Ile Maurice: Michael Veeraragoo - «Oui, la MASA peut accorder une aide sociale»

La semaine dernière, la Mauritius Society of Authors (MASA) a payé la première tranche des royalties pour 2020. Une somme de Rs 5 millions répartie entre 600 ayants-droits. Ce qui a provoqué une (nouvelle) grosse colère parmi les artistes. Le président de la MASA s'explique.

Depuis mercredi dernier, la MASA paie des droits d'auteurs de Rs 5 millions à 600 artistes. Ce paiement a provoqué une grosse vague d'indignation des artistes qui reprochent à la MASA de ne pas leur donner assez pour vivre. Votre réaction face à cette colère ?

J'ai constaté qu'il y a énormément de confusion. Avant tout, il faut savoir que cette tranche d'avril 2020 concerne exclusivement les royalties sur la musique enregistrée (NdlR, catégorie recorded music).

Ce qui veut dire que cette tranche ne comprend pas les paiements sur les droits mécaniques, c'est-à-dire le nombre de timbres ou hologrammes achetés auprès de la MASA pour être fixés sur les albums, ni les diffusions sur les radios publiques et privées, ni les diffusions à la télévision, ni le live music.

Quand est-ce que tout le reste sera payé ?

C'est prévu pour la prochaine distribution, vers fin novembre 2020.

Comment les royalties sont-ils calculés pour la la catégorie recorded music ?

C'est fait sur la base d'un sampling, parce que nous ne recevons pas suffisamment d'informations concernant les différentes catégories d'utilisation de la musique. Par exemple, de la musique est jouée à la réception de certaines entreprises, dans les salles d'attente, dans les centres commerciaux. Mais nous n'avons pas de relevés de cette recorded music. Les utilisateurs ne fournissent pas d'informations à la MASA. C'est pourquoi le calcul est basé sur un sampling.

Quels critères sont utilisés pour déterminer l'échantillonnage ?

Vous savez, nous n'avons rien inventé. Il s'agit d'une méthode internationale. La Société des auteurs compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) en France utilise cette méthode.

Détaillez-nous cette méthode. Sur quoi se base-t-elle ?

C'est un calcul mathématique. Il est assez difficile à expliquer. Li bazé lor lamod. Par exemple, sur les tendances musicales. Je dois préciser que les Rs 5 millions répartis entre 600 artistes, c'est ce qui restait de la précédente distribution de décembre 2019. La procédure n'avait pas été complétée l'an dernier. Certains disent qu'ils ne sont pas payés, mais il faut savoir que la MASA ne reçoit pas toutes les informations concernant l'utilisation de la musique.

La MASA n'a-t-elle pas les moyens d'obliger les mauvais payeurs à se mettre en règle ?

Il y a encore beaucoup de mauvais payeurs, y compris des radios privées. Les utilisateurs doivent nous fournir des log sheets (NdlR, des relevés de l'utilisation de la musique). Mais la MASA bizin al lasas. Nous perdons beaucoup de temps à courir derrière eux.

Les artistes se plaignent régulièrement du tarif de 68 sous pour la diffusion de la musique...

Franchement, je ne sais pas d'où sort ce chiffre de 68 sous. Il n'est écrit nulle part. Il est bien dommage de voir que de jeunes artistes qui ne savent pas comment fonctionne la MASA, ni comment on calcule des droits d'auteurs, faire des commentaires sur les réseaux sociaux. Cela crée le doute dans l'esprit de beaucoup d'artistes. Quand un artiste est membre d'une société, la moindre des choses est de comprendre comment ça marche.

Dans les Rs 5 millions distribués, le plus petit montant qui est payé est bien Rs 500 ?

C'est la règle. Si les royalties d'un ayant-droit ne dépassent pas Rs 500, la somme est reportée sur la prochaine distribution. Si les royalties font Rs 501, nous faisons un chèque.

Face aux nombreux artistes qui réclament une aide sociale de la MASA, vous aviez déclaré que suite à l'allocation de Rs 5100 aux self-employed, la société des droits d'auteurs s'est alignée sur cette mesure et avait décidé de ne pas en faire plus. Votre position a-t-elle évoluée ?

Si cela ne tenait qu'à moi, je n'aurais pas hésité. En tant que président de la MASA, ma priorité était de compléter la distribution des royalties par ces temps difficiles. J'ai pris la responsabilité de faire venir une partie des employés au bureau, malgré le couvre-feu sanitaire, pour pouvoir mener à bien l'exercice de répartition. C'était mon devoir.

Maintenant, nous sommes en train de voir ce que l'on peut faire pour les membres de la société. Je précise bien, pour les full-fledged members de la MASA.

Donc, vous considérez l'option d'une aide sociale ?

C'est en discussion. Je vous rappelle que la MASA est gérée par un board, je ne suis pas seul à prendre les décisions. Il y a des paramètres à respecter.

Comme passer par le ministère des Arts et du patrimoine culturel ?

Le ministère doit être avisé des décisions du board. Nous avons fait notre devoir, payer les royalties. D'après la liste de ceux concernés par cette distribution, nous avons vu que cela ne satisfait pas nos membres. Nous allons voir comment aller plus loin.

La MASA a-t-elle les capacités financières d'accorder une aide sociale à ses membres ?

Oui, il n'y a pas d'obstacles financiers. La MASA a un welfare fund (NdlR, les ayant-droits contribuent 7% de leurs royalties dans ce welfare fund).

Combien y-a-t-il dans ce fonds ?

Il y a assez pour aider les membres.

Gare aux effets d'annonce

Le mercredi 15 avril, Avinash Teeluck, ministre des Arts et du patrimoine culturel, a profité du World Art Day pour annoncer que la MASA allait décaisser Rs 5 millions pour 600 artistes. Sauf qu'il n'a fait qu'annoncer en grandes pompes ce qui n'est qu'une procédure normale. Les Rs 5 millions ne proviennent pas d'un fonds d'assistance aux artistes. Il ne s'agit ni plus ni moins que des droits d'auteurs que reçoivent ceux dont les œuvres leur rapportent des revenus.

Tous les ans, la MASA paie en général les royalties en trois tranches : en mars-avril, vers août et vers novembre-décembre. La présente distribution de Rs 5 millions, selon le communiqué officiel de la MASA concerne le paiement de royalties dans la catégorie musique enregistrée (recorded music) pour la période 2018 et 2019.

Plus de: L'Express

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