredi 18 avril dernier et la prise de mesures d'allègement contre le Covid-19. Cela a suscité chez les Burkinabè, des espoirs, mais aussi des craintes.

Au titre des éléments qui permettent de croire que demain sera meilleur qu'aujourd'hui par rapport à la riposte contre le Covid-19 au pays des Hommes intègres, l'on peut citer l'organisation du Coronathon.

C'était le 17 avril dernier. Et les Burkinabè n'ont pas hésité à cracher au bassinet pour aider à lutter contre le Covid-19 dans leur pays.

Porté par l'Assemblée nationale, en association avec des partenaires étatiques et de la société civile, le Coronathon a apporté la preuve, s'il en est encore besoin, que les Burkinabè savent se montrer généreux quand la situation l'exige.

L'autre élément qui incite à l'optimisme est lié au nombre important des cas de guérison

Et dans ce mouvement de solidarité, il y avait pratiquement tous les profils: hommes politiques, hommes d'affaires, cadres de l'Etat, citoyens lamda et l'on en oublie.

En tout cas, si cet engouement observé à l'occasion de l'organisation du Coronathon se poursuit jusqu'au 14 mai prochain, date de la fin de l'opération, il y a de fortes chances que les fonds qui seront collectés soient substantiels.

Et la motivation des Burkinabè à y prendre part est d'autant plus grande, peut-on avoir l'impression, que des structures de lutte contre la corruption véritablement crédibles, ont été associées à l'initiative.

L'autre élément qui incite à l'optimisme est lié au nombre important des cas de guérison. En effet, les dernières statistiques font état de 338 personnes guéries sur 576 cas de Covid-19 confirmés.

Le dernier élément qui permet de ne pas jouer les Cassandre est lié à l'arrivée, sur le sol burkinabè, d'experts chinois dans la lutte contre le Covid-19.

Un de leurs objectifs, c'est la formation du personnel soignant burkinabè dans la prise en charge des malades du Covid-19. En la matière, l'on sait que les Burkinabè ont beaucoup de choses à apprendre auprès des spécialistes du pays de Mao.

Car, non seulement les Chinois ont une expérience avérée dans les techniques de prise en charge des malades du coronavirus, mais également ils savent faire preuve d'engagement et de sacrifice dans leur métier. Tous ces éléments suscitent de l'espoir chez les Burkinabè.

Mais dans le même temps, l'Etat vient de prendre des mesures d'allègement dont certaines risquent de saper tous les efforts qui avaient été faits pour contrer le Covid-19.

L'on peut évoquer d'abord, la réouverture annoncée des marchés et yaars du pays. Le marché qui est programmé pour reprendre ses activités en premier, est Rood Wooko, du nom du marché central de la ville de Ouagadougou.

Et la pression multiforme des commerçants et autres notabilités de la place, a probablement eu raison de la fermeté et des considérations scientifiques qui avaient prévalu à la fermeture des marchés et yaars du pays.

Le gouvernement vient de faire un pari très risqué avec l'allègement de certaines mesures

Dans ces conditions, l'on peut craindre que les commerçants continuent avec leurs mauvaises pratiques, comme si de rien n'était. D'ailleurs, il y a eu une idée millénaire répandue au Burkina, selon laquelle « le marché, par définition, c'est le désordre ». En mooré, cela se traduit par ceci : « Raaga Ya Yaaré ! ».

Cette idée est inscrite dans les mentalités des populations et sa déconstruction ne sera pas chose aisée. Et puis, il ne faut pas oublier que Rood Wooko est un grand vivier électoral.

Et à quelques encablures des échéances électorales, l'on peut craindre que le gouvernement, de peur de s'aliéner le soutien des commerçants, ferme les yeux sur d'éventuelles pratiques assassines au marché central de Ouagadougou.

Et comme tout ce qui se pratique dans la capitale tient lieu de modèle pour le reste du pays, ces mauvaises pratiques risquent d'être dupliquées partout au Burkina. L'autre crainte qui pourrait se profiler à l'horizon, est celle de l'incapacité chronique de l'Etat à faire respecter la loi.

Déjà, l'on observe de manière récurrente, une défiance des population vis-à-vis des mesures barrières édictées.

Qu'en sera-t-il des nouvelles mesures prises par le gouvernement ? Cette question est d'autant plus justifiée que l'on peut avoir l'impression que la Justice et l'Exécutif jouent des airs discordants face aux contrevenants des mesures barrières.

En tout cas, il se pose la nécessité pour toutes les institutions de la République, de regarder dans la même direction si tant est qu'elles soient toutes préoccupées par la crise sanitaire que traverse le Burkina.

L'on peut aussi déplorer le fait que le gouvernement n'a pas pu évaluer l'impact des mesures qui étaient en vigueur contre le Covid-19 avant de procéder à l'allègement de certaines.

Un tel exercice aurait permis à tout le monde de mesurer le chemin déjà parcouru et de déterminer celui qui reste à parcourir pour tordre le cou au Covid-19.

En tout cas, le gouvernement vient de faire un pari très risqué avec l'allègement de certaines mesures. Il doit désormais ouvrir l'œil et le bon de sorte à ce que ces mesures d'allègement n'ouvrent pas un boulevard à la propagation du Covid-19.

Au-delà de tout cela, la principale leçon que l'on peut tirer de cette crise sanitaire, est l'impérieuse nécessité de repenser de fond en comble l'ensemble de notre système sanitaire.

L'objectif est de faire en sorte que le pays dispose de plateaux techniques relevés et de personnel de qualité pour relever n'importe quel défi sanitaire.

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