Burkina Faso: Bassolma Bazié - « La pandémie du coronavirus est devenue pour certains un champ de cacao »

La coalition des syndicats engagés dans la lutte contre la baisse du pouvoir d'achat, regroupant une cinquantaine de syndicats, était face à la presse hier, 22 avril 2020, pour se prononcer, entre autres, sur « les coupures sauvages » dont ont été victimes certains travailleurs du public et la reprise annoncée des cours pour le 28 avril prochain.

A quand la reprise effective des cours au Burkina? Cette question, plus d'un Burkinabè se la posent encore, surtout après la sortie du ministre de la Communication, Rémis Fulgance Dandjinou, la semaine dernière, affirmant qu'aucune date n'a été arrêtée en Conseil des ministres.

Pour la coalition des syndicats en lutte contre la baisse du pouvoir d'achat, l'heure n'est pas à une question de date en ce sens que toute reprise des activités pédagogiques dans le secteur de l'éducation et de la recherche, est soumise à un préalable.

« Ce préalable consiste à ce que la répression dont les travailleurs de ce secteur ont été victimes en termes de suspension de salaires en fin mars, s'arrête et que les préjudices soient corrigés », a déclaré le secrétaire général de la F-SYNTER, Souleymane Badiel, membre de l'équipe de rédaction de la coalition.

Pour lui, si ce préalable est corrigé, l'on pourra travailler sereinement à une reprise des activités. Et d'ajouter : « Personne ne travaille à ce qu'il y ait une année blanche, personne n'est dans cette logique. Mais il ne s'agit pas de reprendre les activités pédagogiques pour les reprendre.

Il ne s'agit pas de croire que parce qu'on a eu le malheur d'avoir eu une année blanche, on ait peur qu'il y ait encore une année blanche et que cela ne permette pas de mener une réflexion responsable.

Le plus important, de notre point de vue, doit être d'abord la santé des populations parmi lesquelles il y a les élèves qui sont l'avenir de ce pays, que nous nous devons de préserver ».

Pour Bassolma Bazié, porte-parole de la coalition, le choix ne devrait même pas se poser entre la vie d'un enfant et une année que l'on veut sauver. « Nous n'allons pas être les acteurs à utiliser pour brader la vie des enfants », a-t-il dit.

La lutte « se poursuivra et s'intensifiera jusqu'à la victoire »

A son avis, « la pandémie du coronavirus est devenue pour certains un champ de cacao et pour d'autres, une forêt de refuge où ils se cachent pour s'en prendre au mouvement démocratique (dont le mouvement syndical), espérant naïvement venir à bout de sa détermination ».

« Malgré les révélations faites dans la presse et les réseaux sociaux en lien avec la gestion de cette question... , le président Roch Marc Christian Kaboré, lui, s'offusque du fait que les Burkinabè dénoncent les travers qui entourent la gestion scabreuse de son pouvoir en parlant de « critiques faciles », a estimé le porte-parole qui a prévenu que « malgré les peaux de banane jetées çà et là, ceux et celles qui ont toujours nourri l'envie malsaine d'enterrer le mouvement syndical authentique, auront toujours un réveil douloureux ».

Car, a soutenu le porte-parole, la lutte historique et légitime que mène le monde syndical « se poursuivra et s'intensifiera jusqu'à la victoire ». Les coupures opérées en fin mars, sur les salaires de certains agents publics, notamment des magistrats, ont poussé leur intersyndicale a esté l'Etat en justice.

Ainsi, dans son délibéré en date du 17 avril 2020, le Tribunal administratif de Ouagadougou a ordonné l'arrêt des coupures sur les salaires suite au référé introduit par l'intersyndicale des magistrats. Quelques jours après, soit le 21 avril dernier, le Tribunal administratif de Bobo-Dioulasso se prononce sur le même sujet, déboutant les magistrats.

Des décisions que bon nombre de citoyens ont eu du mal à comprendre. Interpelé sur la question en conférence de presse, le secrétaire général du Syndicat autonome des magistrats du Burkina (SAMAB) a répondu : « Il faut savoir que cela est un élément qui est attaché au fonctionnement de la justice.

C'est la raison pour laquelle il existe un double degré de juridiction : de première instance, de seconde instance et une juridiction de cassation chargée d'uniformiser le droit au niveau national.

Nous devrions nous réjouir que de telles décisions interviennent lorsqu'il s'agit de questions sujettes à interprétation de sorte que cette divergence de vues émanant de juridictions différentes, peut être perçue comme un élément de vivacité de la justice et cela témoigne aussi de l'indépendance de la magistrature.

Les parties en présence exerceront leurs droits de recours et s'il y a lieu, se pourvoir en cassation. Il n'y a rien d'anodin, rien d'anormal que des décisions différentes puissent être rendues sur des questions similaires dans deux juridictions différentes ».

En tout état de cause, le SG a souligné que les magistrats, en tant que « des citoyens responsables épris du respect des institutions de notre pays, respectent toutes les décisions rendues ».

756 travailleurs victimes de la « répression » ont bénéficié d'un apport financier

A ce titre, ils entendent exercer leur droit de recours et « suivre le dossier jusqu'à épuisement des procédures ».

A en croire le secrétaire général du Syndicat national des finances (SYNAFI), Mohamed Sawadogo, selon des informations qui leur parviennent, en même temps que des salaires suspendus sont en train d'être rétablis, des agents verront les leurs coupés, en cette fin du mois d'avril. « Au SIGASPE, nous avons eu des informations selon lesquelles ils sont en train de travailler à rétablir ces salaires.

Ce qui est frappant au niveau du rétablissement des salaires, c'est que pour ce mois d'avril, plusieurs camarades verront leurs allocations familiales purement et simplement coupées. Il y a aussi les indemnités de logement de certains camarades qui ont été supprimées pour ce mois d'avril... ?

Nous avons constaté aussi qu'il y a encore des coupures pour ce mois d'avril. Nous avons fait la grève du 16 au 20 mars. Normalement, on s'attendait à des coupures de salaires sur la période des 5 jours où nous n'avons pas travaillé.

Mais dans certains corps, on voit que ce qui a été coupé va du simple au double. Il y a une cacophonie qui est là, si fait qu'on ne comprend pas sur quelle base ces coupures ont été opérées », a confié le SG du SYNAFI.

Il a par ailleurs saisi l'occasion pour remercier toutes les bonnes volontés qui ont répondu favorablement à l'appel lancé dans le cadre de la souscription pour venir en aide aux responsables et militants frappés par les suspensions de salaires.

A en croire la coalition, un montant total de 53 369 825 de F CFA a permis d'apporter un apport financier à 756 travailleurs victimes de la « répression barbare du pouvoir ».

Selon les conférenciers, la souscription continue et à la date du 21 avril, le montant global était de 67 628 763 F CFA dont un solde provisoire de 14 144 913 F CFA.

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