Sénégal: Resilience économique - Le Club des investisseurs sénégalais invite l'état à une réflexion profonde

Le décalage entre l'économique et politique entrave lourdement le développement de notre économie. D'où l'appel «à une réflexion sérieuse entre acteurs» lancée par Mamour Fall, expert-comptable membre du Club des investisseurs Sénégalais et coordonnateur du comité d'urgence du Covid-19. Il se prononçait hier, à l'émission du Jury du dimanche.

Un pays résilient aux crises cycliques de l'économie se mesure à la puissance de son secteur privé, à devoir répondre de manière présente lorsque des saisons difficiles, comme celle de la pandémie du Covid-19 arrivent.

Et cela appelle une prise de conscience de l'Etat, du rôle et de la place de son secteur privé en le rendant dynamique, fort et conquérant de façon à en faire la locomotive de la croissance.

Ce sont là en substance l'économie des propos de l'expert-comptable du Club des investisseurs Sénégalais (Cis) Mamour Fall, invité du Jury du dimanche 26 avril.

Le non moins coordonnateur du comité d'urgence du Covid-19 dira: « Le Cis demande une réflexion profonde pour organiser la résilience économique de notre pays.

Et celle-ci passera nécessairement par entrevoir comment l'Etat du Sénégal perçoit ces acteurs économiques, comment il les positionne comme étant des champions.

C'est-à-dire des colonels, des généraux, des officiers... qui demain seront à même de porter la guerre économique», a-t-il lancé aux décideurs politiques.

Pour s'en convaincre, il a fait remarquer que «Le secteur privé, ce sont des acteurs économiques qui sont dans un écosystème plus global de fonctionnement d'une économie dans une nation.

Par conséquent, à eux seuls, ils ne peuvent pas aller en avant, plus loin sans avoir une concertation nationale, totalement organisée».

Etayant ses propos, il cite en exemple le cas du Maroc: «Au Maroc, lorsqu'un ministre prend un avion pour voyager, il est accompagné de chefs d'entreprises pour aller à la conquête de marchés supplémentaires.

Et au Sénégal, cette activité-là, nous ne l'avions pas. Parce que simplement, il y a un décalage entre l'économique et le politique».

Le secteur privé Sénégalais, très faible

Considérant que le Sénégal a fort à faire pour développer son secteur privé, l'expert-comptable admet pour s'en désoler: «L'Etat a conscience de la capacité de son secteur privé qui est très faible, comparativement à d'autres pays de la sous-région».

Pour preuve, dira-t-il: «Les entreprises marocaines ont exactement les mêmes âges avec les entreprises Sénégalaises.

Mais, elles ont multiplié leur taille 20 fois par rapport aux entreprises Sénégalaises qui sont en train même d'avoir du mal à trouver du travail dans leur propre pays, leur propre économie. Ça ne sera jamais le cas au Maroc».

Et de poursuivre: «La même entreprise a fini d'épurer l'intégralité de ses capacités de production au Maroc. Ce qui veut dire que ce qui lui reste de ses capacités doit être vendu à l'exportation.

Les Marocains ont réussi à bâtir un tissu d'entreprises tel qu'aujourd'hui, ils sont en mesure de répondre totalement à la demande locale. Mieux, ils sont en situation de conquête en Afrique subsaharienne».

Conséquence, s'en félicite-t-il: «Dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, les entreprises marocaines ont contribué à près de 2200 milliards, soit deux fois plus que notre force Covid-19».

Notre pays ne peut pas continuellement être un souk

Sur la problématique de notre agriculture qui ne nourrit pas encore les populations, l'expert-comptable s'en désole:

«Quand on imagine les superficies de terres irriguées au nord du Sénégal où on peut faire toute sorte d'agriculture, et que cette zone soit traversée tous les jours par des camions venant du Maroc qui nous alimentent en fruit, c'est une anomalie, ce n'est pas normal!», s'insurge-t-il.

Face à ce sommeil inouï, il invite les acteurs à mesurer l'immensité de la responsabilité à devoir nourrir sa population sans avoir recours à d'autres pays.

Et sur ce, il dira: «Je pense qu'à un moment donné, tous les acteurs du pays doivent s'asseoir autour d'une table pour dire ce que nous voulons réellement faire de notre Sénégal.

Est-ce que nous voulons rester un souk, juste un marché où les autres viennent déverser leurs camions et puis continuer à nous nourrir?

Ou alors, nous allons penser que dans notre pays, nous pouvons prendre en charge la production et la création de la richesse et de valeur».

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