Sénégal: Fermeture des galeries, suspension des expositions - Les acteurs des arts visuels dans la tourmente

26 Avril 2020

Depuis près deux mois, les acteurs du secteur des arts visuels s'enfoncent, chaque jour, dans l'abîme creusé par le Covid-19. La fermeture des galeries et d'autres lieux d'exposition semble sonner le glas aux différents métiers tournant autour de ce secteur de l'industrie créative.

Ailleurs dans le monde, beaucoup de musées et galeries ont opté pour des expositions virtuelles afin de faire face, voire minimiser les effets collatéraux liés au Covid-19. Confinés, les amateurs d'art ont cette possibilité de faire des visites virtuelles et de découvrir une variété de collections numériques.

Avec un milieu en panne de structuration où l'informel prend le dessus sur tout, au Sénégal, la situation est tout autre.

La crise est venue achevée un secteur fragile par un manque de dispositif de management et de communication, de valorisation du travail des artistes, de l'absence d'un système de cotation, d'une circulation fluide de la création... , malgré la dynamique très forte des arts visuels depuis plusieurs années.

La pandémie du Covid-19 a accentué la vulnérabilité du secteur. Le coronavirus a plongé les acteurs dans la tourmente. Désoeuvrés, broyant quotidiennement le noir, ils comptent impuissants les jours.

« Comme plusieurs acteurs culturels et d'autres secteurs des industries culturelles et créatives, nous sommes touchés par la situation produite par la pandémie du coronavirus », déclare Wagane Guèye, commissaire d'exposition.

Lorsque la maladie a frappé à la porte du Sénégal, il était sur le point de finaliser une exposition d'art dans le cadre de l'anniversaire des 40 ans d'une institution bancaire de la place.

La manifestation a été annulée. 54 jours après l'identification du premier cas du Covid-19 au Sénégal et plus d'un mois après l'annulation de toutes formes de manifestations ou rassemblements par les autorités, M. Guèye essaie de tenir.

« Je me suis recentré chez moi à Ouakam où j'avais mis en place un espace il y a bientôt deux ans. Nous produisons, l'artiste visuel Ibrahima Diokhane et moi, des Batiks pour la décoration intérieure et vendons nos créations en ligne.

Le confinement nous redonne l'occasion de relancer une activité que nous avons pratiquée dans les années 1990, lorsque la plupart des artistes suivaient leur formation à l'Ecole des Arts de Dakar sise à l'époque au Point E », soutient-il.

Présence timide sur Internet

Loin d'être fataliste, Wagane Guèye a décidé de prendre les choses du bon côté, même si la situation paraît assez complexe sur le plan économique.

« Nous sommes très touchés du point de vue économique, mais il faut essayer de rester positif et de créer des ressorts si possible. Par rapport aux rentrées financières, c'est évident que nous sommes impactés. Il faut essayer de résister et laisser passer ce cyclone », confie-t-il.

Cependant, l'artiste estime que cette période peut être bénéfique pour la création ainsi que la rédaction de textes d'exposition et de projets.

Aux yeux du commissaire d'exposition, cette crise est une occasion pour les acteurs du secteur de s'adapter aux nouvelles réalités qu'offrent les technologies de l'information et de la communication.

« Nous devrons aller vers une adaptation, vers d'autres formes d'économie pour nos projets. Plusieurs expositions d'art sont actuellement disponibles en ligne.

Nous devons, à notre niveau, rejoindre cette dématérialisation et faire circuler nos œuvres, projets et expositions via le net. J'utilise LinkedIn et Facebook pour maintenir à 20 %, pour l'instant, mes activités », explique-t-il.

Des projets en mode stand-by

De son côté, Idrissa Diallo, médiateur culturel et commissaire d'exposition, continue aussi de travailler à partir de chez lui.

Il a investi le monde virtuel pour partager une série de toiles produites pendant cette période de confinement. « C'est une transition, un changement d'espace (virtuel) qui, je l'avoue, est plus large.

On peut atteindre le monde à travers seul un clic. S'adapter, aujourd'hui, c'est comprendre que le monde a déménagé en online.

Présentement, je passe de l'espace physique au virtuel à travers les réseaux sociaux dont Facebook et Instagram », dit-il.

Idrissa Diallo y partage quotidiennement des œuvres des artistes Mouhamadou Dia et Daouda Ndiaye qui fait aussi le même travail avec comme support du papier journal (le monde diplomatique) sur la pandémie à travers le monde.

« J'envisage de faire une exposition des oeuvres de Mouhamadou Dia et celles de Daouda Ndiaye en format virtuel qui sera le fruit d'un mois de confinement avec comme titre Le journal du confinement », annonce-t-il.

Le médiateur culturel prie pour que la crise ne perdure pas. « Mes projets sont en stand-by parce qu'il n'y a plus d'activités et sans activités il n'y a pas de revenus », dit-il.

Partagé comme bon nombre de confrères artistes entre le désir de faire des choses et la nécessité d'adapter toutes ces choses aux normes sanitaires qui s'imposent à travers le confinement partiel et le couvre feu en cours au Sénégal, le journaliste et critique d'art Aliou Ndiaye a choisi de travailler sur des initiatives plus ou moins théoriques ou conceptuelles.

Lesquelles, avance-t-il, déboucheront sur certaines réalisations comme des textes de catalogues, des fiches d'exposition d'arts visuels, de présentation de projets, communiqués, etc.

« En partie, ce sont des choses sur lesquelles je travaille pour de futurs projets. Ce travail se fait à temps partiel, au ralenti, compte tenu de la situation sanitaire nationale et de ses effets », ajoute-t-il.

Alors qu'il n'y plus d'expositions ou autres activités dans le secteur des arts visuels, le critique d'art ne cache pas ses difficultés sur le plan des finances. « Je suis financièrement atteint en tant que critique d'art, presque sans aucune commande à livrer pour une revue, un magazine ou un projet d'exposition.

De même en tant que commissaire d'exposition, je n'ai aucun projet à organiser dans le court terme », affirme M. Ndiaye qui, fort heureusement, arrive à s'en tirer grâce à ses revenus de salarié du service public

Plus de: Le Soleil

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.