Kenya: Violences policières dans le contexte du couvre-feu

communiqué de presse

Nairobi — Au moins six personnes sont décédées à la suite de violences policières au Kenya lors des 10 premiers jours du couvre-feu nocturne imposé le 27 mars pour contenir la propagation de Covid-19, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Des policiers, sans justification apparente, ont tiré sur des personnes et ont frappé des habitants qui se trouvaient sur des marchés ou qui rentraient du travail, même avant le début du couvre-feu nocturne. Des policiers ont aussi fait irruption dans des domiciles et dans des magasins dans plusieurs villes, extorquant de l'argent ou pillant de la nourriture. Le 30 mars, à la suite de critiques émises par diverses organisations dont Human Rights Watch, notamment sur de tels incidents survenus à Mombasa, le président Uhuru Kenyatta a présenté des excuses d'une manière générale sur le recours à la force par la police. Il n'a toutefois pas expressément ordonné à la police de mettre fin à ces abus.

« Il est choquant que des personnes aient été tuées ou privées de leurs moyens de subsistance, au lieu d'être protégées contre le coronavirus », a déclaré Otsieno Namwaya, chercheur senior auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « Ces violences policières sont non seulement illégales, elle sont aussi contre-productives dans la lutte contre la propagation du virus. »

Durant la période du 29 mars au 14 avril, Human Rights Watch a mené des entretiens téléphoniques avec 26 témoins, victimes d'abus et membres de leurs familles, au sujet des violences policières perpétrées dans le contexte du couvre-feu dans les agglomérations de Nairobi, Mombasa, Kwale, Busia, Kakamega, Mandera et Homa Bay.

Le 25 mars, le président Kenyatta a annoncé l'instauration, à partir du 27 mars, d'un couvre-feu quotidien devant durer du crépuscule chaque soir, jusqu'à l'aube le lendemain matin. La police semble avoir agi de manière chaotique et violente dès le premier jour du couvre-feu.

À Mombasa, le 27 mars, plus de deux heures avant l'entrée en vigueur du couvre-feu, la police a tiré des gaz lacrymogènes sur une foule de personnes qui avaient quitté leurs lieux de travail et qui faisaient la queue pour monter à bord d'un ferry, afin de rentrer chez elles. Ces personnes ont été frappées avec des matraques et des crosses d'armes à feu, et ont reçu des coups de pied et des gifles. Des clips vidéo diffusés sur les chaînes de télévision locales et les médias sociaux ont montré que les policiers ne portaient pas de masques faciaux, malgré les recommandations (devenues par la suite consignes obligatoires) des autorités à cet égard.

Le 31 mars, vers minuit, dans le quartier de Kiamaiko (Eastlands) à Nairobi, la police a tiré à balles réelles sur Yassin Hussein Moyo, 13 ans, le frappant au ventre et le tuant, selon des témoins. Son père, Hussein Moyo, a déclaré aux médias kenyans que son fils se trouvait sur le balcon au troisième étage de leur immeuble à minuit, aux côtés de ses frères et sœurs, lorsque la balle l'a frappé.

Le 1er avril, Idris Mukolwe, un vendeur de tomates de 45 ans, travaillait sur un marché dans le comté de Kakamega. Selon les témoignages de trois commerçants recueillis par Human Rights Watch, il a été touché par une grenade lacrymogène lancée par la police, et est décédé par la suite.

Human Rights Watch a pu confirmer les décès de quatre autres hommes : un homme battu à mort par la police à Kakamega, un autre homme tué à Homa Bay, dans l'ouest du Kenya, et deux habitants du comté de Kwale, dans la région côtière.

Les autorités kenyanes devraient d'urgence enquêter sur ces cas et des incidents similaires, et tenir les policiers impliqués responsables de leurs actes, a déclaré Human Rights Watch. En vertu du droit kenyan et international, la police ne peut recourir à la force létale que lorsque cela est strictement nécessaire pour sauver des vies.

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