Cameroun: Massacre de Ngarbuh, les autorités camerounaises reconnaissent l'implication de soldats

Outre l'ONU, Human Rights Watch avait dénoncé l'implication de l'armée dans la tuerie qui avait fait une vingtaine de mort, dont des enfants à Ngarbuh. Les autorités camerounaises reconnaissent cette responsabilité.

Les autorités camerounaises avaient évoqué un bilan de cinq victimes et parlé d'un "malheureux accident", suite au massacre de Ngarbuh en région anglophone en février dernier.

Une version démentie par les organisations de défense des droits humains qui avaient alors réclamé une enquête indépendante.

Chose faite avec la commission d'enquête qui vient de confirmer la responsabilité des militaires.

C'est un pas dans le bon sens, selon Lewis Mudge qui dirige le bureau de Human Rights Watch pour l'Afrique centrale.

"C'est un exemple où le gouvernement est en train d'avouer qu'il y a des membres des forces de l'ordre qui ne sont pas parfaits. Chaque fois que HRW ou les autres structures publient quelque chose en disant que les forces de l'ordre ont tué des civils, brûlé des villages, la réaction du gouvernement est une réaction systématique disant que les étrangers sont en train d'inventer. Donc au moins nous avons un exemple où le gouvernement est en train de chercher des pistes pour établir une vérité", précise Lewis Mudge.

Des précédents

Dans le communiqué publié par les autorités camerounaises sur les travaux de la commission d'enquête, il est précisé que le gouvernement s'était basé sur un compte rendu volontairement biaisé par les soldats mis en cause. Une façon de justifier son déni après la tuerie.

Ce n'est pas la première fois que les autorités nient la responsabilité de leurs troupes dans la mort de civils.

En 2018, une vidéo montrant l'exécution de deux femmes et deux enfants avait suscité un tollé.

Après avoir évoqué une fausse information, le gouvernement avait fini par reconnaître l'authenticité des images et lancé une procédure judiciaire contre les soldats responsables.

Préparer la suite

Pour Joseph Owona Ntsama, chercheur à la fondation Paul Ango Ela de Yaoundé "l'attitude des Camerounais est de trouver le moyen le plus à même pour faire en sorte que certaines choses ne se reproduisent plus. C'est une affaire regrettable, on s'est peut-être trompé de bonne foi, il y a eu des questions liées à la raison d'Etat... Il n'y a pas de honte à reconnaître qu'on s'est trompé mais si on veut décrisper il faut aller jusqu'au bout du processus", explique t- il.

Ce processus devrait se solder par la condamnation des militaires mis en cause et l'indemnisation des victimes. Une procédure judiciaire a déjà été lancée dans l'affaire de Ngarbuh, selon les autorités.

Reste à savoir si elle ira à son terme ou si elle piétinera comme dans le cas de l'affaire de 2018.

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