Niger: Réouverture des lieux de culte et levée de couvre-feu - Mahamadou Issoufou joue gros

Prolongées le 12 avril dernier, les mesures préventives contre le Covid-19, notamment la fermeture des lieux de culte et le couvre-feu, seront levées au Niger le vendredi prochain. Ainsi en a décidé le gouvernement.

Et cela n'a rien de surprenant. En effet, ces mesures passent mal auprès des Nigériens. Tant et si bien que l'on assiste depuis le 17 avril, à de véritables échauffourées entre manifestants et forces de l'ordre. Des barricades, des pneus brûlés, etc., ont été installés sur les artères de la capitale. « Nous nous sommes révoltés parce que quand vous priez en groupe, Dieu accepte mieux vos prières », martèle un marabout pour justifier la colère des jeunes.

Bien avant cette poussée d'adrénaline, des jeunes armés de gourdins, de bâtons, etc., avaient déjà saccagé certains commissariats pour exiger la libération d'un imam, interpellé parce qu'il s'opposait à la fermeture des mosquées. Mais en capitulant face à la pression de la rue, le régime de Mahamadou Issoufou fait courir de gros risques à son peuple.

En tout cas, le président Mahamadou Issoufou joue gros. Cette levée annoncée des mesures, est un pari d'autant plus risqué qu'elle pourrait provoquer une propagation à grande échelle du coronavirus qui gagne déjà du terrain au Niger.

Quand on sait le mode de prière communautaire et le niveau d'insalubrité dans certains quartiers de Niamey, on ne peut que nourrir de sérieuses inquiétudes face à la levée des mesures.

Ce d'autant qu'il n'y a ni vaccin ni remède pour l'instant contre le Covid-19. Cestes, il est vrai que le Niger n'est pas le seul pays à aller dans le sens de l'allègement des mesures de quarantaine.

En forçant la main au président, la rue ne se rend pas service

Mais, sauf erreur ou omission de notre part, il est le premier Etat en Afrique de l'Ouest, à l'avoir fait visiblement pour des raisons d'ordre religieux. Et c'est là toute l'inquiétude.

Et de toute évidence, en forçant la main au président, la rue ne se rend pas service. On est d'autant plus fondé à le penser que ces jeunes frondeurs qui devaient aider le gouvernement dans la sensibilisation des citoyens comme cela se fait dans certains pays, ont plutôt fait le choix de faire dans l'incivisme et la défiance.

Tant et si bien que d'aucuns n'hésitent pas à dire que Mahamadou Issoufou a vraiment du pain sur la planche. Le Niger est certes un pays fortement islamisé, mais il est loin d'être le seul où des restrictions de libertés religieuses sont en vigueur du fait de la pandémie.

Des pays comme le Maroc, la Tunisie, l'Arabie Saoudite et plus proche de nous, le Sénégal et le Tchad, ont aussi procédé à la fermeture des mosquées et autres lieux de culte sans que le ciel ne tombe sur la tête de leurs dirigeants. Pourquoi les contestataires ne s'inspireraient-ils pas de ces exemples ? Ne dit-on pas qu'à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle ?

En tout cas, que ceux qui ont poussé à la levée des mesures se le tiennent pour dit : l'histoire les jugera si d'aventure le pire se produisait. Cela dit, le pouvoir nigérien doit mettre un point d'honneur à renforcer sa stratégie de sensibilisation.

Cela est d'autant plus nécessaire qu'il semble avoir péché en la matière. Car, on a le sentiment que certains fidèles sont réfractaires aux mesures préventives parce qu'ils y voient une sorte de diktat de l'autorité administrative et politique sans même qu'ils aient été consultés à l'avance.

Ce qui laisse croire que si ces mesures, notamment la fermeture des mosquées, avaient été décidées par la communauté musulmane elle-même comme ce fut le cas dans certains pays, on n'en serait peut-être pas là.

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