Madagascar: Alerte biodiversité - Faites le 512

Depuis 1960, Madagascar a perdu 44% de ses forêts naturelles, dont près d'un million d'hectares pour la seule période 2005 à 2013. On sait tous ces chiffres catastrophiques.

Mais, l'irruption du coronavirus, sans que les laboratoires pharmaceutiques soient capables de lui trouver un vaccin ou un médicament, souligne davantage notre indifférence suicidaire. si 70% des médicaments pharmaceutiques sont à base de plantes médicinales, une étude de décembre 2019 précise que Madagascar compte 3.345 plantes médicinales dont 60% endémiques (synthèse et analyse de données sur les inventaires de plantes médicinales de Madagascar, par Rafidison Verohanitra et al., ethnobotany Research & Applications).

Les crimes environnementaux sont les ennemis de ces précieux médicaments pharmaceutiques à base de non moins précieuses plantes médicinales. Rotra : contre le diabète ; fanazava : diurétique ; vahivoraka : amaigrissant ; voafotsy : immunosti- mulant ; satrikoazamaratra : cicatrisant ; ambiaty : hémostatique. et les nombreux anti-paludéens traditionnels : tsihanimposa, hasina, sakarivohazo, veromanitra, tsilavindrivotro, menahelika, mandresy, voahirana, retsimilana, ampody, montana. sans préjudice de molécules encore inconnues contre les H1N1, sARs, MeRs, Covid-20, Covid-21.

En cette période d'état d'urgence sanitaire, l'Alliance Voahary Gasy dénonce la multiplication des crimes environnementaux. Charbonnage dans le parc d'Ankarafantsika ; trafic et braconnage de tortues radiata endémiques du sud au parc National Tsimanampesotse ; découpes illicites des palissandres de l'aire protégée d'Andohahela ; feux de brousse détruisant 30 hectares à Maevatanàna ; défrichement dans la forêt primaire de la presqu'île d'Ampanihy sur sainte-Marie...

Madagascar compte 144 aires protégées dont 46 sous la gestion de Madagascar National parks, 92 confiées à des ONG, 15 sous la supervision du Ministère de l'environnement. La première catégorie des aires protégées, établie avant 2005, bénéficie de financements français, allemand et de la Banque mondiale. La seconde, celle des «nouvelles aires protégées», au nombre de 40, reçoit le soutien de la Fondation pour les Aires protégées et la Biodiversité de Madagascar.

La crise du Covid-19 a entraîné la baisse des financements étrangers pour les aires protégées avec un impact sur la conservation de la biodiversité à Madagascar, qui n'a donc pas les moyens de faire comme le président brésilien Jair Bolsonaro, qui refuse que l'Amazonie soit un bien commun de l'Humanité.

Notre biodiversité, les plantes médicinales de Madagascar, c'est la pharmacie du Village planétaire. Mais, la garde immédiate nous en incombe tout d'abord, à moins de renoncer d'ores et déjà à une préemption pharmaceutique. À la double priorisation de la santé et de l'Éducation/Culture, s'ajoute désormais la nécessité d'un triple investissement, budgétaire, humain et technologique, dans la Botanique et les plantes médicinales.

Les agents de l'environnement ont mené 97.799 km de patrouille en 2019, assistés par les comités locaux des parcs qui ont, pour leur part, accompli 68.111 km. Mais, il avait fallu attendre le 13 mars 2020, et la descente sur place du premier Ministre avec l'appui manu militari de la Gendarmerie, pour de nouveau permettre l'accès à la réserve spéciale de Kalambatritra, aux mains de mafias locales depuis 2009.

Le concept de «Développement Durable» est un furieux paradoxe. Nous instaurons des aires protégées, mais nous y invitons des touristes : quel est le seuil et où se situe le plafond de la pression anthropique ? Autre exemple : trouvera-t-on la volonté politique que tout projet industriel, minier, urbanistique ou d'infrastructures, tienne impérativement compte d'un «indicateur de déboisement maximum» pour éviter «une perte d'habitat inacceptable et une situation de conflit au niveau de la biodiversité» ?

Les crimes environnementaux existent et ils sont polymorphes. La Justice environnementale ne pourra sévir avec la plus extrême sévérité que sur la base d'une Loi qui pénalise l'atteinte à la biodiversité, bientôt crime contre l'Humanité.

Plus de: L'Express de Madagascar

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