Afrique: Vues d'Afrique - Le bilan «exceptionnel» de l'édition numérique du cinéma africain

interview

« Tout était exceptionnel : le nombre de vues, la couverture médiatique, l'appréciation du public ». La première édition numérique de Vues d'Afrique à Montréal a rendu son palmarès et un mode d'emploi pour réussir un festival digital. Entretien avec Kotimi Guira, chargée de la programmation.

Pendant dix jours, 37 films africains étaient à l'affiche, chacun pendant 48 heures, avec un accès gratuit, limité au Canada. La plateforme tv5unis.ca avait remplacé les salles de cinéma, fermées à cause du coronavirus.

Premier bilan : le grand rendez-vous du cinéma africain en Amérique du Nord a transformé la rupture culturelle provoquée par la pandémie du Covid-19 en succès populaire.

 Le palmarès 2020 de Vues d'Afrique a couronné Le Père de Nafi, de Mamadou Dia, dans les catégories Meilleur film de fiction et Meilleur acteur. Et le festival a décerné pour la première fois un Prix du public, par exemple pour Non.Oui, un réquisitoire du réalisateur tunisien Mahmoud Jemni contre le racisme dans toutes ses dimensions. Le choix du public, transformé en internautes, vous a-t-il surpris ?

Le choix du public reflète les films qui ont été vus. Cela correspond à peu près aux statistiques qu'on a reçues de la plateforme tv5unis.ca.

Par exemple, le choix du public pour le documentaire Non.Oui, du Tunisien Mahmoud Jemni, ne m'a pas surpris, parce que c'est un très bon film. Le jury professionnel regarde les films peut-être avec un autre angle, mais le public a surtout voté pour les films qu'il a vus.

Au-delà du vote, comment le public a-t-il réagi, discuté, interagi par rapport aux films africains ?

On a eu beaucoup de retours. D'abord pour nous féliciter pour notre courage d'avoir transformé un festival physique en festival numérique en moins d'un mois.

Ensuite, le public nous a dit avoir apprécié la sélection de films. Il y avait deux ou trois films avec des débats sur Facebook parce que c'est aussi l'âme de notre festival, l'interaction du public avec les réalisateurs.

Combien d'internautes-festivaliers ont suivi cette édition numérique de Vues d'Afrique ?

C'était extraordinaire. On ne s'attendait pas à ce nombre. Même si l'on attend encore les chiffres officiels, on a eu environ 50 000 visionnements pour les films. Certains films ont dépassé les 10 000 vues.

Tout était exceptionnel : le nombre de vues, la couverture médiatique, l'appréciation du public, parce qu'on a permis à tous les Canadiens d'avoir accès à nos contenus. C'était une première depuis que le festival existe.

En temps normal, on a normalement autour de 10 000 personnes qui passent dans nos salles pour voir les films.

Cette année, on a multiplié le nombre par cinq, et même plus, parce que les gens ont regardé les films parfois en groupe ou en famille.

Grâce aux statistiques disponibles de cette édition numérique, connaissez-vous aujourd'hui mieux les goûts et les attentes de votre public ?

Concernant le goût, je pense qu'ils veulent voyager, découvrir. Tout le monde hors de l'Afrique souhaitent connaître d'autres facettes de l'Afrique que celles véhiculées par les médias. Souvent, les médias racontent : « L'Afrique, c'est la misère ».

Notre public est toujours enthousiaste de voir dans des films par exemple des gens qui savent recycler, qui sont conscients du changement climatique et de la nécessité de changer leur comportement. Pour cela, depuis 36 ans, le public est toujours enthousiaste de découvrir une autre image de l'Afrique.

Vues d'Afrique est également un rendez-vous très important pour les cinéastes, producteurs et distributeurs africains. Comment les professionnels ont-ils vécu cette édition numérique ?

Au début, il fallait renégocier les films, à l'origine destinés à être projetés en salles. On a attendu que les ayants droit donnent leur accord.

Quelques-uns étaient réticents, ce qui est compréhensible, parce qu'il y a des questions commerciales derrière. Par exemple, quand ils avaient donné déjà leur accord pour d'autres festivals au Canada.

Mais tous les autres étaient tellement contents de présenter leur film dans tout le Canada. Car c'est l'objectif de tous les réalisateurs, quand ils prennent leur caméra, que le résultat soit vu par beaucoup de gens. Donc, ils étaient là pour nous soutenir et accompagner.

La chose la plus importante, c'est d'abord la volonté. Après, il faut trouver la plateforme. Et il faut que les réalisateurs se montrent coopératifs. Ensuite, il y a la communication.

Plus les gens savent que le festival existe, plus ils vont aller voir et passer l'information. Ces quatre éléments sont la base pour réussir un festival numérique.Après l'expérience de cette année, selon vous, quelle est la chose la plus importante pour réussir un festival numérique ?

La chose la plus importante, c'est d'abord la volonté. Après, il faut trouver la plateforme. Et il faut que les réalisateurs se montrent coopératifs.

Ensuite, il y a la communication. Plus les gens savent que le festival existe, plus ils vont aller voir et passer l'information. Ces quatre éléments sont la base pour réussir un festival numérique.

Avant d'être chargée de la programmation au festival Vues d'Afrique à Montréal, vous étiez membre de l'équipe du Fespaco, le festival panafricain du cinéma à Ouagadougou. Le mode opératoire du numérique pourrait-il être une possibilité, voire une chance pour le cinéma en Afrique ?

Je ne peux pas répondre pour le Fespaco, mais en général tous les festivals ont la possibilité de le faire. Si je prends l'exemple du Fespaco, les salles sont souvent bondées. Même une ou deux heures avant la projection, il n'y a plus de places.

Donc je pense que tous ces festivals gagneraient d'y mettre une petite part numérique. En même temps, il ne faut pas mettre tout en ligne pour éviter que les salles soient désertes.

Ce n'est pas l'objectif. Mais on pourrait avoir de « petits » contenus, une partie de la programmation en ligne.

Cela permettrait à un bon nombre de gens que le festival vient chez eux. Ce sont des choses que chacun peut essayer.

Mais il faut aussi penser au piratage. C'est très important. Est-ce que les plateformes sont sécurisés ? Il faut doser un peu, mais avec un peu de réflexion on pourra trouver un juste milieu.

Le palmarès de la 36e édition du festival Vues d'Afrique (17-26 avril 2020) :

Prix du long métrage : Le Père de Nafi, de Mamadou Dia (Sénégal)

Prix du moyen et court métrage documentaire : Le dernier poumon du monde, de Yamina Benguigui (France)

Prix du long métrage documentaire : Congo Lucha, de Marlène Rabaud (Belgique/France)

Prix de la meilleure actrice décerné au groupe de jeunes filles du film Notre-Dame du Nil, d'Atiq Rahimi (France, Belgique, Rwanda)

Prix du meilleur acteur : Alassane Sy, dans Le Père de Nafi, de Mamadou Dia

Prix du moyen et court métrage : Le Chant d'Ahmed, de Foued Mansour (Algérie/France)

Prix du développement durable : Le dernier poumon du monde, de Yamina Benguigui (France)

Prix droits de la personne : Ils n'ont pas choisi !, de Youlouka Damiba et Gidéon Vink (Burkina Faso)

Prix regards d'ici : Myopia, de Sana Akroud (Canada Maroc)

Les Prix du public :

Prix regards d'ici : Myopia, de Sana Akroud (Canada Maroc)

Long métrage fiction : Un divan à Tunis, de Manele Labidi (France/Tunisie)

Moyen et court métrage fiction : Suru, de Kismath Baguiri (Bénin)

Long métrage documentaire : Non. Oui, de Mahmaoud Jemni (Tunisie)

Moyen et court métrage documentaire : La Inna Gobir, d'Ado Abdou (Niger).

Plus de: RFI

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